dimanche 30 janvier 2011

Confession du dimanche

J'adore le patinage artistique: telle est ma confession de ce jour. Transformé en véritable groupie, j'ai regardé de bout en bout la finale messieurs du championnat d'Europe hier soir. Là où les amateurs de foot s'assoient devant l'écran avec une bonne bière et une pizza, j'étais planté, surexcité, avec mon petit jus d'ananas et ma galette des rois.

J'ai surpris mon monde par mon semblant de connaissances et par mon enthousiasme. J'avoue sans peine que je me fendais d'un petit commentaire toutes les quinze secondes, aussi bien sur les chutes, que sur le style ou le physique. Le lutin de la glace (copyright: l'ineffable Nelson Monfort) a été impérial et nous a bien amusé avec ses petites mimiques et ses gestes très féminins. Ça contrastait avec les commentaires au-dessous de la ceinture de Philippe Candeloro...

J'ai fini la soirée aux anges évidemment... Pensez bien ! Deux français et un tchèque sur le podium, j'exultais ! Bon, ce n'était pas mon tchèque fétiche (oui, il y en avait deux !) mais un tchèque quand même. L'autre, tout mimi tout chou, est lourdement tombé et a ensuite essuyé quelques larmes. Je me serais bien dévoué pour le consoler (j'aurais appris pour l'occasion les mots consolants) !

Sur la fin, très inspiré, j'ai imité ces messieurs en improvisant quelques pas de valse devant mon public médusé que le spectacle télévisuel avait assommé... Oui, j'aime vraiment le patinage artistique !

samedi 29 janvier 2011

Un vaut mieux que deux tu l'auras

A peu près à la même époque, l'année dernière, je déambulais dans les rues du Caire. Rues bruyantes, polluées, inhospitalières. Je profitais des dernières heures de mon séjour en Égypte pour bien marquer dans ma mémoire tout ce que j'avais pu y voir.

De ma propre initiative, je n'aurais jamais eu l'idée ni même le courage d'aller en Égypte. Il se trouvait qu'une très bonne amie y vivait depuis deux ans et que c'était l'occasion rêvée d'y faire un tour. Se promener en routard dans les rues du Caire (à Alexandrie, c'est très différent), relève de l'inconscience quand on ne parle pas arabe et quand on est un petit peu peureux.

Je dois dire que, parfois, nous n'en menions pas large dans certaines ruelles dans lesquelles nous nous aventurions pour débusquer le coin pittoresque évoqué dans mon guide. Il faut dire que 95% des touristes visitent seulement le souk, la citadelle et le musée du Caire, le tout en une grosse journée.



J'ai passé une semaine au Caire ; plus m'aurait été intolérable. Je me souviens de ce métro hommes/femmes séparés. Moi, rasé de près, peau blanche et cheveux châtains clairs, croix huguenote autour du cou, entouré seulement d'hommes aux longues barbes, à la peau très mate et récitant tous le Coran. Autant dire que je ne passais pas inaperçu.

Je revois mon amie me dire:"ah ! ce que tu fais occidental ! avec toi je paie le taxi 30% plus cher que d'habitude !". Je revois aussi le concierge de l'immeuble où nous logions sortir de sa loge dès que nous montions ou descendions. J'avais parfaitement appris ma leçon à l'arrivée et je me suis officiellement comporté en cousin pour ne pas choquer les mœurs locales. Un ami invité à loger dans le même appartement que deux filles était impensable. Je me suis attiré quelques remarques très sympathiques sur mes habits et je soupçonne la traductrice d'avoir adouci le sens réel de ces paroles...



Je me souviens de notre course haletante le premier soir pour voir le coucher de soleil depuis les jardins surplombant la ville ; j'ai gardé un souvenir amusé des détecteurs de métaux inopérants mais sous lesquels on se doit de passer pour garantir les apparences de sécurité aux abords des mosquées. Je ris encore qu'un ticket de bus romain ait pu passer pour une carte d'étudiant et m'ait permis de profiter d'une réduction. L'escroquerie était vénale tant nous avions nous-mêmes étaient constamment escroqués.

