Affichage des articles dont le libellé est L'odyssée tchèque. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est L'odyssée tchèque. Afficher tous les articles

jeudi 6 octobre 2011

Les pleurs de la voisine

Cette nuit, j'ai entendu ma voisine pleurer dans la solitude de son petit appartement. Elle vient de s'installer dans l'immeuble, peut-être dans la ville, depuis seulement quelques jours. Le palier, très étroit, n'isole pas très bien l'intimité de chacun quand la nuit est calme et que le silence résonne dans la cage d'escalier.

Au début, j'ai cru que je prenais des reniflements pour des pleurs mais c'étaient bien des larmes qui coulaient derrière la porte. Je suis resté bête dans ma propre insomnie et mon impuissance a été soulagée quand je l'ai entendu parler, certainement au téléphone. Elle avait réussi à trouver un interlocuteur dans la nuit pour éponger sa tristesse et ses angoisses.

Je crois beaucoup aux proverbes et certains dictent plus que de raison ma conduite. Ceux qui concernent la nuit me semblent recéler une immense part de vérité: si la nuit porte conseil (combien ai-je eu d'illuminations dans la nuit au sujet de problèmes apparemment insolubles ?!), elle pousse aussi à voir tout en noir. Il est si facile de se laisser emprisonner dans un début d'angoisse qui n'attend que le noir et le face à face nocturne pour revêtir des proportions irraisonnées.

Ça m'a fait repenser à mon installation en République Tchèque, en cité U en chambre partagée: je n'avais pas fière allure. Si là je n'en menais pas large, quelques années auparavant, j'étais accablé par ce qui m'apparaît aujourd'hui comme de pseudos questions existentielles. Et quand c'est trop de bonheur, comme dirait l'autre, on se prend parfois à imaginer combien cette construction patiemment assemblée pourrait se dérober vite. L'équilibre actuel, qui n'est pas celui que j'avais rêvé ni imaginé, me rend sainement heureux mais est appelé à disparaître d'ici un an. Avant cette échéance, je travaille d’arrache-pied à poser les fondations d'une autre structure que j'espère la plus belle possible.

 
J'écoutais souvent cette musique la nuit, en cas d'insomnie inquiétante. Sara Mingardo dans le Dixit Dominus de Vivaldi

samedi 30 avril 2011

Pas d'enterrement, pas de cheveux: the czech way of life

J'ai toujours dit que si possibilité m'était donnée de me marier, je ferais ça à la tchèque: 20-25 personnes, entre amis proches, sans la famille. Une cérémonie sans fioritures, un bon restaurant et une soirée endiablée.

Là où je prends un peu mes distances, et encore, c'est avec leur manière de célébrer leurs morts. En lisant l'excellente revue Books (le nom anglais et les couvertures souvent très colorées ne doivent pas détourner les lecteurs avertis de l'excellence du contenu) dans le train hier soir, à côté d'un très jeune père de famille (24 ans, bébé de 21 mois, pull à l'effigie de Jean-Paul II), j'ai ainsi appris que l'athéisme influence considérablement la manière d'organiser des funérailles. Les tchèques, qui ont donc le bon goût d'être la nation européenne la plus athée, ne voient aucune utilité à ce rite. Et un chercheur, polonais ayant perdu la foi, de dire: "les tchèques ne pensent pas que la façon de dire au revoir au corps du défunt ait un impact sur son existence future. Rien ne sert d'organiser des obsèques, puisque aucune pression sociale n'incite à le faire. Un trou dans le sol suffit."

Moi qui ait déjà millimétré ma propre cérémonie d'enterrement, je serais bien embêté avec la façon tchèque. Ceci étant, je suis quand même gêné par le fait de faire une cérémonie religieuse. Et les autres moyens de faire sont franchement inadaptés. C'est donc autour du trou, dans un champ battu par les vents, non loin de la garrigue de mon enfance, sous un soleil d'avril ou de septembre que j'imagine ma petite cérémonie avec musique portative.

Là où je me suis complètement désolidarisé des tchèques, c'est quand j'ai lu "évidemment personne ne porte le deuil. 1/3 des urnes funéraires ne sont jamais réclamées". Ah, quand même !

La conclusion de l'article était davantage rassurante: "les tchèques se fabriquent leur propre paradis sur terre, parce qu'ils n'ont qu'une vie, dont ils essaient de profiter au maximum. Les Polonais continuent, eux, de penser qu'ils devront attendre le ciel pour s'amuser". J'ai souri à la lecture de cette phrase tant les tchèques ne me sont jamais apparus comme des boutes-en-train ni des épicuriens nés.

Books est une des rares revues à s'intéresser à l'Europe Centrale et on trouve toujours plusieurs articles sur la République Tchèque ou d'autres contrées de cette région. Dans ce même numéro de mai, on apprenait aussi que les jeunes avaient eu une manière très officielle de s'opposer au régime communiste: il s'agissait d'avoir les cheveux longs, provocation occidentale.

Les jeunes qui portaient les cheveux trop longs au goût de la police d'alors étaient prestement arrêtés, conduits au poste, tondus et renvoyés chez eux après un petit fichage règlementaire. Plus grave, les hommes aux cheveux longs étaient officiellement interdits d'entrer dans les restaurants et les cinémas et d'obtenir des visas. Des manifestations visaient alors à faire cesser ces brimades avec des slogans comme "rendez-nous nos cheveux" ou "finis les coiffeurs!". Ah, les tchèques !

mercredi 13 avril 2011

La fin de la rigueur tchèque ?

