mercredi 11 janvier 2012

Voie sans issue

Où l’on apprend que le pragmatisme et la rationalité cèdent parfois devant les égarements du cœur et de l’esprit. Où l’on se découvre des emportements et des transports amoureux d’une intempérance inattendue. S’y laisser griser, rêver, se découvrir romantique et à l’écoute de l’autre.

Mais très vite, trop vite, apprendre la modestie, rabattre son orgueil, s’avouer vaincu même, face à l’autre, lui, écrasé par la peur et la honte d’assumer ses inclinations. Un intense sentiment de gâchis ; le sentir s’empêcher de vivre à cause d’un indicible carcan familial. Et renoncer par épuisement, mes réserves de patience et tendresse épuisées ; le laisser partir et se sentir soulagé de ne plus porter ses tourments.

Se jeter à corps perdu dans le travail, après tout c’est l’année pour ça. Balafres au cœur et l’orgueil en bandoulière, rester digne face à ceux qui ne peuvent pas cacher leur nouveau bonheur, n’étant jamais aussi complet que quand il est validé par les autres. Mais faire des petits projets sympathiques pour espérer, un weekend à Paris, un weekend à Londres…

Au milieu de ce marasme, relever une phrase au détour de la suite trop attendue et trop formatée de Philippe Besson à son premier roman célébré ; de ce Retour parmi les hommes donc, cette sentence-ci : « c’est terrible, le bonheur. Quand on y a goûté, impossible de faire comme si on ne savait pas. »

Peut-être faut-il la concilier avec la philosophie stoïcienne qui veut que le bonheur soit « une vie qui suit un cours régulier ». Ce cours harmonieux consiste à vivre selon un seul principe rationnel et par conséquent, d’une manière cohérente qui évite d’être en conflit avec soi-même.

Dans son QSJ sur le stoïcisme, J-B Gourinat nous dit aussi que les stoïciens croient que notre seul bien est notre manière de penser et d’agir. Dès lors, nous ne sommes pas forcément heureux quelles que soient les circonstances mais nous éprouvons un certain contentement et un certain réconfort dans notre propre cohérence avec nous-mêmes. J’aime beaucoup cette dernière idée.

6 commentaires:

S. a dit…

Moi aussi, j'aime beaucoup cette "dernière idée", si difficile pour les esprits sensibles à mettre en pratique.
La meilleure solution à nos égarements serait d'aimer au même niveau les personnes qui nous aiment vraiment très fort...
Mais l'âme humaine est sinueuse...
Bien joli billet.

Antoine2paris a dit…

J'aime aussi cette idée, bien que méfiant envers le stoïcisme. Cela me rappelle la formule qui conclut «Chevalerie du néant» dans Service inutile, de Henry de Montherlant: «Je n'ai que l'idée que je me fais de moi pour me soutenir sur les mers du néant» ...
Cher Kynseker, quand on écrit aussi bien, qu'on exprime si bien ses sentiments, que ceux ci sont élevés, on ne reste pas longtemps sans retrouver l'amour...
Toujours Montherlant (après Gobineau): "il y a l'amour, le travail, et puis rien"...On peut s'absorber dans le travail, mais il ne faut pas être dupe: c'est l'amour qui reste l'important...
Bonne année (elle sera bonne, j'en suis sûr!).

Anonyme a dit…

Grosses bises mon lapin.
Sois heureux, rien d'autre n'est important.

La Fille aux cheveux de lin a dit…

Autres directions.

Kynseker a dit…

@ S.: la fidélité de vos lecteurs prouvent qu'ils vous aiment autant que vous les aimez.

@ Antoine: merci pour ces doux encouragements et je note la référence pour Montherlant, ça a l'air intéressant !

@ Anonyme: l'anonymat ne me sied guère ici. Mais le commentaire me rend heureux, alors ?...

@ Ma fille: le GPS se plante parfois.

Anonyme a dit…

Buvez donc stoïquement un petit moka, accompagné de pain d'épices au miel, vous verrez votre existence sous un nouveau jour.
R.