samedi 30 avril 2011

Pas d'enterrement, pas de cheveux: the czech way of life

J'ai toujours dit que si possibilité m'était donnée de me marier, je ferais ça à la tchèque: 20-25 personnes, entre amis proches, sans la famille. Une cérémonie sans fioritures, un bon restaurant et une soirée endiablée.

Là où je prends un peu mes distances, et encore, c'est avec leur manière de célébrer leurs morts. En lisant l'excellente revue Books (le nom anglais et les couvertures souvent très colorées ne doivent pas détourner les lecteurs avertis de l'excellence du contenu) dans le train hier soir, à côté d'un très jeune père de famille (24 ans, bébé de 21 mois, pull à l'effigie de Jean-Paul II), j'ai ainsi appris que l'athéisme influence considérablement la manière d'organiser des funérailles. Les tchèques, qui ont donc le bon goût d'être la nation européenne la plus athée, ne voient aucune utilité à ce rite. Et un chercheur, polonais ayant perdu la foi, de dire: "les tchèques ne pensent pas que la façon de dire au revoir au corps du défunt ait un impact sur son existence future. Rien ne sert d'organiser des obsèques, puisque aucune pression sociale n'incite à le faire. Un trou dans le sol suffit."

Moi qui ait déjà millimétré ma propre cérémonie d'enterrement, je serais bien embêté avec la façon tchèque. Ceci étant, je suis quand même gêné par le fait de faire une cérémonie religieuse. Et les autres moyens de faire sont franchement inadaptés. C'est donc autour du trou, dans un champ battu par les vents, non loin de la garrigue de mon enfance, sous un soleil d'avril ou de septembre que j'imagine ma petite cérémonie avec musique portative.

Là où je me suis complètement désolidarisé des tchèques, c'est quand j'ai lu "évidemment personne ne porte le deuil. 1/3 des urnes funéraires ne sont jamais réclamées". Ah, quand même !

La conclusion de l'article était davantage rassurante: "les tchèques se fabriquent leur propre paradis sur terre, parce qu'ils n'ont qu'une vie, dont ils essaient de profiter au maximum. Les Polonais continuent, eux, de penser qu'ils devront attendre le ciel pour s'amuser". J'ai souri à la lecture de cette phrase tant les tchèques ne me sont jamais apparus comme des boutes-en-train ni des épicuriens nés.

Books est une des rares revues à s'intéresser à l'Europe Centrale et on trouve toujours plusieurs articles sur la République Tchèque ou d'autres contrées de cette région. Dans ce même numéro de mai, on apprenait aussi que les jeunes avaient eu une manière très officielle de s'opposer au régime communiste: il s'agissait d'avoir les cheveux longs, provocation occidentale.

Les jeunes qui portaient les cheveux trop longs au goût de la police d'alors étaient prestement arrêtés, conduits au poste, tondus et renvoyés chez eux après un petit fichage règlementaire. Plus grave, les hommes aux cheveux longs étaient officiellement interdits d'entrer dans les restaurants et les cinémas et d'obtenir des visas. Des manifestations visaient alors à faire cesser ces brimades avec des slogans comme "rendez-nous nos cheveux" ou "finis les coiffeurs!". Ah, les tchèques !

mardi 26 avril 2011

Destins croisés

Soirée salutaire en ce lundi de Pâques. Autour d'un peu trop de vin, les retrouvailles annuelles avec mes amis du lycée. Nous parvenons à maintenir ce petit rituel et cette année, plus que les précédentes, j'ai été frappé des divergences de nos parcours respectifs. Le temps d'une nuit, je suis sorti du microcosme social et estudiantin dans lequel me maintiennent mes études et ce grand coup de relativisme m'a presque plongé dans des abîmes de réflexion.

Tout d'abord, un fait frappant. Sur les cinq convives qui avaient fait le déplacement, nous n'étions que deux à ne plus vivre dans notre ville d'origine. Alors que cette amie n'était pas celle avec qui j'étais le plus accoquiné à l'époque, une complicité très étroite s'est très vite créée au cours de la soirée. Mêmes vies, mêmes rituels, mêmes envies, mêmes références. Un gouffre nous séparait des autres, réellement. Ça ne m'avait pas frappé les années précédentes. Nous n'avons presque plus d'attaches dans la ville de nos premiers émois et n'y revenons que rarement. Elle à Paris, moi à Aix, nous nous sommes peut-être mondanisés ; eux sont restés à la bonne franquette.