Je lisais encore hier une anecdote tendant à prouver la rectitude morale des tchèques (ou, du moins, de leur police). Comme cela est prévu dans la loi, traverser une route en dehors des passages piétons ou sur un passage piétons alors que le petit bonhomme n'est pas au vert vous expose à une amende. Je croyais que ça relevait de la légende urbaine mais, en lisant divers blog d'expatriés de longue date, il s'avère que la police veille et dresse réellement des amendes d'une dizaine d'euros.

Ça me permet de comprendre pourquoi, alors que nous sortions du Rudolfinum vers 23h30 et que les rues étaient absolument désertes, les tchèques, qui sortaient comme moi de longs concerts et priaient de ne pas rater le prochain métro, s'agglutinaient sur le trottoir dans le froid mordant de l'hiver en attendant que le petit bonhomme soit vert avant de traverser.

Certains osaient franchir la route avant le signal vital: ça grognait dans les rangs. Dans les tous premiers jours de mon arrivée à Prague, alors que je logeais encore au Kolej (cité universitaire) et que je fréquentais quelques étudiants locaux, je me suis souvent fait réprimander pour avoir traverser un peu n'importe où. On me disait que c'était typiquement français, à croire qu'on ne peut pas s'en empêcher. A force, traverser en dehors des clous m'apparaissait être un pied-de-nez à la rectitude morale tchèque et j'adorais ça.

Mais, à la vue d'une vidéo rigolote circulant sur le web, je me demande si cette rectitude existe encore au plus haut sommet de l'Etat. Voyez plutôt le sourire goguenard du Président Klaus en train d'imiter Sarkozy et de voler un stylo officiel:


lundi 10 janvier 2011

Humiliation, consternation, respiration

Je me sens presque obligé d'écrire ce billet, dans une sorte de catharsis. Je n'ai rien contre le principe des examens oraux: on y gagne en spontanéité et j'ai l'élocution plus aisée que l'écriture (mon écriture est illisible et je n'ose quantifier le nombre de points que ça a du me coûter tout au long de ma scolarité). Par contre, je m'insurge quand l'examinateur fait montre d'un comportement qui n'est que mépris teinté d'insulte. J'avais déjà connu à la fac un prof de droit pénal qui m'avait interrogé tout en conversant au téléphone avec une connaissance pour organiser un cocktail dinatoire. Les questions qui avaient suivi mon exposé démontraient alors que son attention ne portait pas sur mes explications mais sur les paroles de son interlocuteur téléphonique. Ce mépris-là n'avait pas été disputé par l'insulte.

Vendredi, le professeur auréolé de sa gloire d'universitaire reconnu et de fils de arrivait en retard, là où il se fendait toujours d'un commentaire sarcastique à l'endroit de n'importe quel étudiant qui se présentait ne serait-ce qu'une minute en retard à son cours. Et le grand carnage a commencé ; des règles simples: poser des questions qui ne portent pas sur le cours, déstabiliser l'étudiant en le reprenant sur chaque mot utilisé un peu improprement, souffler, se lever et marcher dans la salle, laisser la porte ouverte, lever les yeux aux ciel, lui parler comme on le ferait à un enfant de trois ans, refuser de reformuler les questions, etc. Une étudiante, un peu typée méditerranéenne, a eu le bonheur d'être interrogée pendant une vingtaine de minutes sur la HALDE et les discriminations alors que le sujet de l'examen était les collectivités territoriales. L'humiliation prend toutes les formes, même les plus vicieuses, l'imagination est sans limites.

Nous sommes tous ressortis de nos entretiens respectifs livides et hagards ; aussi fallait-il mettre à profit le weekend pour se remettre de nos émotions (sans compter que, dans l'intervalle, la médecine rappelait sa faillibilité en manquant d'ôter la vie à l'être qui m'est le plus cher au monde par une anesthésie mal dosée). C'est en vain que nous nous sommes tournés vers le musée Granet. En dépit d'un Rembrandt stupéfiant, de certains Hyacinthe Rigaud de qualité et de quelques Ingres remarquables, la qualité moyenne du musée est médiocre et les éclairages-plus-artificiel-tu-meurs rajoutent à la consternation.

Hyacinthe Rigaud, Portrait du Président Gaspard de Gueidan en joueur de musette, 1735*

Au registre des bonnes nouvelles, dernière ligne droite dans la rédaction du fameux mémoire (en constatant, avec bonheur, que le transfert des pages d'un interligne à 1.15 à 1.5 me fait gagner un nombre incalculable de feuillets) et achats compulsifs en vue avec les soldes (oui, je sais faire ma superficielle). Ça me changera des livres et des disques. Sinon, il faut prendre les paris... Combien de temps la magnifique orchidée qu'on m'a offerte va-t-elle survivre à mes mauvais soins ? Sachant que j'ai cru pendant plusieurs mois que celle que le locataire précédent avait laissée dans ma chambre à Prague était fausse et que j'en nettoyais consciencieusement les feuilles, que je croyais donc fausses, avec un produit à base de Javel ?!

*: on trouvera un commentaire éclairant de Denis Grenier de ce très beau tableau dans le livret du disque Le Berger Poète paru aux excellentes éditions Alpha. Disque hautement recommandable faisant la part belle aux sonates pour flûte et musette.

samedi 18 septembre 2010

Il y a un an...


