Où l’on apprend que le pragmatisme et la rationalité
cèdent parfois devant les égarements du cœur et de l’esprit. Où l’on se
découvre des emportements et des transports amoureux d’une intempérance
inattendue. S’y laisser griser, rêver, se découvrir romantique et à l’écoute de
l’autre.
Mais très vite, trop vite, apprendre la modestie,
rabattre son orgueil, s’avouer vaincu même, face à l’autre, lui, écrasé par la
peur et la honte d’assumer ses inclinations. Un intense sentiment de
gâchis ; le sentir s’empêcher de vivre à cause d’un indicible carcan
familial. Et renoncer par épuisement, mes réserves de patience et tendresse
épuisées ; le laisser partir et se sentir soulagé de ne plus porter ses
tourments.
Se jeter à corps perdu dans le travail, après tout c’est
l’année pour ça. Balafres au cœur et l’orgueil en bandoulière, rester digne
face à ceux qui ne peuvent pas cacher leur nouveau bonheur, n’étant jamais
aussi complet que quand il est validé par les autres. Mais faire des petits
projets sympathiques pour espérer, un weekend à Paris, un weekend à Londres…
Au milieu de ce marasme, relever une phrase au détour de
la suite trop attendue et trop formatée de Philippe Besson à son premier roman
célébré ; de ce Retour parmi les
hommes donc, cette sentence-ci : « c’est terrible, le bonheur.
Quand on y a goûté, impossible de faire comme si on ne savait pas. »
Peut-être faut-il la concilier avec la philosophie
stoïcienne qui veut que le bonheur soit « une vie qui suit un cours
régulier ». Ce cours harmonieux consiste à vivre selon un seul principe
rationnel et par conséquent, d’une manière cohérente qui évite d’être en
conflit avec soi-même.
Dans son QSJ sur le stoïcisme, J-B Gourinat nous dit
aussi que les stoïciens croient que notre seul bien est notre manière de penser
et d’agir. Dès lors, nous ne sommes pas forcément heureux quelles que soient
les circonstances mais nous éprouvons un certain contentement et un certain
réconfort dans notre propre cohérence avec nous-mêmes. J’aime beaucoup cette
dernière idée.
6 soubresaut(s):
Moi aussi, j'aime beaucoup cette "dernière idée", si difficile pour les esprits sensibles à mettre en pratique.
La meilleure solution à nos égarements serait d'aimer au même niveau les personnes qui nous aiment vraiment très fort...
Mais l'âme humaine est sinueuse...
Bien joli billet.
J'aime aussi cette idée, bien que méfiant envers le stoïcisme. Cela me rappelle la formule qui conclut «Chevalerie du néant» dans Service inutile, de Henry de Montherlant: «Je n'ai que l'idée que je me fais de moi pour me soutenir sur les mers du néant» ...
Cher Kynseker, quand on écrit aussi bien, qu'on exprime si bien ses sentiments, que ceux ci sont élevés, on ne reste pas longtemps sans retrouver l'amour...
Toujours Montherlant (après Gobineau): "il y a l'amour, le travail, et puis rien"...On peut s'absorber dans le travail, mais il ne faut pas être dupe: c'est l'amour qui reste l'important...
Bonne année (elle sera bonne, j'en suis sûr!).
Grosses bises mon lapin.
Sois heureux, rien d'autre n'est important.
Autres directions.
@ S.: la fidélité de vos lecteurs prouvent qu'ils vous aiment autant que vous les aimez.
@ Antoine: merci pour ces doux encouragements et je note la référence pour Montherlant, ça a l'air intéressant !
@ Anonyme: l'anonymat ne me sied guère ici. Mais le commentaire me rend heureux, alors ?...
@ Ma fille: le GPS se plante parfois.
Buvez donc stoïquement un petit moka, accompagné de pain d'épices au miel, vous verrez votre existence sous un nouveau jour.
R.
Enregistrer un commentaire