Je me remémore aisément ma surprise de voir les fameuses pyramides rattrapées par la banlieue du Caire, seulement à quelques centaines de mètres. Tous ces vendeurs qui tentaient de nous refourguer leurs bricoles inutiles en nous comparant à Cléopâtre et moi à... Omar Sharif !



Et puis le taxi chargé de m'amener à l'aéroport qui se perd dans la banlieue. Et moi qui met un petit moment à comprendre qu'il est illettré et qu'il ne peut lire les panneaux. Je me vois encore en train de le guider jusqu'au terminal de l'aéroport et, finalement, arriver tout juste pour embarquer dans l'avion après avoir passé un petit moment à la douane avec mes fleurs d'hibiscus séchées et mes trop nombreux médicaments.

Tant choses à dire, que je n'aurais pas vécues si j'avais du faire ce voyage cette année. Toujours faire les choses quand on en a l'occasion...

lundi 24 janvier 2011

Le jour où j'ai snobé Chevènement

L'ancien ministre honorait notre école de sa docte personne aujourd'hui. Le tapis rouge, déroulé pour un autre événement concomitant, donnait à cette visite une aura inespérée. Goutant assez peu l'auto-promotion éditoriale et le souverainisme et n'ayant jamais oublié les pourcentages qu'il grappilla à Lionel Jospin en 2002 (même si, personnellement, je croie Madame Taubira davantage responsable de l'élimination de ce dernier, tant son programme n'en était pas un), j'ai procédé à un curieux arbitrage. J'ai préféré me rendre, sans honte, à mon cours de culture générale, programmé en même temps que sa conférence. J'ai jugé que j'y apprendrais bien plus de choses utiles à mon savoir et mon développement personnel. D'après les retours que j'ai eus à propos de la conférence chevènementiste, il semblerait que j'ai eu bien raison.

J'ai un peu de mal à alimenter les pages de ce pauvre blog, ces temps-ci. Je consacre toute mon énergie scripturale à mon mémoire qui sera, a priori, terminé d'ici la fin du mois. Six semaines d'avance que je pourrai consacrer à parfaire la mise en page, les titres et tout ce qui peut l'être indéfiniment. En attendant, que l'inventeur du dictionnaire des synonymes en ligne soit éternellement remercié, tant cette aide est utile pour varier les mots et les expressions. Je soumets les 4/5 de mon travail à ma très chère directrice ce mardi ; j'espère qu'elle m'épargnera son éternelle faconde.

Pas plus de nouvelles intéressantes à donner malgré mes innombrables sorties de la semaine passée. Je vous donne rendez-vous pour le récit de ce qui promet d'être un grand moment: mon cours de "danses de société" ce mercredi !

mercredi 19 janvier 2011

Le vieux garçon

Quand on pénètre dans la salle, il est déjà là, installé à son bureau. Ramassé sur lui-même, un tantinet rabougri, la tête plongée dans ses notes, qu'il doit pourtant bien connaître, depuis le temps qu'il les égrène à des générations d'étudiants.

La petite salle, surchauffée comme à l'accoutumée, est étouffante. L'odeur y est âcre: le mal de tête guette après une déjà longue journée d'apprentissages. Le soleil décline petit à petit et éclaire de ses reflets orangés les platanes de la cour du lycée attenant. Que serait la vie sans platanes ?

Lentement, les élèves prennent place. L'illustre professeur reste perdu dans ses écritures, absent de cette pièce alors que tous les regards convergent vers lui. Doucement, il relève sa tête, sur laquelle sont dressés pèle-mêle des cheveux grisonnants et gras. Des épis trahissent une sieste interrompue pour venir enseigner.

Extrayant son corps gras et bossu de sa chaise, il se lève pour nous distribuer le plan de son cours. Anachronique, il semble tapé à la machine à écrire ; en tout cas, le doute est permis. Écrasant à nouveau sa petite ossature replète sur son siège, il s'adresse enfin à nous. D'une voix fluette, à l'accent typiquement méditerranéen, il nous emmène dans les méandres de l'histoire du droit.

