mardi 22 novembre 2011

Regards

Pas le temps d'accorder toute l'attention qu'on voudrait à l'amie sur le départ, à qui on n'a même pas osé avouer avoir été touché par la possibilité future d'être témoin de son mariage ; pas le temps d'écouter vraiment les peurs et les attentes déçues d'une autre ; pas le temps non plus de témoigner vraiment d'une empathie pour la situation que vit une autre ; pas le temps encore, la peur de blesser et la culpabilité qui pèse, de témoigner à un autre des sourires qui viennent aux lèvres en repensant à tout ce qu'on a vécu comme bêtises, voyages et émerveillements. 



Tout avait vraiment commencé à Rome ; tout s'y est fini. L'Italie, c'était lui et ce voyage en Panda cet été en forme d'apothéose amicale et amoureuse. Il n'y aura pas de voyage à Milan. Jamais deux sans trois ; cette troisième tentative se solde comme les deux précédentes: par une annulation. Il faudra se montrer très persuasif à l'avenir pour espérer me convaincre d'y faire un voyage. Je n'ai pas ouvert l'enveloppe, toute juste arrivée, qui contient les tirages photos de cet ultime escapade italienne. Peur de l'anachronisme.

Pas le temps de lire, d'acheter des livres ; pas non plus celui d'écrire. C'était pas folichon, ça ne va pas l'être beaucoup plus.

dimanche 6 novembre 2011

L'aveuglement au désastre

On pourrait donner cette définition (je n'ai pas le livre d'Hyman Minsky définissant ce concept sous la main): conscience qu'une action qu'on s'apprête à mener ou qu'on a déjà commencée à entreprendre mais dont on peut encore changer le cours va nous mener au désastre mais qu'on s'obstine à entreprendre et à mener jusqu'au bout dans les conditions désastreuses initiales. 

Mais pourquoi donc s'obstiner dans un schéma mental qui ne peut aboutir à rien de bon ? Comme si, une fois que la funeste idée nous a traversé l'esprit, il était impossible de reprendre les commandes. Aucune réponse à mes propres interrogations.

Et alors que je me torturais sur mes (nombreux) aveuglements récents, je suis tombé sur un excellent article de la non moins excellente revue Books (je ne le dirais jamais assez) traitant de l'erreur humaine et de certains cas célèbres d'aveuglement au désastre (Alan Greenspan à la tête de la FED, le fiasco judiciaire d'Outreau, etc.). Mon attention a particulièrement été retenue par ce passage, qu'on peut élargir au-delà du simple cas amoureux:

"L'investissement existentiel est particulièrement profond dans le cas des croyances concernant ceux que nous aimons. Découvrir que l'autre est plus complexe qu'il n'apparaissait dans le rêve de l'idylle initiale -le simple fait qu'il ou elle ait ses propres opinions- nous rappelle douloureusement ce que nous apprend toute erreur: que, dans une certaine mesure, nous sommes seuls ; que nous avons du monde une vision qui ne peut être directement partagée ; que chaque être est plus ou moins "enfermé dans sa propre prison". La rancœur que fait naître en nous la prise de conscience que l'être aimé peut avoir une perception différente de la réalité est une forme de résistance au fait d'être laissés seuls avec trop peu de certitudes et tant d'émotions".

Ce qu'il y a de rassurant, nous dit l'article, c'est que l'erreur "est liée à des éléments positifs comme notre intelligence et notre imagination. Sans la capacité inductive qui nous entraîne au-delà des informations fournies par la seule observation, nous serions incapables de nous repérer dans le monde ; nous ne connaîtrions pas les surprises et les attentes déçues qu'exploite la comédie ; nous n'aurions pas cette soif de savoir et de comprendre, fondée sur la conscience de nos limites cognitives qui est à l'origine de l'art et de la théorisation qui sous-tend la science".


J'aurais bien besoin d'aller faire une petite séance d'introspection dans la salle des Pierre Soulages du Musée Fabre, moi... Un exercice que je pratique dès que possible tant ces œuvres m'engloutissent et soulagent toute tension intérieure.