jeudi 8 mars 2012

Des yeux verts au rouge qui tache

Je lis fidèlement tous les romans de Philippe Besson car la petite musique qui s'en dégage m'est agréable. Je garde un souvenir plein de plénitude de ma lecture d'une traite de l'un de ses ouvrages dans ma cuisine pragoise dans le grand appartement où ma lunatique colocataire était divinement absente. Il y a une dizaine de jours, dans le train, quelle ne fut pas ma surprise de voir le lycéen, en classe prépa d'après mes déductions, assis à mes côtés sortir l'édition de poche de Retour parmi les hommes. Autant dire que ma curiosité et toute mon attention ont été dévolues à suivre sa lecture. Je me me revoyais à son âge, explorant ces horizons de lectures subversives. Las, son achat semblait dicté par le hasard et le garçon, apparemment, n'avait pas lu le premier tome. Après quelques pages, il a vite remisé le livre dans son sac, préférant s'attaquer aux Caractères de La Bruyère. Un petit moment de rêverie et un bonheur de croiser par deux fois son magnifique regard couleur péridot.

A l'âge de ce gamin, je découvrais les livres de Gilles Leroy. Le propos est certainement plus abrupt que celui délivré par Besson mais sans jamais virer dans le vulgaire ni le vain démonstratif. J'ai toujours été amusé par le fait qu'il ait reçu le Goncourt en 2007 pour un livre relativement singulier dans l'ensemble de sa production. Auteur franchement catégorisé dans la littérature pour garçons sensibles, il a été primé pour son premier livre "grand public". Toujours est-il que, depuis, ses nouvelles productions font l'objet de critiques dans les hebdomadaires. Le thème sensible de son dernier opus Dormir avec ceux qu'on aime m'a poussé à l'achat et la retenue du traitement de cette histoire d'amour impossible m'a séduit. Dommage que cela tourne assez vite en rond. Vu l'amour qu'il semble porter aux séances de dédicace, alors même que c'est un auteur que j'aimerais bien rencontrer, je me garderais bien de m'y rendre si jamais l'occasion s'en présentait !

Le centenaire de la naissance de Lawrence Durrell m'a incité à questionner l'aïeule de la maison sur cet auteur, légendaire pour certains amoureux de la littérature anglo-saxonne, qui a été notre voisin tout le temps qu'il a vécu dans le sud de la France. L'étrange bâtisse qu'il habitait m'a toujours intimidé quand j'étais enfant: façades bleuâtres, toiture en ardoise: elle détonne considérablement dans le paysage local ! Si je peux me fier aux souvenirs de ma grand-mère, elle comporte une piscine intérieure et un magnifique escalier. L'homme, toujours flanqué de son vilain cabas quand il sortait en ville, aimait bien lever le coude. Ce qui ne l'a pas empêché d'écrire d'une très belle plume. Je me suis lancé dans la lecture de son œuvre phare Le quatuor d'Alexandrie. Quand j'avais visité cette ville, elle semblait pleine de nostalgie d'une époque révolue, peut-être vais-je la retrouver entre ces pages ?