En se remémorant tous les autres élèves que nous connaissions, ne serait-ce que de vue, à l'époque du lycée et en retraçant leurs parcours, nous avons au fil de la soirée eu le sentiment d'être des rescapés. Une connaissance: analphabète (au vu de ses statuts Facebook), un gosse et pas d'emploi à 22 ans. Une autre, lancée en médecine sur les traces de son père, qui explose en vol et végète en école d'architecture en première année. Un ami proche, bouffi d'orgueil et d'ambition qui méprisait et crachait sur les pauvres gens du temps de sa superbe, après des tentatives malheureuses d'études de droit, puis de marketing (drogue, alcool et études ne font pas bon ménage) se retrouve serveur chez McDo. Je n'imagine pas le choc que ça aurait été d'être servi par lui si jamais j'avais mis les pieds dans ce lieu de perdition gastronomique. Il a du complètement abdiquer sa personnalité pour se résoudre à ce travail. Ceux d'entre nous qui ont progressé dans leurs études et qui ont été, par hasard, servi par lui ont ressenti une profonde humiliation pour lui et pour eux de le voir cantonné à ce travail. L'intelligence était loin de lui manquer: quel gâchis.

Entre nous, les fondamentaux sont restés les mêmes ; je suis celui dont des amours on ne parle pas. Naturellement, sans vouloir impressionner, j'ai ravivé l'image du singe savant que ces amis gardent toujours à l'esprit. Deux d'entre eux cherchaient le poète qu'ils avaient étudié pour leur bac L. "Un mec du XXe, ouais encore vivant, on ne comprenait rien, le prof interprétait et même lui n'utilisait que le conditionnel pour décrire les poèmes de ce type"... ils cherchent, ils cherchent, balancent des noms hasardeux... Puis, bêtement, je finis par dire "Yves Bonnefoy ?". Et là quatre paire d'yeux braqués sur moi, ovni du coin qui sans avoir souffert sur les vers de ce poète le connaît. Rebelote, un peu plus tard... Un ami s'adresse à moi et me dit "j'ai commencé le prix Goncourt 2006 et c'est super bien, tu connais, c'est..." sans le vouloir et comme il s'adressait spécialement à moi, j'ai immédiatement enchainé "oui, les Bienveillantes de Littel, etc." Je connaissais Yves Bonnefoy et je connais la liste des prix Goncourt par cœur, mon image de mec pas normal est regonflée !

Je ne sais pas tricher et j'ai affiché un sourire en coin compromettant quand je les entendais se moquer de "kékés en voiture qui écoutent Fun Radio". Leur mémoire courte, sans doute, parce que c'est la musique qu'ils écoutaient, il n'y a pas si longtemps. A l'amie qui évoquait hier soir une connaissance en ces termes : "celle-là avait couché avec tous les garçons de la classe", je brûlais de demander ce qu'elle avait fait en ce temps-là et de lui rappeler la réputation qui était la sienne. J'ai été le seul à m'étonner qu'elle projette de s'installer avec son nouveau copain dans une petite maison avec jardin et un chien. Étrange reconversion pour une fille qui passait il y a peu de bras en bras. Tout le monde semblait y croire ; je ne donne pas six mois de plus à leur couple tant elle avait besoin de répéter que tout allait bien.

Ces faux-semblants ne s'accordaient pas du tout avec la tonalité sympathique de ces retrouvailles et me rappelaient trop violemment mon environnement habituel pour qu'ils ne me sautent pas aux oreilles. Cette soirée m'a fait du bien et même si du temps du lycée j'avais fini par fréquenter ces personnes plus par habitude que par choix, j'apprécie toujours de les revoir. Prendre conscience au passage que des études suivies dans le supérieur demeurent presque l'exception de la jeunesse française n'aura pas été vain non plus.

jeudi 21 avril 2011

En rangeant quelques livres...