... j'avais déjà enregistré en bagage à soute mes 32 kilos de vie française qui avaient le droit de m'accompagner dans mon périple tchèque. J'attendais, un peu crispé, un avion retardé de Brussels Airlines qui devait m'emmener vers le superbe aéroport de Bruxelles. Dans l'immense hall, je mangeai quelques reliquats de gastronomie française familiale en observant passionnément l'effervescence contrôlée de l'endroit. Puis j'embarquais à nouveau dans un little jumbo pour Prague.

C'était une journée ensoleillée de septembre et le survol des forêts allemandes me rappelait les innombrables balades familiales de mon adolescence dans les alpes autrichiennes ou suisses. Les sous-bois, l'eau qui court, une fourmilière... L'aéroport de Prague est bordé de vertes prairies, qui ne sont jamais aussi envoutantes que quand elles sont recouvertes de neige.

Je ne peux pas m'empêcher de passer au présent, un an c'était hier ; je change un peu d'argent en attendant ma valise, j'achète un ticket de transport et je tente un timide non-merci en tchèque aux chauffeurs de taxi qui m'assaillent. En montant dans le bus, j'ai l'impression d'être le seul voyageur du lot. Impression erronée évidemment, que je n'aurais jamais plus lors de mes multiples passages suivants à l'aéroport. La voix automatique du véhicule débite des phrases incompréhensibles en tchèque. Et c'est comme irréel car on pourrait se croire en France, je ne m'attendais pas à tant de modernité.

Arrivé au terminus, mon parcours se poursuit avec le métro. La station est indiquée accessible aux handicapés, donc pourvue d'un ascenseur qui descend jusqu'au quai. Je le cherche quelques minutes, en vain. Je dois me résoudre à descendre les escaliers avec ma valise qui emporte ma frêle nature vers le bas. Par la suite, au même endroit, l'ascenseur me crèvera les yeux: en septembre, l'arbre planté au-devant avait encore toutes ses feuilles et me l'avait caché. Je souris toujours de cet aveuglement du voyageur en terre inconnue.

Je m'installe dans la dernière rame du métro et la vingtaine de minutes du trajet m'offre le loisir de détailler les tchèques. Pas si différents de nous, je suis encore plein d'ethnocentrisme. A l'arrivée, je peine à trouver l'arrêt du bus qui doit m'emmener vers ma destination finale: la cité universitaire: le kolej, le block. Au petit bonheur la chance, j'appuie sur le bouton de demande d'arrêt et je finis par descendre là où il fallait. L'endroit n'est pas très riant: un terminus de tramways, des blocs d'immeubles délabrés, quelques terrains vagues.

Je reconnais la façade de la cité universitaire, aperçue dans une brochure envoyée aux étudiants Erasmus avant leur départ. Je pénètre dans le hall, la réception est encore plus hideuse que sur les photos. Réception prétendument ouverte 24h/24, fermée à mon arrivée. Deux heures d'attente avant de pouvoir récupérer les clés de ma cellule 368 et de faire connaissance de mon colocataire (un sympathique slovaque qui n'eut de cesse d'exposer à ma vue de pucelle son gros cul flasque).

Pour la suite, il faut revenir à la page une de ce blog. Je ne l'écrirais pas comme ça aujourd'hui. Mais elle est là et tous mes souvenirs aussi. C'est inestimable.

samedi 14 août 2010

Chacun son île

En attendant de faire mes propres valises pour Malte, j'enjambe ici ou là dans la maison familiale devenue hôtel-restaurant pour voyageurs en transit (plus ou moins long) celles de mon frère en partance pour l'Islande et celles de mes parents en direction de Madère.

J'ai enjoins ces derniers à faire très attention à ma valise fétiche, celle qui m'a accompagné au Caire, à Munich, à Bruxelles, à Rome etc. Pleine de souvenirs et élégante, j'y tiens beaucoup. Mais ce soir, plus que l'exotisme d'une destination, elle a fait resurgir le visage d'un tchèque dans le métro pragois. Je m'en souviens assez bien mais je ne saurais pas le décrire.

Ce devait être en mars, je l'ai peut-être déjà évoqué ici furtivement, et je partais pour Rome. J'avais mis une chemise de prix (celle qui avait interpellé l'amoureux quand il ne me connaissait pas encore et celle aussi qui trouvait grâce aux yeux de ma folle colocataire brésilienne), je me tenais bien droit contre la porte du métro tout en tenant nonchalamment ma valise. Le tchèque était assis sur ma gauche, en bleu de travail plein de cambouis. Les mains calleuses et desséchées. Durant les huit minutes de notre trajet commun dans les entrailles de la terre, il n'a pas cessé de me dévisager avidement.

Je n'arrivais pas à soutenir son regard et je ne jetais que des coups d'œil furtifs en sa direction. La situation était troublante ; je ne lisais pas d'envie ni de réprobation. Je percevais davantage son attitude comme interrogative et non inquisitrice. Son corps respirait la lassitude, il devait approcher les soixante ans et il se demandait pourquoi j'étais là et pourquoi le hasard avait voulu que j'ai la chance d'être habillé comme je l'étais et de prendre l'avion pour voyager.

Je me souviens parfaitement m'être senti confus et penaud devant la criante distance qui séparait nos vies. J'ai regretté un court instant d'avoir choisi cette chemise alors que je me percevais comme un vil privilégié.

