Ces quelques semaines écoulées ont été mises à profit
pour parcourir sereinement les avenues parisiennes et pour voyager, après un
faux départ, à Florence.
Il y a eu cette balade de nuit entre Opéra et Sèvres
Babylone, en passant par l’île de la cité, après un repas dans une ambiance
survoltée dans un petit restaurant (c’est ça de ne pas anticiper le Beaujolais
nouveau…). Ca faisait une petite trotte mais l’air revigorant a porté notre
démarche sans efforts. Un petit verre pour finir la soirée dans un bar pour
vieilles dames chics du XVIe où trois jeunes gens, bien faits de leur personne,
berçaient les effluves capiteuses du son de leur clarinette et de leurs
guitares.
Il y a eu cette journée à Chantilly, sorte d’épilogue à notre
tournée estivale des châteaux de la Loire. L’ambiance était grise, le public
peu présent à l’extérieur du château, les jardins nous étaient offerts. Les
bosquets, qui nous ont toujours fait tant fantasmer, étaient nombreux. Mais c’est
une maisonnée perdue au milieu des bois qui a abrité une étreinte maladroite.
Il y a eu cette soirée où nous avons fait des messes
basses alors que nous assistions de loin à la messe en l’église de Saint
Etienne du Mont. Dans l’après-midi, je venais de flatter la gourmandise irrépressible
d’une vieille amie en lui offrant les meilleures dragées que j’avais pu
trouver. Un clin d’œil au voyage en train que nous avions fait tous les deux
entre Alexandrie et le Caire où le kilo de dragées n’avait pas survécu aux
trois heures de trajet.
Il y a eu ce vagabondage dans Paris et sa banlieue. La basilique
de Saint Denis souffre d’être désormais accolée à un vilain centre commercial.
L’ambiance franchement fraîche m’a fait presser un peu le pas lors de notre
visite, d’autant que je suis assez peu au fait des biographies de tous ces
rois. Et puis, quand j’ai établi un itinéraire de visites et le temps afférent,
j’aime bien m’y tenir quitte à brusquer un peu les esprits alanguis. Je prends
toujours plaisir à secouer le pont suspendu des Buttes Chaumont au grand dam de
certains passants au cœur trop peu accroché. Je regrette toujours la médiocrité
du point de vue offert par le kiosque perché en hauteur. La visite du musée
Carnavalet, qui concluait cette journée, fut semée d’embûches, tant le désordre
règne dans ce vaste cloaque. Les salles ouvrent et ferment alternativement, le
balisage est absent et le personnel peu disert. Le verre final fut pris au
Second Empire, bar qui nous avait séduits par son nom et son ambiance quelques
temps auparavant.
Mon voyage à Florence fut d’une autre nature. J’en
retiens des plaisirs de la table, partagés. Des joutes verbales sans
concessions, du réveil jusqu’au soir. Je ne peux malheureusement pas affirmer
avoir été saisi du syndrome de Stendhal, loin s’en faut. Là où chaque rue
romaine offre une dizaine d’églises à visiter –et qui cachent souvent derrière
des façades quelconques des nefs ravissantes-, les rues florentines incitent à
entrer –à grands frais- dans les grandes bâtisses religieuses pour y éprouver,
souvent, le désappointement du dépouillement. Mais c’est un amoureux des surcharges
baroques qui parle et non un fin esprit capable de déceler poésie et messages
puissants dans les fresques renaissances.
J’ai vu cette fresque de Fra Angelico qu’une professeur
de culture générale s’escrimait à détailler à coup d’envolées lyriques et
passionnées. J’ai vu, aux Offices, assez peu fréquentées en cette saison, les
Botticelli, si délavés par le temps. J’ai aimé le point de vue inattendu offert
par une église, pour une fois gratuite. J’ai aimé le Palazzo Pitti, point culminant
à mon sens d’une étape florentine. J’ai aimé gravir les longs escaliers menant
à une église magnifique –extérieur et intérieur- qui surplombe toute la ville.
J’ai aimé la synagogue de Florence, désertée par les visiteurs (sauf par une
américaine originaire de Boston qui m’a assimilé immédiatement à un juif, puisque
visitant une synagogue, et qui m’a demandé si je ne connaissais pas untel ou
untel à Paris « parce qu'un juif connaît toujours un autre juif qui en
connaît un autre et que donc tous les juifs se connaissent »).
J’ai abusé des crostini au foie de volaille, du chianti
classico, de « dolce » quelconques. J’ai abusé de la sureté de mon
jugement, des sarcasmes envers ceux qui ne disposent pas d’un sens de l’orientation
particulièrement performant, de la baignoire balnéo de l’hôtel. J’ai rêvassé
avec mélancolie en regardant ce jeune couple qui s’embrassait fougueusement sur
le ponte vecchio en me disant que ce plaisir démonstratif m’était interdit. Je
me suis bercé de mauvais rêves en imaginant la vie du stewart de l’avion du
retour. Je le figurais rentrer dans sa maisonnée de banlieue londonienne (l’équipage
était anglais), écrasée par la grisaille, afin d’être au chevet d’une mère souffreteuse,
dissimulant sa gaucherie efféminée qu’il ne trouve à exprimer que dans des
endroits de perdition pour rencontres sans lendemain. Oui, rien que ça.
2 commentaires:
Labile, oh combien !
toujours un plaisir de te lire, meilleurs voeux :o)
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