Les revues de printemps sont propices aux redécouvertes. Je suis ainsi retombé sur un livre offert il y a des années: l'histoire de la musique vue par Lucien Rebatet. L'homme, plus que fascisant, nous gratifie de jugements à l'emporte-pièce et de vérités péremptoires absolument désarmantes de bêtise. En parcourant les pages, je me suis rendu compte que j'avais tout de même lu initialement l'ouvrage attentivement. Je ne résiste pas à l'envie de vous faire partager deux citations illustrant au mieux l'aveuglement de l'auteur. Il écrit ainsi, à propos de Mendelssohn, sous-fifre de la musique comme chacun sait:

"Mendelssohn a été l'académicien aimable du romantisme. On s'explique sans peine qu'il ait été placé de son vivant et longtemps après sa mort au rang des plus grands maîtres. Le public et la plupart des critiques préfèrent toujours, au premier abord, les œuvres de second ordre qui leur offrent de l'art révolutionnaire une version tempérée, de bonne compagnie, dans une forme qui ne heurte aucun préjugé d'oreille".

Le jugement ne serait pas si terrible et ironique s'il n'intervenait après un "Concerto pour violon, bien longuet pour son contenu", "deux concertos pour piano d'une insignifiance mondaine", "les milliers d'apprentis-pianistes qui ont joués les Romances sans paroles peuvent grâce à elles situer facilement le talent de leur auteur"...

Mais la pépite, on la trouve dans la notice qui concerne Mahler: "petit israélite de Bohême né à Kalischt, élevé à Iglau en Moravie, dans une famille médiocre et assez tarée. Le père tenait une auberge et un commerce de liqueurs, la mère boitait et s'était résignée à ce mariage faute de mieux". Pur plaisir à dénoncer la juiverie qui le répugne tant: l'intérêt d'une telle information est absolument nul.

* * *

Dans le même mouvement de tri et de rangement, je suis retombé sur les tragédies qui ont bercé mes années lycée: Corneille et surtout Racine. J'ai relu avec un égal plaisir Horace "Que vouliez-vous qu'il fît contre trois ? Qu'il mourût !" et Phèdre. Je préfère toujours la concision et le sens du rythme de Racine aux alanguissements de Corneille où la prosodie est moins nette. Je me joins à la critique contemporaine de l'auteur qui voyait dans le Ve acte de sa tragédie un raté inutile. Je trouve que la tragédie aurait gagné en souffle et en noirceur en s'arrêtant au meurtre commis par Horace sur la personne de sa sœur. Ce Ve acte n'est qu'une boursouflure comme le sont les bis lors des concerts (ça, c'était pour la minute pédante de la semaine).

A propos de musique et de concision (et de tragédie), j'ai également refait un petit tour de mes différentes versions de Dido & Aeneas (Purcell). Drame intimiste pour William Christie, élans du cœur et affects trop humains pour Emmanuelle Haïm, œuvre grinçante pour Teodor Currentzis. Je ne m'en lasse pas et je pousse le vice jusqu'à chanter le fameux lamento en voix de fausset avec plus ou moins de bonheur au niveau de la justesse. Je jure que seuls deux fans de karaoké ont entendu, à ce jour, ce massacre sans prétention. C'est déjà trop.

mercredi 13 avril 2011

La fin de la rigueur tchèque ?

Je lisais encore hier une anecdote tendant à prouver la rectitude morale des tchèques (ou, du moins, de leur police). Comme cela est prévu dans la loi, traverser une route en dehors des passages piétons ou sur un passage piétons alors que le petit bonhomme n'est pas au vert vous expose à une amende. Je croyais que ça relevait de la légende urbaine mais, en lisant divers blog d'expatriés de longue date, il s'avère que la police veille et dresse réellement des amendes d'une dizaine d'euros.

Ça me permet de comprendre pourquoi, alors que nous sortions du Rudolfinum vers 23h30 et que les rues étaient absolument désertes, les tchèques, qui sortaient comme moi de longs concerts et priaient de ne pas rater le prochain métro, s'agglutinaient sur le trottoir dans le froid mordant de l'hiver en attendant que le petit bonhomme soit vert avant de traverser.

Certains osaient franchir la route avant le signal vital: ça grognait dans les rangs. Dans les tous premiers jours de mon arrivée à Prague, alors que je logeais encore au Kolej (cité universitaire) et que je fréquentais quelques étudiants locaux, je me suis souvent fait réprimander pour avoir traverser un peu n'importe où. On me disait que c'était typiquement français, à croire qu'on ne peut pas s'en empêcher. A force, traverser en dehors des clous m'apparaissait être un pied-de-nez à la rectitude morale tchèque et j'adorais ça.