Ce monsieur n'avait vraisemblablement jamais pris l'avion et ne le prendrait sûrement jamais. Ce soir, je me suis dit qu'il n'avait aussi peut-être jamais quitté la Tchécoslovaquie et la République Tchèque. Et la mer ? A-t-il seulement vu la mer ?

Ça m'a fait du bien de penser à ce monsieur, de relativiser mes mérites et ma propre situation au lendemain d'un probable échec à l'examen du permis de conduire (2 chances sur 3 de ne pas l'avoir ; ma conduite un peu culottée n'étant pas forcément du goût de l'examinateur!).

lundi 9 août 2010

Disette

Je me consume d'inactivité. Soit que je m'étende sur la pierre calcaire, au bord de l'eau, sous la glycine, pour perdre mon regard dans le ciel bleu immaculé alors que le vent fait frissonner la vigne-vierge verdoyante. Soit que je devienne un boulimique cinématographique ; ce qui me met dans des états pas possibles. Je sélectionne la rubrique "drame" quand je cherche un film à visionner. Je regarde sans fin des personnages se perdre, passer à côté de leur vie, vivre des expériences tragiques et uniques.

Le point de non-retour est atteint si la musique qui porte le film m'interpelle, me marque et résonne en moi. Sur une île déserte, je ne prendrais pas un disque de musique classique, musique qui représente pourtant 80% de mes écoutes, je prendrais plutôt une bande originale de film. Ça ouvre bien plus d'horizons, de possibilités et ça renferme bien plus de souvenirs. Quand la platine tourne et que les notes chantent au loin, je peux errer d'endroit en endroit, de fauteuil en fauteuil, comme prostré et le regard dans le vide. Mélancolique et apaisé.

Effets faciles& larmoyants ; cordes&piano: une caricature de musique triste. Je suis faible, alors j'adore!

Il y avait de pareils ennuis à Prague. Mais ils avaient un goût d'exceptionnel, de magique, d'inestimable. Ici, je soupire bêtement dans la torpeur de l'été. Et en zieutant sur les nouvelles tchèques, j'apprends qu'un décret pondu par le nouveau ministre de l'environnement interdit désormais aux employés des administrations et des ministères de venir travailler en short, tongs, tee-shirts ou chaussures de sport. J'y vois un petit côté anecdotique qui n'est pas pour me déplaire ; d'autant que les tchèques ne sont pas les rois de la mode, comme vous le savez...

mercredi 30 juin 2010

Les mille bornes de la vulgarité

Quand je vous disais que j'avais affaire à des moniteurs d'auto-école hétéros bling-bling... J'étais loin de la sinistre réalité, j'en ai bien peur. Pour me rendre au centre d'examen du code (que j'ai réussi, au passage), je suis monté dans la voiture de l'un des deux, qui donnait une leçon à une jeune fille toute douce et souriante.

Entre deux "ma chérie", quand un autre automobiliste faisait une faute sous yeux de moniteur intransigeant, les insultes fusaient. Un répertoire lexical assez restreint ; on alternait entre "regarde moi cet espèce de pédé !!" et "oh! l'enculé !".

Du plus haut raffinement, n'est-ce pas ?! Comme je n'étais pas son élève mais un simple passager, je me suis bien gardé de commenter son verbiage. Pourtant, une question me brûlait les lèvres. Celle, tout bête, qu'on devrait toujours poser aux larynx montés sur testicules: "pourquoi un automobiliste qui fait une erreur de conduite devient-il (est-il) forcément homosexuel ?", d'autant qu'il y a 95% de chances que le fautif soit hétérosexuel, statistiquement. Ensuite, pas sûr qu'il se rende compte de l'homophobie latente qui se niche dans ce genre d'insultes. Mais un petit instant de confusion chez le marseillais sûr de son bon droit, c'est toujours bon à prendre. Enfin, j'aurai l'occasion de lui expliquer mon point de vue puisque le hasard, bien sûr, fait que je vais faire la plupart de mes heures de conduite avec lui...

Tout cela sent bon la France... J'ai aussi refait connaissance avec les administrations françaises, dans le même genre. A Sciences Po, en me rendant au service des relations internationales, je suis tombé sur une affichette "le bureau n'ouvre qu'à 14h30 aujourd'hui". Il était 15h bien sonnées et la porte était encore close. Et ensuite, pour rendre un dossier obligatoire, j'ai été trimballé de bureau en bureau. Je me souviens avec émotion de l'administration de la faculté tchèque, qui gérait pourtant autrement plus d'élèves. Il suffisait de décliner son nom et en moins de 30secondes, la responsable ouvrait son classeur à la bonne page avec l'intégralité du dossier de l'étudiant. C'était comme magique !

samedi 22 mai 2010

J-10

Retour vers la France dans dix petits jours. Dix petites journées à exploiter. Voir quelques coins que je n'ai pas explorés, revoir quelques endroits favoris. Se balader aux alentours de Prague, à Kutna Hora, bourgade réputée jolie.

Déambuler au milieu des curistes dans les villes thermales de Marienbad et Karlovy Vary. Passer une nuit dans un charmant hôtel (qui se prévaut du titre de "palace" mais le charme tout désuet qui émane les photos nous amène à nous méfier de cette superbe revendiquée) et goûter aux joies romanesques du thermalisme, qui sait...

