samedi 20 août 2011

Chez moi, c'est beau aussi

Soleil de plomb sur le Languedoc qui n'a pas suffit à nous dissuader de vadrouiller à travers les vignes héraultaises. Onze heures ne sonnent pas encore quand nous pénétrons dans l'abbaye de Valmagne, une cistercienne à la pierre chaude et rassurante. Malgré la qualité des informations délivrées par la guide et son incroyable sympathie, je ne peux pas m'empêcher de vite quitter le groupe de visiteurs pour fureter à ma guise.

L'abbatiale, reconvertie en cave viticole, en son état originel devait être splendide. On ne peut qu'imaginer cette splendeur passée, en attendant un hypothétique généreux mécène qui financerait de grands travaux de restauration. Le cloître, roman, étonne par sa chaleur et son romantisme. Cette petite fontaine est un vrai petit havre de paix céleste:


L'abbaye fait aussi auberge et c'est de façon improvisée qu'on décide d'y manger. La cuisine est exclusivement issue des potagers attenants. Grâce à un convive avisé en fleurs et légumes, on découvre et apprécie plein de saveurs en connaissant leurs petits noms poétiques. Cuisine légère, "du soleil", simple et bonne. Une excellente surprise dans un endroit hors du commun.

On poursuit notre chemin vers Pézenas, assez peu sur les traces de Jean-Baptiste Poquelin, surtout pas à la recherche des fameux petits pâtés que je trouve, personnellement, immangeables. Le cœur historique ne manque pas de cachet et on s'attarde au café, chacun profitant de la vue que lui offre sa place.

Enfin, c'est au château de Cassan que l'on finit l'après-midi. Bâtisse sublime, parfaite: classique, élégante, assez simple, perdue dans les vignes, avec un jardin potentiellement superbe. L'ensemble est cruellement en mauvais état: bâtiments presque en ruines, jardins à l'abandon. Mais que c'est beau sous cette lumière !


L'endroit appartenait, jadis, à des moines et c'est Vivaldi (son Nisi Dominus) qui nous berce dans l'église. Très bel endroit, plein de poésie, de secrets et d'Histoire.

jeudi 18 août 2011

Un peu trop vite

Du Luxembourg à l'Opéra, de Palais Royal à Montmartre, quelques grands classiques parisiens entrecoupés d'une journée à Fontainebleau. Le château et son escalier, ses jardins, ses appartements grandiloquents, surchargés, presque hostiles, sans poésie. Puis Moret-sur-Loing, son romantisme d’Épinal. A l'aller comme au retour, dans la voiture, la chaleur se fait accablante mais pas tant que le mauvais jazz qu'égrène la radio que s'acharne à écouter le conducteur...


Et puis, au milieu de tout ça, on a rejoué l'Italie. Difficile d'en revenir tout à fait ; l'envie irrésistible d'y retourner au plus vite... Avant de converger la semaine prochaine entre amis vers Sienne puis Rome, il était déjà temps de se remémorer l'épisode vénitien du début d'été. Alors, entre deux Limoncello, trois photos de voyage, on a voulu voir l'Italie brûlante de Visconti, la Sicile du Guépard. 3 heures d'une photographie superbe ; ce film est une marche lente et majestueuse où plus que Delon et Cardinale (sauvage !) on admire Burt Lancaster, tout de noblesse et de charme. L'étirement de certaines scènes épuise parfois mais l'apothéose finale ravit.

Plus tard, la comparaison est, hélas, terrible pour "Impardonnables", le nouveau film d'André Téchiné. Une daube sans nom où le grotesque dispute à l'invraisemblance la palme de la bêtise. L'insondable vacuité des dialogues, les clichés scénaristiques et le manque d'intelligence de la mise-en-scène et du montage achèvent d'exaspérer le spectateur le plus bienveillant. Seule Carole Bouquet, lumineuse, intéresse et convainc. Téchiné rate son rendez-vous avec Venise: un gâchis... impardonnable !

Dans le train du retour, une chanson de Julien Clerc trotte dans la tête alors que les paysages s'enfoncent dans la nuit. Par la suite, au moment de monter dans un taxi, c'est sur ce même immortel, indéfiniment jeune, qu'on tombe; mais le chauffeur change de station et on supporte les pérégrinations de la bourse. Heureusement, ce n'est pas encore la rentrée et les derniers voyages prévus à l'arrachée vont me tenir éloigné de ces turpitudes.

mardi 9 août 2011

A l'ouest

Vous étiez à nouveau à Orange, dans ce merveilleux théâtre antique. L'excellence de l'acoustique vous a surpris: les voix de Patrizia Ciofi, de Vittorio Grigolo et du vétéran Leo Nucci sublimaient Rigoletto. Ambiance électrique avec public populaire d'un côté, élitiste de l'autre. Et les artistes qui chantent trois fois le fameux "Vendetta"! L'absence de surtitrage a un peu manqué et la compréhension des subtilités de l'ouvrage a parfois fait défaut mais la soirée était mémorable.

