dimanche 23 décembre 2012

La transhumance d'une silhouette labile

Ces quelques semaines écoulées ont été mises à profit pour parcourir sereinement les avenues parisiennes et pour voyager, après un faux départ, à Florence.

Il y a eu cette balade de nuit entre Opéra et Sèvres Babylone, en passant par l’île de la cité, après un repas dans une ambiance survoltée dans un petit restaurant (c’est ça de ne pas anticiper le Beaujolais nouveau…). Ca faisait une petite trotte mais l’air revigorant a porté notre démarche sans efforts. Un petit verre pour finir la soirée dans un bar pour vieilles dames chics du XVIe où trois jeunes gens, bien faits de leur personne, berçaient les effluves capiteuses du son de leur clarinette et de leurs guitares.

Il y a eu cette journée à Chantilly, sorte d’épilogue à notre tournée estivale des châteaux de la Loire. L’ambiance était grise, le public peu présent à l’extérieur du château, les jardins nous étaient offerts. Les bosquets, qui nous ont toujours fait tant fantasmer, étaient nombreux. Mais c’est une maisonnée perdue au milieu des bois qui a abrité une étreinte maladroite.

Il y a eu cette soirée où nous avons fait des messes basses alors que nous assistions de loin à la messe en l’église de Saint Etienne du Mont. Dans l’après-midi, je venais de flatter la gourmandise irrépressible d’une vieille amie en lui offrant les meilleures dragées que j’avais pu trouver. Un clin d’œil au voyage en train que nous avions fait tous les deux entre Alexandrie et le Caire où le kilo de dragées n’avait pas survécu aux trois heures de trajet.

Il y a eu ce vagabondage dans Paris et sa banlieue. La basilique de Saint Denis souffre d’être désormais accolée à un vilain centre commercial. L’ambiance franchement fraîche m’a fait presser un peu le pas lors de notre visite, d’autant que je suis assez peu au fait des biographies de tous ces rois. Et puis, quand j’ai établi un itinéraire de visites et le temps afférent, j’aime bien m’y tenir quitte à brusquer un peu les esprits alanguis. Je prends toujours plaisir à secouer le pont suspendu des Buttes Chaumont au grand dam de certains passants au cœur trop peu accroché. Je regrette toujours la médiocrité du point de vue offert par le kiosque perché en hauteur. La visite du musée Carnavalet, qui concluait cette journée, fut semée d’embûches, tant le désordre règne dans ce vaste cloaque. Les salles ouvrent et ferment alternativement, le balisage est absent et le personnel peu disert. Le verre final fut pris au Second Empire, bar qui nous avait séduits par son nom et son ambiance quelques temps auparavant.


Mon voyage à Florence fut d’une autre nature. J’en retiens des plaisirs de la table, partagés. Des joutes verbales sans concessions, du réveil jusqu’au soir. Je ne peux malheureusement pas affirmer avoir été saisi du syndrome de Stendhal, loin s’en faut. Là où chaque rue romaine offre une dizaine d’églises à visiter –et qui cachent souvent derrière des façades quelconques des nefs ravissantes-, les rues florentines incitent à entrer –à grands frais- dans les grandes bâtisses religieuses pour y éprouver, souvent, le désappointement du dépouillement. Mais c’est un amoureux des surcharges baroques qui parle et non un fin esprit capable de déceler poésie et messages puissants dans les fresques renaissances.

J’ai vu cette fresque de Fra Angelico qu’une professeur de culture générale s’escrimait à détailler à coup d’envolées lyriques et passionnées. J’ai vu, aux Offices, assez peu fréquentées en cette saison, les Botticelli, si délavés par le temps. J’ai aimé le point de vue inattendu offert par une église, pour une fois gratuite. J’ai aimé le Palazzo Pitti, point culminant à mon sens d’une étape florentine. J’ai aimé gravir les longs escaliers menant à une église magnifique –extérieur et intérieur- qui surplombe toute la ville. J’ai aimé la synagogue de Florence, désertée par les visiteurs (sauf par une américaine originaire de Boston qui m’a assimilé immédiatement à un juif, puisque visitant une synagogue, et qui m’a demandé si je ne connaissais pas untel ou untel à Paris « parce qu'un juif connaît toujours un autre juif qui en connaît un autre et que donc tous les juifs se connaissent »).

J’ai abusé des crostini au foie de volaille, du chianti classico, de « dolce » quelconques. J’ai abusé de la sureté de mon jugement, des sarcasmes envers ceux qui ne disposent pas d’un sens de l’orientation particulièrement performant, de la baignoire balnéo de l’hôtel. J’ai rêvassé avec mélancolie en regardant ce jeune couple qui s’embrassait fougueusement sur le ponte vecchio en me disant que ce plaisir démonstratif m’était interdit. Je me suis bercé de mauvais rêves en imaginant la vie du stewart de l’avion du retour. Je le figurais rentrer dans sa maisonnée de banlieue londonienne (l’équipage était anglais), écrasée par la grisaille, afin d’être au chevet d’une mère souffreteuse, dissimulant sa gaucherie efféminée qu’il ne trouve à exprimer que dans des endroits de perdition pour rencontres sans lendemain. Oui, rien que ça.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Labile, oh combien !

Anonyme a dit…

toujours un plaisir de te lire, meilleurs voeux :o)