Mais, à la vue d'une vidéo rigolote circulant sur le web, je me demande si cette rectitude existe encore au plus haut sommet de l'Etat. Voyez plutôt le sourire goguenard du Président Klaus en train d'imiter Sarkozy et de voler un stylo officiel:


mercredi 6 avril 2011

Musique sacrée: la foi chantée


A cette époque, j'épluchais encore méthodiquement les rayonnages de la discothèque de mes parents. Un jour, j'en suis naturellement venu à mettre sur la platine CD la Passion selon Saint Jean (JS Bach) et j'ai été happé par le chœur initial d'une noirceur totale. Grinçant, il porte en lui-même la fin de l'œuvre: la crucifixion et la mort de Jésus.

Je ne suis pas allé tellement plus loin, la version (Gardiner/Archiv) ne me plaisait pas tant que ça et j'avais déjà renoncé à demander les raisons du choix de l'enregistrement à mes parents quand une fois, à propos de l'intégrale Rameau de Noëlle Spieth, j'avais été accueilli par un "bien sûr que je voulais prendre la version Scott Ross mais j'avais deux enfants à nourrir et la différence de prix était notable"...

Toujours est-il qu'à défaut de plonger dans la musique, j'ai décortiqué le livret avec l'aide de la Bible. Probablement la seule fois de mon existence où la Bible est restée quelques semaines sur ma table de chevet. Il y a quelque chose de vraiment fascinant et textuellement puissant dans la Passion. A défaut d'avoir écrit des opéras, Bach a trouvé le meilleur librettiste qui soit pour composer deux œuvres majeures de la musique occidentale.

J'ai longtemps préféré la Saint Jean à la Saint Matthieu. Monumentale, cette seconde composition de Bach m'étouffait, m'épuisait en cours de route, me lassait peut-être. J'en suis véritablement devenu amoureux en me procurant l'enregistrement de Paul McCreesh qui utilise le dispositif du chœur de solistes. Le double-chœur de l'œuvre est donc chanté par un total de 8 chanteurs ! Quelle respiration, quelle clarté, quel impact physique ! On sent le texte, le sens n'est pas aplani par la perfection d'un chœur massif mais au contraire exalté par les personnalités vocales distinctes agrégées dans l'instant.

Il y a une longue controverse musicologique sur ce dispositif. Certains chefs, que j'estime assez peu, -Gardiner, Suzuki, Koopman, Leonhardt (merveilleux claveciniste évidemment)- sont profondément hostiles à tout abandon du chœur (20 chanteurs grosso modo). D'autres se sont rangés aux arguments en faveur de solistes réunis le temps des parties chorales: par exemple, pour la Messe en si, l'enchaînement du Domine Deus, pour ténor et soprano, et du Qui Tollis à quatre voix, en chœur, ne suggère pas du tout l'arrivée de chanteurs supplémentaires pour les parties ténor et soprano. De même, pour la Saint Matthieu, le matériel original comprend seulement huit parties séparées pour le double chœur signalant que le ténor I est le chanteur campant l'Evangéliste et la basse I celui qui chante le Christ.

Peu importe, le choix discographique est assez large pour que chacun trouve son bonheur. Cependant, la Saint Jean dispose depuis seulement une semaine d'une version satisfaisante (et même excellente) utilisant le chœur de solistes. Grand Dieu ! Il était temps. J'ai redécouvert cette œuvre et je confirme que la préfère grandement à la Saint Matthieu. Le drame est plus direct, moins contemplatif et intellectuel, les airs sont plus simples, plus percutants. L'évangéliste est profondément bouleversé (ah ! les demi-tons et les intervalles diminués !), on l'imagine au milieu des protagonistes, témoin impuissant tenu de raconter. Les chorals sont, à mon sens, d'une intelligence mélodique et dramatique bien supérieure à ceux fondés sur les évangiles de Saint Matthieu.

