vendredi 13 janvier 2012

Les lycéens


Je fais souvent mes courses à l'heure où les lycéens de l'établissement situé à côté du supermarché sont libres pour la pause déjeuner. Les vigiles les obligent à laisser leurs sacs à dos à l'entrée -et je constate qu'on ne m'adresse jamais cette injonction, c'est que j'ai mûri !- et ils se ruent sur le rayon sandwichs triangles dans une cohue sympathique.

Arrivé aux caisses, je reste toujours en arrêt devant la médiocrité des articles qu'ils achètent. La règle est immuable, deux articles par personne: soda sans sucre/plein d'aspartame et paquet de biscuits d'apéritif pour les demoiselles ; soda plein de sucres et sandwichs pour les damoiseaux. Pour la diététique, on repassera.

Je suppose qu'ils ont la cantine en horreur et entendent jouir de leur pleine liberté. Comme je les comprends. Je m'amuse quand même de les voir alignés sur les blocs de béton du parking en train de manger leurs cochonneries et s'interpellant les uns les autres dans un argot lycéen dont je n'ai déjà plus la traduction.

Je n'ai pas toujours été plus vertueux. Ma classe de seconde fût chaotique et je m'amusais, avec une amie, à arriver une vingtaine de minutes en retard au cours de latin, qui se tenait entre midi et deux, après un détour à la cafétéria pour acheter pizzas et croques-monsieur. Les autres élèves, très studieux, nous méprisaient ouvertement. Non seulement nous prenions une liberté qu'ils s'interdisaient mais plus encore, ils devaient subir en silence le doux fumet dégagé par nos petits paniers repas. 

Une façon de donner raison à ce syndicaliste de professeur, absent plus que de raison, qui avait vu en moi, à cause d'une traduction maladroite, un "pervers polymorphe", ou quelque chose de ce genre. Je souris encore en me remémorant ces petits méfaits et surtout en repensant à une certaine Claude-Noisette, furieuse et s'injuriant elle-même d'avoir eu une très mauvaise note -sur son échelle de valeur- lors d'un contrôle : 16.


 ***

Et la sentence du jour: "souviens-toi, en tout événement qui te porte au chagrin, d'user de ce principe: ceci n'est pas un revers et c'est un bonheur que de noblement le supporter". (Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même, Livre IV.)

3 commentaires:

S. a dit…

*** Sentence : j'ai toujours pensé qu'il avait de la noblesse en vous.

S. a dit…

*"qu'il y avait"

Antoine2paris a dit…

Le stoïcisme peut soulager dans la peine mais c'est une philosophie de vieillard revenu de tout. Dans ton cas, je conseillerai une cure d'épicurisme, qui correspond mieux à un garçon jeune, qui a tout pour mordre la vie à pleine dents...Assez d'ascèse! Seul le plaisir, dans toute sa gamme, est naturel, sain et raisonnable! Musique!