Et hier soir, à la fin d'un inoubliable concert, se dire soudainement que Prague va me manquer. Murray Perahia avec l'Academy of Saint Martin of the Fields dans les concertos de Mozart (ut mineur) et de Bach (sol mineur) et dans des symphonies de Haydn. Ces rares soirées où tous les éléments pour la réussite de l'entreprise sont réunis.

Bien placé, entre deux mémés qui sentaient bon comme tout, un corniste sublime à qui je conseillerais d'abandonner le brillant du cuivre pour les scintillements des podiums de mannequinat, et un rendez-vous rare d'adéquation entre œuvres et exécutants. Le pianiste américain, haut comme trois pommes mais à la voix haut perchée, nous a livré une superbe interprétation. Évidemment, l'AMSF c'est du son standard et international, mais impossible de bouder son plaisir. Un Mozart grandiose et murement réfléchi (ce n'est pas l'escroc Lupu qui serait capable de prouesses pareilles) qui contrastait avec un Bach sur le fil (décalages, fausses notes), tellement humain.

Sans m'en rendre compte, c'était mon dernier concert dans la salle extraordinaire du Rudolfinum. Je n'ai pas eu le temps d'y penser sur le moment et tant mieux si ce dernier concert était l'un des plus beaux de ma vie de mélomane pragois.

PS: j'ai revu mes deux tourtereaux, l'un toujours cravaté, l'autre toujours en chemisette...

jeudi 20 mai 2010

Le tchèque, en sept tares

Une interminable pause entre deux examens. Propice à l'observation anthropologique ; posté dans le hall de la faculté, j'ai observé, détaillé, déshabillé du regard le tchèque. En sept points, ça donne ceci, en commençant le diagnostic du bas vers le haut:

1) Le tchèque porte des écrases-merde. Les chaussures, les vraies, d'homme, il ne connait pas. Il n'a pas dépassé le stade préhistorique des baskets. Dans un état de décomposition avancé, si possible. J'ai l'air un peu gonflé comme ça, vu que je porte moi-même des chaussures en daim élimées. Mais c'est sentimental, je les ai trainées dans le sable égyptien, dans la pluie romaine et dans la neige munichoise, alors...

2) Le tchèque porte un drap en jean, avec des trous plus grands pour les jambes... S'il nage dedans, il est content. Un jean bien ajusté n'a guère d'intérêt, faut faire passer les courants d'air. D'un bleu délavé douteux, c'est préférable.

3) Le tchèque a un gros cul. Que voulez-vous, c'est la triste réalité. J'en suis le premier chagriné. Oui, un gros cul et flasque en plus. Deux pastèques qui tombent... Ah les dures lois de la pesanteur ! Aussi, à force de se bourrer de brambory et de knedelky, y'a pas de miracle !

4) Le tchèque aime les couleurs improbables. Et surtout, il adore les assortir de façon incongrue. Les multiplier aussi, la règle des trois couleurs maxi, il ne connait pas. Faut que ça scintille !

5) Le tchèque chérit tout particulièrement le sac-à-dos. De cycliste, avec gourde et tube en plastique transparent intégrés. Il doit pouvoir bien s'acharner à notre homme aussi ; donc plein de cordons, de ficelles qui se baladent à droite, à gauche, au gré des mouvements du marcheur.

6) Le tchèque a le poil gras. C'est toujours ça d'économisé sur le gel. Et les variations de coiffures sont infinies; quelques doigts passés dans les cheveux et hop, ça tient tout seul. Magique !

7) Le tchèque a une grosse tête. Qu'il dodeline compulsivement en regardant par terre quand il marche vite. Toujours pressé le tchèque. Si ça se trouve, ça fatigue tellement qu'il est obligé d'avoir un sac-à-dos gourde pour survivre...

Puis, il y a le tchèque qui a évité les sept chausses-trappes sus-citées. Sa rareté ne le rend que plus désirable...

lundi 17 mai 2010

Emotion contenue

J'assistais hier soir à mon premier concert du Festival du Printemps de Prague (qui donna son nom aux événements que l'on sait). Radu Lupu interprétait du Janacek, l'appassionata de Beethoven et la D960 de Schubert.

Piano manquant un peu de chair et trop fouillis. Personnage assez discret, concert enchainé selon les canons du genre (vague salut, je débite mes œuvres, salutations, je bisse et je m'en vais). Guère mémorable.

En revanche, je me souviendrai longtemps de ces deux-là. Je veux parler des deux hommes assis devant moi. Nous étions dans les gradins de côté et mes yeux ont vu des choses, à cause de la vue de plongée, qu'ils n'auraient pas du voir, imperceptibles.

Celui à ma gauche, à peu près 43 ans, cheveux coupés très courts. Assez carré, costume-cravate. Programme soigneusement posé devant lui, applaudissements discrets du bout des doigts, la main gauche tapant la main droite (donc gaucher). Son acolyte, enfoncé dans son siège sur ma droite, chemisette (le comble de l'horreur) et pantalon de marche. Cheveux coupés à la tondeuse au plus long possible, un peu plus foutraque dans l'ensemble. Une petite trentaine.

Je ne voyais pas vraiment le rapport entre les deux quand après un signe d'impatience du jeunot, le plus âge a tourné imperceptiblement la tête vers lui et lui a tapoté la cuisse du bout des doigts, du genre "ca va passer vite mon chéri, ne fais donc pas l'enfant".