Les mélomanes s'écharpent souvent sur l'universalité ou non de la musique de Bach. Je crois seulement qu'on a rarement aussi bien servi Dieu en musique. Pour quelqu'un qui se réclame du protestantisme, quelle gloire que ce soit un luthérien qui s'y soit attelé ! J'aime beaucoup la coïncidence qui fait que Bach naît l'année de la révocation de l'édit de Nantes (1685). Un clin d'œil de l'histoire... Les catholiques peuvent, à juste raison, se gargariser d'un très beau texte de Stefan Zweig au sujet de l'art et du calvinisme, pour rappeler que sans la religion catholique on serait passé à côté de nombre de merveilles:

"Cependant quelle vision de cauchemar quand on pense que Calvin, de Bèze et John Knox, ces "tue-joie", eussent pu imposer à l'univers leurs prétention brutales de la première heure ! Quelle uniformité, quelle monotonie, quelle sécheresse se seraient abattues sur l'Europe ! [...] Se représente-t-on sans frémir le XVIIe, le XVIIIe, le XIXe siècle sans opéra, sans théâtre, sans danse, sans leur luxuriante architecture, leurs fêtes, leur érotisme délicat, leur raffinement ? [...] Les prédicateurs auraient empêché le libre développement de l'art, ce rayon de lumière divine dans la nuit de notre terne existence, en le dénonçant comme une jouissance, une volupté "coupable", une "paillardise". Jamais la prodigalité ni la hardiesse du génie créateur n'eussent pu s'exprimer dans l'extraordinaire magnificence de Versailles ou du style Directoire ; jamais la tendre palette picturale et sonore du Louis XV n'eût pu se manifester dans la mode ni la danse. [...] Heureusement, l'Europe s'est aussi peu soumise à la rigoureuse discipline calviniste que la Grèce à celle de Sparte. Une fois de plus l'amour de la vie, qui exige un renouvellement perpétuel, a tenu la discipline en échec, comme il triomphe de tout ce qui cherche à enfermer le monde dans un système unique. [...] Car, avec le temps, la vie s'avère toujours plus forte qu'une doctrine abstraite. Par ses chauds effluves, elle adoucit toute dureté, amollit toute raideur, fait se relâcher toute sévérité."

(Stefan Zweig, Conscience contre Violence, 1936)

lundi 4 avril 2011

Un air de vacances

Le ciel bas matinal ne s'est pas encore dissipé: il fait presque froid et dénudés, nous avons la chair de poule. Ce n'est pas le Saint-Tropez des grands jours: que des habitués, quelques touristes en goguette, les gens du "village". C'est un aimable port où la concentration des boutiques de luxe s'accorde à merveille avec les yachts, plus maisons flottantes que bateaux.

La citadelle qui surplombe l'ensemble, offre, dès qu'on la contourne, une vue en plongée sur le cimetière du village où j'achèterais bien volontiers une concession pour l'après. Un très beau cimetière entre la mer et la colline, en plein soleil, avec l'air du sud.



Après quelques déambulations dans les ruelles du vieux village, c'est avec un plaisir non dissimulé que nous avons mangé sur les rochers du port et c'est sans scrupules que nous avons rougi tous ensemble sous le soleil.

Ensuite, il était temps de manger une glace ; certains seraient presque prêts à me les offrir pour m'entendre raconter à nouveau le récit des échecs glacés de mon enfance où les boules choco-vanille finissaient irrémédiablement par s'écraser sur le sol sous les yeux exaspérés de mes parents. Aujourd'hui, je me répands en cris stridents "ça coule !" et je lutte contre le temps.

Devant le snobisme beauf de l'endroit, nous nous sommes ensuite dirigés vers un village attenant (Gassin). Une jolie bourgade en hauteur où une enfilade de cafés permet de se rafraichir sous les tonnelles et de parfaire sa cuisson rougissante. Assoupis, nous en venions presque à fermer les yeux de contentement et à savourer ce temps fugace où l'on ne fait rien: nos os sortaient enfin de l'hiver.




Le dimanche, c'était carnaval à Aix ; ambiance familiale et détendue, avec confettis et chars à l'effigie de films de Tim Burton. Par la suite, nos déambulations nous ont menés au petit Trianon aixois et, pas encore lassés du soleil, nous nous sommes étendus sur les murets en vieille pierre pour prendre un sunbath, comme disent les english.

La journée et ce doux weekend se sont achevés tard dans la nuit dans une soirée où le côté carnavalesque nous a forcé à nous muer en Maharadjah pour moi, Prince de Habsbourg pour l'un, Morticia & Gomez Adams pour d'autres, etc. Impossible de jouer encore les prolongations aujourd'hui, les choses sérieuses recommencent...