Puis, tu as vogué vers tes aventures solitaires en laissant l'Autre sur le quai de la gare d'Avignon qui a déjà vu tant d'au-revoir et tant de baisers furtifs, toujours surpris par quelqu'un. Le lendemain, en voiture, tu as fait étape à Albi. La ville est belle, la cathédrale ne manque pas de prestance et l'intérieur est superbe.


Ce que tu as préféré, ce sont les berges du Tarn. Tu les parcours longuement, tu te promènes encore en ville et tu y reviens pour manger au bord de l'eau. La solitude de ce repas ne te pèse pas, le clapotis de l'eau pallie l'absence de conversation. Ton imagination s'enflamme à propos de cette vieille bâtisse au loin, effondrée et abandonnée. Le sentier que tu suivais pour percer son mystère est obstrué ; une affichette explique qu'il est trop dangereux d'aller plus loin, la berge menaçant de s'effondrer.

Avant de repartir, tu profites du soleil à la terrasse d'un café. Le serveur te donne du "monsieur" et tu n'aimes pas trop ça. Tu espères jouir du "jeune homme" le plus longtemps possible, même quand c'est dit avec condescendance. Tu regardes plus jeune que toi jouer avec les jets d'eau, avec des ballons de foot aussi. C'est sur cette note enfantine que tu te remets en marche vers la seconde étape de ta journée. Et c'est à Moissac que la route te mène.


Le cloître est justement proportionné, le cèdre majestueux. Tu aimerais laisser vagabonder ton esprit mais tu t'étonnes de voir ces gens, plus ou moins jeunes, grimper sur les murets, manger leur quatre-heures sans respect pour la sérénité et la spiritualité du lieu. Tu fais un peu mystique, seul à marcher à pas feutrés. Tu resteras un moment dans l'église, profitant de la fraîcheur de l'endroit. Manger une glace face au portail ne te dit rien.

C'est à Agen que tu passes la nuit. L'hôtel n'est pas grand luxe mais le personnel est d'une rare sympathie. Tu prends plaisir à regarder la télévision jusque tard dans la nuit. En allant prendre ton petit-déjeuner, tu croises la femme de ménage et sa jeunesse te fait passer pour un privilégié ; tu lui pardonnes le cheveu oublié dans le lavabo à ton arrivée.

Sous une pluie battante, tu conduis sereinement jusqu'à Bordeaux. Tu traverses le pont de pierre et c'est une vieille amie que tu retrouves, désormais mariée. La maisonnée est charmante, le piano trône au milieu du salon. Les murs sont constellés d'annonciations italiennes découvertes et aimées à Florence. Tu redécouvres le jardin botanique, le quartier Saint-Michel, tu furètes avec bonheur chez Mollat et tu goûtes avec délectation la cuisine libanaise qu'on t'offre le soir.

Le lendemain, tu te promènes encore sur les quais, la place de la bourse, du parlement, rue Sainte Catherine. Vous êtes à nouveau surpris par la pluie alors que vous êtes au jardin public. Mais au salon de thé, le breuvage tient chaud, encore plus quand l'indiscrétion des voisins de table surprend des paroles maladroites et vous fait rougir. On te prive de pâtisserie pour mieux courir au musée profiter longuement, très longuement, d'une exposition sur Poussin. L'apéritif du soir te verra plus en verve. Verve dont Mozart fera les frais même si, au fond, tu l'aimes bien.


La nuit passée, il est déjà l'heure de repartir vers d'autres contrées, au fin fond du Périgord. Tu es cordialement invité à séjourner dans un château ayant autrefois appartenu à la famille Bonaparte. Oh, tu ne loges que dans le grenier aménagé mais l'endroit est du meilleur goût. Les pérégrinations de l'après-midi t'amènent aux splendides jardins de Marqueyssac, au château de Castelnaud, à Domme... Tu prends ton petit-déjeuner en compagnie du Comte propriétaire de l'endroit, un dangereux gauchiste qui se rêve empereur et voudrait bien mettre au chômage tous les fonctionnaires.


Cette dernière journée est longue et comporte beaucoup de route. Tu fais une seule escale à Figeac. L'orage menace, il fait un peu froid. Tu suis tout de même l'astucieux parcours fléché dans la ville. Tous ces charmants villages sont agréables mais ne te procurent pas des transports d'émotion. Tu songes à reprendre vite la route mais en rentrant par acquis de conscience dans l'église de la ville, tu découvres un intérieur sobre et raffiné. Tu aimes l'architecture de l'endroit et l'atmosphère qui s'en dégage. Tu t'attardes et tu te réjouis de conclure ton séjour sur cette visite.