Il faut bien voir que le quadra, probablement cadre dans une banque, prenait littéralement son pied en écoutant le pianiste roumain débiter sa litanie de notes. Je l'imaginais très bien fougueux, un soir d'orage, faire l'amour sur sa sonate préférée. Surement pianiste, ses mains pianotaient virutellement et suivaient réellement la musique (pas comme le pédant du coin qui s'agite dans tous les sens pour bien montrer que lui, il connait le morceau par cœur). Mais je l'imaginais aussi bien, gants en latex rose aux mains, récurer sa cuisine en formica en écoutant du Schumann.

Toujours est-il qu'à intervalles réguliers, le mélomane aguerri rassurait son compagnon néophyte d'un soir sur la durée de son supplice par de petites tapes discrètes dont seuls les homos voulant rester discrets ont le secret. Il y avait un vilain contraste entre ce couple, charmant au demeurant, contraint aux esquisses de gestes tendres et le couple assis à leur droite, la demoiselle amoureusement lovée dans les bras de son tendre.

A l'entracte, je me suis mis en filature et j'ai outrageusement suivi les deux tourtereaux. Ils se sont vite précipités dehors et se sont promenés sur les bords de la Vlatva en regardant le coucher de soleil rosé. Je crois bien que j'ai été repéré et durant la seconde partie du concert, les ébauches sentimentales se sont faites plus précises, l'éraste osant barrer les lèvres de son éromène de son index quand celui-ci a laissé échapper un gros soupir d'ennui (que je partageais d'ailleurs).

C'était mignon tout plein cette jambe costumée qui se frottait à cette autre jambe impatiente ; mignon tout plein ce regard éperdu et triste de voir l'éphèbe s'éloigner et sortir de la salle alors que le bis commençait. Le piano ou l'amoureux, il fallait choisir. Et sans hésiter, notre homme s'est rassis.

Tout ça pour dire que c'était étrange de se retrouver dans le rôle du spectateur et de se projeter dans la tête de ceux qui voient notre petit manège. Parce que je crois bien être beaucoup moins discret que ces messieurs quand je suis en bonne compagnie malgré toutes les réticences que j'ai à être démonstratif (au grand dam de mon compagnon à moi).

mardi 4 mai 2010

Apparat superfétatoire

Probablement l'un de mes derniers billets sur la mode tchèque. Les températures m'ont permis de tomber le manteau et de le remplacer par mon habituelle veste de costume noire. Il y a quelques temps, je l'avais classiquement assortie d'un pantalon tout aussi noir et d'une chemise blanche finement rayée.

L'espace d'un instant j'ai du oublier que je n'étais pas à Aix-en-Provence mais à Prague qui est donc bien majoritairement peuplée de tchèques, ces drôles de gens qui boutonnent leurs chemises jusqu'au col alors même qu'ils ne portent pas de cravate.

Mon narcissisme s'est plutôt bien accommodé des regards insistants dans les transports en commun mais a eu un moment d'hésitation quand deux étudiants tchèques se sont mis à entonner la marche nuptiale de Mendelssohn à ma vue.

Là où j'aurais essuyé des regards de mépris à Aix, j'ai rencontré des gens qui croyaient mon accoutrement apte au mariage à Prague ! Deux décalages et deux mondes de codes sociaux différents. Le snobisme revendiqué d'un côté et la simplicité tant inculquée par le communisme encore vivace de l'autre.

Un autre jour, il y avait du tractage dans la bouche de métro. L'endroit est assez étendu et j'ai eu le temps de pronostiquer qu'on tenterait de me donner un papier. Une dizaine de personnes sont passées devant la préposée à la distribution sans qu'elle leur tende le sésame informatif, seul un homme en costume-cravate y a eu droit. Le temps que j'arrive à hauteur de la demoiselle, d'autres personnes banalement habillées n'ont pas été sollicitées. Et moi, avec ma veste de costume, ça n'a pas loupé: la main s'est tendue dans ma direction. Ici, l'habit fait le moine !

dimanche 2 mai 2010

Une dernière salve de musique slave

En furetant dans un lieu de perdition musical et participatif, je me suis laissé guider vers des horizons nouveaux. Il était question de chansons traditionnelles russes et d'envie de pleurer. J'ai donc immédiatement cliqué sur les liens Youtube. Et ça donnait ceci:





Donc oui, on a bel et bien envie de pleurer. Nous sommes transportés dans des frimas inconnus... Peut-être que c'était un peu cet esprit mélancolique et folklorique que j'étais aussi venu chercher à Prague. Je ne crois pas l'avoir trouvé ni même rencontré. Ce n'est pas exactement la culture tchèque. Dommage...

vendredi 30 avril 2010

Douceur tchèque

Je ne parle pas du temps bien qu'il soit devenu fort agréable depuis quelques semaines (et même étouffant dès la barre des vingt degrés franchie !) mais une nouvelle fois de musique. Je croyais assister mercredi soir à mon dernier concert au Rudolfinum et j'en concevais une certaine mélancolie.

Mélancolie qui se devait d'être relevée par la programmation de la soirée qui comprenait notamment le concerto pour violoncelle de Dvorak. Le très talentueux Jean-Guihen Queyras, toujours aussi beau à voir qu'à entendre, a tout emporté sur son passage avec un jeu très vigoureux et d'un engagement total. Il retrouvait pour ce concert les partenaires qu'il avait eus au disque: la philharmonie de Prague et Jiri Belohhavek.

