Une année passée à préparer des concours de la fonction
publique. Pour ne pas y finir, d’ailleurs. S’achève donc la période de la vie
estudiantine, même si les 18 mois à venir seront une alternance de stages et de
formation avant de prendre mon premier poste dans une administration de 200 000
agents.
En tout cas, aucun regret de ce côté-ci de ma vie. Tout n’était
pas nécessairement prévu comme cela, j’ai raté des opportunités, des marches, j’ai
pris des chemins de traverse. J’ai piétiné quelques rêves d’adolescence,
quelques croyances politiques mais aucune personne, je crois.
Je n’ai jamais eu à déplorer le moindre rattrapage d’examen
et pourtant je nourrissais une frustration d’avoir laissé inachevé un certain
nombre de choses. Une licence en droit jamais terminée, une médaille de conservatoire
jamais obtenue, faute, dans les deux cas, d’avoir cessé ces études une année
trop tôt. Une frustration balayée par le fait d’avoir obtenu mes diplômes de la
grande école qui fut la mienne. Enfin ! Quelque chose de réellement
terminé jusqu’au bout.
Une année de travail intense, donc. Une année
exceptionnellement formatrice sur tous les plans. J’ai mûri, beaucoup. J’ai
expérimenté beaucoup de choses cette année, les limites intellectuelles, la
solitude, la déprime aigue, la force de l’amitié, le pardon, l’abnégation, la
générosité.
Pour attendre le résultat de l’oral et vivre ces
dernières heures d’attente sereinement, je suis allé me réfugier en Corse, chez
le plus fidèle de mes amis. Celui qu’on aimerait n’avoir jamais trop loin de
chez soi. La journée n’étant pas chômée pour tout le monde, c’est seul que j’ai
passé la matinée au café sur la corniche de Bastia, face à la mer et au soleil.
Un des grands bonheurs de l’existence, le café, le jus d’orange et les journaux
du matin. La magnifique « Lettre à D. » d’André Gorz, aussi. Et c’est
en quittant le restaurant du midi que j’ai appris mon succès.
J’avais imaginé l’instant de façon beaucoup plus animale.
Je n’ai pas hurlé mon soulagement, je n’ai pas tremblé de bonheur et d’incrédulité,
j’ai peut-être respiré plus vite qu’à l’accoutumée. Victoire à la Pyrrhus. C’est
seul que j’ai réussi. Les amies, l’amie qui devaient m’accompagner dans cette
aventure ont échoué. Doué d’empathie depuis peu, j’ai relégué ma joie au second
plan pour me sentir accablé par la détresse –dissimulée- des autres. Je ne me résous
pas à ce gâchis de compétences opéré par la sélection du concours.
L’immense soulagement que constitue cette nouvelle étape
de ma vie, pour moi et pour mon entourage, n’était rien à ce moment-là. C’est
le lendemain d’ailleurs que j’ai fêté ça dans le meilleur restaurant de la
ville. Les deux jours suivants furent parfaits en tous points. Un temps
magnifique, des paysages sublimes, une baignade –en plein mois d’octobre !-
méditerranéenne. Une revanche sur l’été passé à l’ombre des livres.
Au retour de ce court séjour, j’ai achevé mon
déménagement. Je sais que je regretterai profondément cette ville, sa
délicieuse et surannée bourgeoisie de province, son incroyable qualité de vie.
Mais je languissais de la quitter, j’y étais désormais trop à l’étroit entre
toutes les rues milles fois parcourues, les souvenirs partout et les
perspectives d’avenir nulle part.
En attendant mon premier salaire, je vis considérablement
au-dessus de mes moyens. J’ai acheté quelques monographies sur des peintres que
j’apprécie beaucoup, longtemps cantonnées à la liste des envies. Je me remets à
voyager et me rend enfin dans la capitale des arts : Florence. Je suis
également en train de m’équiper en accessoires essentiels pour réussir au mieux
les grands classiques de la pâtisserie française, Opéra ou Paris Brest. C’est
mon pêché mignon, la pâtisserie…
3 commentaires:
Voilà qui explique ce long silence entretenu depuis le mois de mai.
Félicitations pour ta réussite !
Toutes mes félicitations ! :-)
Et oui, entre les dissertations et les fiches, l'envie d'écrire avait disparu...
Et merci à vous deux :-)
Enregistrer un commentaire