Fuyant à tout moment nos regards, il reste tête baissée, mains tremblantes et voix mal assurée. A son âge, on dirait une coquetterie. C'est pourtant une vraie timidité qui appelle, immédiatement, notre bienveillance et notre sympathie.

Le temps passant et l'ennui guettant, l'examen détaillé du personnage trahit à nos yeux sa condition de vieux garçon. Pas d'alliance, ongles mal taillés, costume mal repassé. Seuls les souliers, bien cirés, détonnent dans ce concours de négligence.

Au moment de partager nos impressions à son égard, l'une l'imagine boire sa petite soupe sur un coin de table crasseux dans son appartement en lisant le journal ; l'autre l'imagine jeune, rat de bibliothèque, timidement assis dans la masse anonyme d'un amphithéâtre. Nous nous accordons sur la profusion de vieux ouvrages et de papiers poussiéreux qui doit traîner à l'avenant chez lui.

Son savoir est époustouflant et son talent de conteur ne l'est pas moins. Partant d'une simple remarque -même pas d'une question-, il fait une digression de 45 minutes sur la place de la femme au Moyen-Âge et nous retrace toutes les dynasties royales françaises. Passionné par sa matière, il nous cite de mémoire une longue tirade d'une pièce de théâtre pour illustrer la sémantique d'un mot. On s'accorde à dire qu'il a pris sa revanche sur la vie, qui n'a pas du le combler sur tous les plans.

lundi 10 janvier 2011

Humiliation, consternation, respiration

Je me sens presque obligé d'écrire ce billet, dans une sorte de catharsis. Je n'ai rien contre le principe des examens oraux: on y gagne en spontanéité et j'ai l'élocution plus aisée que l'écriture (mon écriture est illisible et je n'ose quantifier le nombre de points que ça a du me coûter tout au long de ma scolarité). Par contre, je m'insurge quand l'examinateur fait montre d'un comportement qui n'est que mépris teinté d'insulte. J'avais déjà connu à la fac un prof de droit pénal qui m'avait interrogé tout en conversant au téléphone avec une connaissance pour organiser un cocktail dinatoire. Les questions qui avaient suivi mon exposé démontraient alors que son attention ne portait pas sur mes explications mais sur les paroles de son interlocuteur téléphonique. Ce mépris-là n'avait pas été disputé par l'insulte.

Vendredi, le professeur auréolé de sa gloire d'universitaire reconnu et de fils de arrivait en retard, là où il se fendait toujours d'un commentaire sarcastique à l'endroit de n'importe quel étudiant qui se présentait ne serait-ce qu'une minute en retard à son cours. Et le grand carnage a commencé ; des règles simples: poser des questions qui ne portent pas sur le cours, déstabiliser l'étudiant en le reprenant sur chaque mot utilisé un peu improprement, souffler, se lever et marcher dans la salle, laisser la porte ouverte, lever les yeux aux ciel, lui parler comme on le ferait à un enfant de trois ans, refuser de reformuler les questions, etc. Une étudiante, un peu typée méditerranéenne, a eu le bonheur d'être interrogée pendant une vingtaine de minutes sur la HALDE et les discriminations alors que le sujet de l'examen était les collectivités territoriales. L'humiliation prend toutes les formes, même les plus vicieuses, l'imagination est sans limites.

Nous sommes tous ressortis de nos entretiens respectifs livides et hagards ; aussi fallait-il mettre à profit le weekend pour se remettre de nos émotions (sans compter que, dans l'intervalle, la médecine rappelait sa faillibilité en manquant d'ôter la vie à l'être qui m'est le plus cher au monde par une anesthésie mal dosée). C'est en vain que nous nous sommes tournés vers le musée Granet. En dépit d'un Rembrandt stupéfiant, de certains Hyacinthe Rigaud de qualité et de quelques Ingres remarquables, la qualité moyenne du musée est médiocre et les éclairages-plus-artificiel-tu-meurs rajoutent à la consternation.