Soirée phénoménale et s'aérer sur les bords de la Vlatva lors de l'entracte finit d'en parfaire la douceur. J'attends donc impatiemment le festival de musique du printemps de Prague pour lequel j'ai obtenu, in extremis, des places.

Récital de Radu Lupu dans Beethoven (Op. 57) et Schubert (D960), Murray Perahia dans le concerto en ut de Mozart et en sol de Bach, Lupu encore dans le concerto de Schumann, Matthias Goerne dans Malher et encore bien d'autres succulentes choses...

En attendant, je réécoute l'équipe triomphante de mercredi soir dans leur disque. Version dantesque qu'on préférera à toutes les autres. Seul Rostropovich (avec Giulini plus qu'avec Karajan, Boult, ou encore Ozawa) est à la hauteur de ce triomphe. Ecoutez ce tendre dialogue entre le violoncelle concertant et la flûte:

mardi 27 avril 2010

Une flûte désenchantée

Je ne dois pas être le premier à faire ce petit jeu de mot stupide avec le titre de l'opéra de Mozart. J'avais encore hérité d'une place à poteau (bon, vu le prix, c'est justifié...) et des étudiants Erasmus français que je fuis comme la peste étaient de la partie. J'étais donc dans de mauvaises dispositions pour apprécier la représentation, jouée au Théâtre des Etats, là où Mozart créa en son temps Don Giovanni (que je préfère largement à la Flûte).

Ouverture magistralement jouée par l'orchestre du Théâtre National, qui constituera le seul point positif de la soirée. De beaux timbres, pas de problèmes de justesse ni quoi que ce soit. Seulement cette éternelle petite routine. Une belle cylindrée qui ronronne tendrement.

J'étais de côté et j'ai pu apprécier la "flexibilité" salariale à la tchèque: les chanteurs du chœur assuraient non seulement les chorégraphies dévolues aux danseurs (d'où leur lamentable simplicité) mais jouaient aussi aux apprentis machinistes. En effet, personne en coulisse. Quand il fallait actionner les poulies pour agiter l'immonde drap qui couvrait la moitié de la scène, trois chanteurs-danseurs s'éclipsaient de chaque côté et activaient prestement les manivelles. Idem pour les changement de décors !

Décors, si on peut appeler ça des décors, du mauvais goût le plus certain et tape-à-l'oeil, usés jusqu'à la corde. Des costumes taillés en gros et dans des couleurs que n'aurait pas reniées Sonia Rykiel. Mise en scène statique à mourir, avec ce foutu drap jaunâtre en plein milieu.

Seul le rôle titre de Pamina était méritant. Les autres chanteurs se croyaient au cirque et s'embourbaient dans le rythme et les mélodies en toute jovialité. Les premiers hululements de la reine de la nuit m'ont dissuadé de rester après l'entracte pour attendre son fameux air.

Enfin, détail de taille: c'était chanté en tchèque. Je me suis fait piégé, en oubliant que le spectacle était assuré par le Théâtre National qui a conservé cette vieille tradition de tout traduire. Je ne suis guère amoureux de la langue de Goethe mais ses aspérités auraient été bienvenues pour donner un peu de relief à l'ensemble. Et aux récitatifs et aux airs. Le tchèque est finalement assez rond, chanté par les quincaillers du coin.

lundi 26 avril 2010

Le banquet des anges

Indéfinissable impression: Prague n'est pas plus belle que Rome, elle est plus émouvante. Peut-être parce que, à la différence de Rome et de Vienne, elle n'a jamais été un centre de pouvoir, tout en étant une capitale. Elle n'inspire ni respect ni admiration, elle touche, il faut l'aimer pour la comprendre, on ne peut avoir avec elle que des rapports personnels et tendres.

Dominique Fernandez

Une fois de plus, l'immense écrivain a su trouver les mots justes pour décrire les sentiments de tout voyageur ou expatrié à Prague.

C'est un fait indiscutable, Prague ne sera jamais plus belle que Rome, Vienne ou Paris. On reste admiratif devant les beautés romaines, pas devant celles de Prague. On a vite fait de les regarder avec dédain quand on a goûté auparavant au nectar italien.

Je vacille entre amour et haine envers cette ville. Mais même aux pires moments, les tchèques et cette capitale parviennent à m'émouvoir. Surement aux moments où je m'y attends le moins. Je crois que Rome touche les gens d'une façon à peu près universelle et similaire. Prague parle à chacun de nous de manière différente.

Et oui, sans amour, l'habitant ou le voyageur passeront à côté de ce qui fait Prague, de ses charmes et des troubles qu'elle peut susciter. Alors, malgré tout, on garde pour cette cité une certaine tendresse qui me fera probablement y revenir dans quelques années. Parce que je lui aurais consacré quelques mois de ma vie, à une époque charnière et fondamentale.

L'avenir dira si je saurai me resservir de ce qu'elle m'a appris et si je ne trahirai pas le lien que nous avons établi et tissé au fil de ces neuf mois.

dimanche 25 avril 2010

Guide touristique (2): Zámek Troja


Situé en face du zoo de Prague, ce château est ouvert du 1er avril au 31 octobre. Les jardins sont accessibles gratuitement tandis que la visite guidée de l'intérieur est payante et a lieu à des intervalles relativement espacés, en tchèque.

L'escalier extérieur est monumental tandis que les jardins sont tirés au cordeau... Cela mérite assurément le coup d'œil et rien ne vous empêche ensuite de faire un tour au zoo qui compte parmi les plus beaux d'Europe !




samedi 24 avril 2010

Guide touristique (1): juiveries pragoises

Je commence ce petit guide touristique tout à fait personnel et subjectif de Prague avec l'évocation de tous les monuments et lieux d'intérêt juifs.