Hyacinthe Rigaud, Portrait du Président Gaspard de Gueidan en joueur de musette, 1735*

Au registre des bonnes nouvelles, dernière ligne droite dans la rédaction du fameux mémoire (en constatant, avec bonheur, que le transfert des pages d'un interligne à 1.15 à 1.5 me fait gagner un nombre incalculable de feuillets) et achats compulsifs en vue avec les soldes (oui, je sais faire ma superficielle). Ça me changera des livres et des disques. Sinon, il faut prendre les paris... Combien de temps la magnifique orchidée qu'on m'a offerte va-t-elle survivre à mes mauvais soins ? Sachant que j'ai cru pendant plusieurs mois que celle que le locataire précédent avait laissée dans ma chambre à Prague était fausse et que j'en nettoyais consciencieusement les feuilles, que je croyais donc fausses, avec un produit à base de Javel ?!

*: on trouvera un commentaire éclairant de Denis Grenier de ce très beau tableau dans le livret du disque Le Berger Poète paru aux excellentes éditions Alpha. Disque hautement recommandable faisant la part belle aux sonates pour flûte et musette.

mercredi 5 janvier 2011

C'est moi le roi !

S'il est une tradition que j'apprécie, c'est celle des gâteaux des rois. Un peu plus chaque année, puisque ma jeunesse s'étiole et que je suis de moins en moins contraint de passer sous la table pour être la voix innocente de la répartition des parts. Première frangipane (excellente, ce qui est bien rare) et première fève ! Pas peu fier de ma couronne, j'ai choisi mon Prince (en même temps, nous n'étions que deux à la manger cette galette !).

Maintenant, il s'agit de déterminer de quelle seigneurie je suis le roi. Des achats immodérés de livres que je n'ai même pas le temps de lire, sans aucun doute. Aujourd'hui encore je suis passé dans ma librairie préférée (dans une autre vie, j'aurais adoré être libraire) pour acheter un livre de poche qui romance la vie de Nicolas de Staël (qui n'est pas un peintre baroque, dois-je le rappeler) et l'un dans l'autre, mon regard trainant ici ou là, je suis reparti avec 5 livres. Courir d'Echenoz raconte ainsi la vie du meilleur coureur tchèque ; j'avais entamé la lecture dans la salle d'attente d'un médecin dans le revue Lire. Même si je n'avais pas été emballé plus que ça par le style, je veux connaître la fin et ces douces évocations de Praha ou de Brno me rappellent le bon vieux temps. Surtout en ces périodes d'examens où je regrette âprement mes journées passées sous la couette de l'année dernière.

J'expédie la fin de ce billet que je voulais plus long pour aller trouver un peu de sommeil réparateur avant quelques vilains oraux dont l'immuable déroulement me fait penser aux sonates italiennes endiablées où l'interprète joue avec les limites de son instrument et le précipice de la fausse note. Je pense surtout à une sonate du Signor Detri dont le presto central est une vraie torture jouissive, impossible à réussir totalement. On est forcé de dé-timbrer, de faire craquer des notes, de faire des attaques bancales, de tricher sur les articulations. L'enregistrement que je vous propose est presque parfait mais la flûtiste qui réussit tout en studio n'en fait pas de même en live et, en un sens, c'est rassurant puisque moi non plus ! D'ailleurs, je n'ai jamais trouvé d'enregistrement live de cette sonate qui réussisse le passage 40-42" qui, à l'écoute, n'a l'air de rien. En réalité, c'est un terrible enchaînement de sol grave (durs à faire sortir dans un mouvement rapide) et de ré bémol aigu (qui sont également des notes bancales sur la flûte, qu'il faut peu souffler) qui, combinés, sont infaisables sauf avec une excellente flûte et des dizaines de prises en studio. Voilà, c'était l'explication technique du jour !


dimanche 2 janvier 2011

La vie, par bribes

Dans le train, j'espère que c'est le beau jeune homme qui cherche où caser sa valise qui va venir s'assoir à mes côtés. Pour une fois, ce chaste vœu est exaucé et je n'hérite pas d'un vieux croulant aux effluves tonalité sueur. Voix douce, barbe juvénile, il lit un roman qui me donne l'idée d'un développement pour mon mémoire. Il aura droit à mon éternelle reconnaissance sans le savoir.