1) Les synagogues et le cimetière juif gérés par le Jewish Museum:
Le ticket global comprend la visite de quatre synagogues et du cimetière juif. La visite commence par la synagogue Pinkas dont les murs sont gravés des 80 000 noms des déportés tchèques. Impressionnant. Elle se poursuit par le cimetière dont l'atmosphère ne laissera personne insensible. Cet agencement désordonné de tombes respire la mélancolie, la douleur et dégage une certaine sérénité.

La synagogue Klaus a moins d'intérêt et le détour ne vaut que pour la collection d'objets religieux qu'elle abrite. Par contre, on ne manquera pas la synagogue Vieille-Nouvelle, un peu sombre, médiévale, mystérieuse. Avec un peu de chance, vous tomberez sur cette gardienne à l'âge déjà bien avancé, tellement ravie de pouvoir parler français quelques minutes. Pas avare d'explications, elle a vite dérivé pour nous parler de tout et de rien, de la vie ici à Prague, du fait d'être juif, des inondations de 2002... Ce genre de rencontre impromptue qui laisse des traces.

Il faut évidemment achever la visite par la synagogue espagnole, exceptionnelle. Toutes les autres vous paraitront bien austères et fades une fois que vous y aurez pénétré. Édifice magnifique où tout resplendit et envoute sans tapage. Visite indispensable. Les photos y sont hélas interdites.

2) La synagogue de Jérusalem (ou du Jubilé):
Située près de la gare et gérée de façon indépendante (elle ne fait donc pas partie du ticket global vendu par le Jewish Museum), elle a une façade remarquable:


L'intérieur est aussi magnifique, même si je lui préfère celui de la synagogue espagnole, encore plus somptueux. On peut s'installer sur un des bancs et rêvasser pendant tout le temps qu'on veut, kippa sur la tête. Les touristes y sont bien moins nombreux que dans les autres synagogues.




(Je ne parlerai dans les billets classés sous "visite guidée" que de lieux que j'affectionne et qui me semblent indispensables à visiter pour tout aventurier échoué à Prague ; je ne cherche en aucun cas l'exhaustivité ou l'objectivité. Vous avez en effet pour cela une pléiade de guides sur papier tous plus gros les uns que les autres).

jeudi 15 avril 2010

Sainteté


Entre deux expositions et une visite chez le médecin à 100€, un grand tour de Rome pour voir ou revoir des monuments, des places, des ruelles.

L'expo Edward Hopper d'abord, peintre que j'apprécie depuis pas si longtemps que ça, qui retrace habilement son parcours pictural. Le côté ludique de la disposition contribue à cerner son évolution stylistique. Pas mal de toiles célèbres (mais pas les Noctambules) et d'aquarelles magnifiques. Voilà un peintre qui gagne à être vu en vrai: des couleurs somptueuses, surtout les bleus et les verts, incroyables d'intensité.

L'expo Caravage ensuite. Claustrophobes s'abstenir. Ambiance rougeâtre et pénombre de rigueur. Beaucoup de monde, par intérêt ou parce que c'est the place to be en ce moment à Rome. Mais là encore le parcours est savamment pensé. Quelques surprises, la toile d'habitude exposée aux Musées du Vatican (la Mise au tombeau) apparait très grossière et mal finie accolée à d'autres huiles du maître (notamment celle exposée à Vienne). Et au contraire une œuvre qui paraissait un peu terne prend toute son ampleur quand on la restitue dans son élément. Finalement, ce qui nous a le plus frappé, c'est l'absence totale d'attention de la part du public et des guides pour la toile la plus érotique du Caravage, totalement délaissée, son Saint-Jean-Baptiste:


Promenades dans le quartier juif, autour du Forum, du Colisée... Un regain d'intérêt de ma part pour les pierres antiques, toujours une pointe de déception devant le Moïse de Michel-Ange à Saint-Pierre-aux-Liens et un souvenir un peu injuste de Sainte-Marie-Majeure. Les glaces parfums riz au lait et marron glacé du Palazzo del Fredo n'ont pas trahi la souvenance que j'en avais, pause gourmande rafraichissante...


Touché par la grâce divine devant Saint-Jean-de-Latran ?

mardi 6 avril 2010

Ce(ux) qu'ils ne verront jamais

-les sans-abris échoués dans le tramway une fois la nuit tombée. Ils montent aux terminus, avec leurs sacs, se laissent choir sur l'un des sièges de la seconde rame et s'endorment. Le vide autour d'eux sera constant: personne ne bravera l'odeur et la saleté qui émanent de ces épaves humaines.

-l'alcoolisme, gangrène sociétale. Cet ouvrier du bâtiment qui gravit les trois marches du tramway difficilement, qui manque s'étaler dans la rame et qui finit par déposer sa carcasse chancelante dans l'un des sièges. Le nez bouffi et rougi par l'alcool. Cet employé, engoncé dans un costume un peu dépareillé, monsieur tout le monde. Il n'a l'air de rien mais quand il se lève pour descendre du tramway, vous sentez une forte odeur d'alcool. Il s'écroulera à la sortie du tram, déstabilisé par la descente des trois marches.

Ça, les touristes ne le verront jamais. Pourtant, c'est tous les jours.