Arrivé à Paris, au théâtre, tendance humour de gauche, cinquantenaire qui a le cou constamment éclairé par un projecteur mal réglé. Raie sur le côté, cheveux graisseux, lunettes montures en or, chemise blanche rayée bleue. Les gens sont affalés, ils rient à gorge déployé mais lui semble figé dans le même rictus. Il ne rit jamais ; il sourit, parfois. Il sera le premier à quitter son siège à la fin du spectacle.

Je découvre qu'on peut manger fort tard et fort bien à Paris. Aux heures indues, à Prague, j'étais habitué aux McDo. 1€ le cheeseburger, j'en prenais deux en sortant de l'opéra, en débitant ma phrase toute en tchèque, façon étranger assimilé. Parce que le métro fonctionne fort tard là-bas et les tramways toute la nuit. Comment Paris peut-elle aspirer à être la capitale européenne dominante avec des transports aussi frustres ?

Sur le quai de la Gare du Nord, à 6h30, je retrouve l'amie qui m'avait hébergé en Égypte aux mêmes dates l'année passée. Cette année, direction Amsterdam. Elle me trouve tout de suite "mûri", limite "vieilli". Mes traits deviennent adultes alors que mes affects se tournent de plus en plus vers l'enfance. Darling a été une sérieuse concurrente niveau caprices et humeur lunatique. Nous nous entendons malgré tout fort bien, parce que nous sommes sans compromissions et sans mesquineries.

Amsterdam, son odeur de cannabis, ses femmes en vitrine et ses canaux. Toujours aussi déplaisante cette ville. En dépit, du marché aux fleurs, des grands et beaux hollandais. J'ai survécu à l'auberge de jeunesse, aux ronflements effrayants d'un espagnol, aux pets des allemandes, au baragouinage des québécois.



Entre les Vermeer de l'un et les Van Gogh de l'autre, les musées représentaient l'étape culturelle du voyage. Aucun bâtiment marquant, pas d'église à visiter, pas de parc mystérieux (malgré le Vondelpark). J'avais gardé un assez fidèle souvenir de ma précédente visite ; je confirme mon ressenti et je classe cette ville toujours aussi bas dans les priorités de vrai voyage. Reste que pour trois jours pour passer le Nouvel An, c'est une des meilleures destinations. Ambiance très jeune, détendue et pas trop faussement hippie, compte-à-rebours bon enfant de la nouvelle année sur fond de Nessun Dorma avec castafiore intégrée, restaus indiens/indonésiens bons et pas chers.

Gin tonic sur Gin tonic (lamelle de citron obligatoire), le passage à la nouvelle année s'est fait en douceur, sans prendre l'allure de fête forcée. Grosso modo, j'aime assez peu cette fête imposée du Nouvel An ; outre le fait que je suis encore au calendrier julien, j'ai souvent tendance à faire des soirées étranges... J'ai comme ça, à mon palmarès, un Nouvel An chez des frères dominicains avec une adoration du saint sacrement et une tisane...

Au retour d'Amsterdam, en faisant un crochet dans le Veme, à un arrêt de bus un couple se déchire sous le regard inquiet d'un fils qui ne sait plus à quel parent se raccrocher. Amoncellement de petites rancoeurs mesquines ; qu'une envie, celle de dire à Madame de demander le divorce rapidement pour elle et pour son fils tant elle n'a apparemment plus rien à attendre de son mari.

Dans le train de retour, succession de jolis garçons (dont un joli roux qui n'a pas cessé de m'interroger du regard, interloqué que je me sois obstiné à le vouvoyer alors qu'on devait avoir deux ans d'écart, lui plus jeune) et un couple mignon comme tout. Jeunes mariés (choix d'alliances de très bon goût) car encore bénéficiaires de la carte 12/25 (je fouine, je fouine), probablement jeunes profs tous les deux (j'ai reconnu les emplois du temps de l'éducation nationale) et amoureusement lovés dans les bras l'un de l'autre. BCBG tendance prof (bien fringués mais pas trop, voire pas top), ils respiraient le bonheur et l'harmonie. Ça donnerait des envies de nuptialité !

Et puis basta, la bonne année à tous ! Moi, j'y espère réussir mes examens, boucler mon mémoire, passer un long weekend à Paris et un petit weekend à Grenoble et tout est au mieux dans le meilleur des mondes !

samedi 1 janvier 2011

Sordide

Dans mes tendres années, et surtout lorsque j'étais en classe préparatoire, je participais avec constance à un forum dédié à la musique classique. C'était un formidable complément de vie sociale à cette époque où je n'avais pas, matériellement, le temps de voir autant que je l'aurais voulu mes amis. Un message est si vite posté sur un forum, entre deux fiches de droit !

Je continue épisodiquement à participer, par vagues, tous les six mois... Et s'il m'est arrivé de ne pas lire les messages des autres membres pendant de très longues périodes par désintérêt et par manque de temps, j'ai tout de même pu assister au renouvellement des membres fondateurs, piliers de l'endroit. Très fréquenté et rajeuni, cet espace de discussion compte en ses murs un participant dont je veux parler, ici. Son attitude, ses messages, sa vie dessinée en filigrane, m'émeut autant qu'elle m'attriste.

Dénué de tout humour et de toute capacité à reconnaître l'humour/le second degré chez autrui, il s'attire constamment par ses messages les quolibets -souvent gentils- des autres participants qui rient à ses dépens. Sa terrible rectitude morale, son autorité insatisfaite (ah, s'il pouvait devenir modérateur de l'endroit ! ), ses jugements à l'emporte-pièce en font une proie facile pour les adultes un peu déconneurs. Nous ne vivons pas dans le monde des bisounours et certaines personnes mal intentionnées s'échouent régulièrement dans les colonnes de ce forum ; ils repèrent facilement la bête qui tend le bâton pour se faire battre et jubilent de l'humiliation publique qu'ils peuvent lui infliger avant que la modération ne réagisse.

J'ai ri, moi aussi, de son inadaptation à l'échange virtuel. Je l'ai remis en place, moi aussi, quand ses avis tranchés étaient dénués de fondements et brisaient la discussion. J'ai moqué, moi aussi, cet aveuglement à l'humour et ses auto-flagellations. Désormais, tout appelle le sordide plus que la pitié ou que la sollicitude. Plus ça va, plus on connaît de détails sur sa vie qui ne semble pas plus riante que sa personnalité. Père absent, frère distant, amitiés erratiques, amours contrariées.

Sa profusion de messages laisse apparaître une homosexualité refoulée, sans que le doute soit possible (et je sais de quoi je parle). Ses études (une classe préparatoire) sont un fardeau trop lourd pour lui, incapable de s'organiser et de s'autonomiser dans le travail. Ses confessions permanentes, à tout sujet, et ses épanchements sentimentaux traduisent le manque d'amitiés solides à qui ils devraient être chuchotés. Tout respire la dissimulation et la peur.

Son cas ne semble pas intéresser ou préoccuper plus que ça la plupart des participants. Je crois que si j'y prends intérêt, c'est parce que ce garçon est une synthèse de tout ce que j'aurais pu devenir si, à une certaine époque, mon entourage familial et amical ne m'avait pas secoué et remis les idées en place. Je n'ai jamais été dénué d'humour mais j'aurais pu m'enfermer dans mes certitudes, rester aveugle à mes inclinations et vivre une existence de frustrations et d'interdits. J'ai essayé, sur tous les registres, de lui transmettre par écrit tout ceci, en essuyant un échec cuisant. Comment lui mettre son bonheur entre les mains ?