mardi 6 décembre 2011

Le pistonné

Ce serait l'histoire d'un jeune homme, propre sur lui mais d'un snobisme effarant, qui aurait triché allègrement à tous les examens depuis le début de sa scolarité à l'université. Oh, bien sûr, il aurait été pris plusieurs fois en flagrant délit et finalement dûment convoqué chez le directeur pour faire une mise au point disciplinaire sur son avenir au sein de l'enseignement supérieur. Mais c'est qu'il aurait aussi fondu en larmes, plein de contrition et d'un misérabilisme que n'aurait pas renié Hector Malot. Quoiqu'un petit coup de fil de papa, imaginons un personnage auquel le pouvoir n'est pas étranger, à son modeste niveau, aurait aussi été le bienvenue pour écarter tout risque d'application de l'interdiction de passer tout type d'examen pendant 5 ans. 

Les années se seraient donc tranquillement écoulées jusqu'à qu'il faille se décider pour l'orientation de dernière année. Il aurait été logique qu'avec un tel parcours l'individu se voit refuser les options les plus prestigieuses et cantonné aux options placards. Cela n'aurait même pas été justice. Cela aurait donc été évident qu'il soit écarté de la formation préparationnaire la plus prestigieuse et il le fut. Mais il n'aurait pas été envisageable qu'un nouveau petit coup de fil ne soit pas donné par un papa si attentionné, alors il le fut. 

Et c'est tout ragaillardi que, volant la place d'une âme plus méritante mais moins influente, l'individu se serait trouvé parmi ses congénères, à leur grande stupéfaction, à la rentrée. Il aurait été là, écrasant les autres de sa superbe, sûr de son droit. Au fil des premiers mois, il serait arrivé souvent en retard, à grand renfort de chaussures qui claquent et d'injonctions d'excuses aux professeurs courbant l'échine.

C'est à peine s'il serait permis de les corriger ou de considérer ses camarades comme des "je-m'en-foutiste". Car il aurait été le seul à "jouer sa vie ou sa mort" face aux terribles concours qui achèveraient cette année. Et c'est bien naturellement qu'il aurait le plus de chances, en dépit de ses piètres résultats, de les réussir.... 

J'en étais là de mon cauchemar quand je me suis réveillé et même si j'ai ma petite idée sur la botte imparable de notre ami pour réussir là où il n'aurait jamais dû être, je n'ai pas su le fin mot de l'histoire. Heureusement, la méritocratie est là pour nous protéger de ce genre d'énergumènes et tout ceci n'est qu'une vue de l'esprit.

9 commentaires:

S. a dit…

Je ne sais pas pourquoi, mais ça me fait penser à quelqu'un...

Antoine2paris a dit…

Déjà Balzac notait: "On a bien raison d'avoir beaucoup d'argent..."
Aujourd'hui, il faudrait écrire: "on a bien du mérite (républicain) d'être le fils de son père..."Mais si tu t'arrêtes à ça, ne prépares pas l'ENA...

Tambour Major a dit…

La méritocratie a ses limites. Être bien né arrange souvent bien les choses. Chaque jour me donne l'occasion de lé vérifier.

La Fille aux cheveux de lin a dit…

Serais-tu un peu obsédé par tes concours toi? (ceci dit chacun ses obsessions et les rêves qui en découlent...)

Kynseker a dit…

@ AdP: je ne m'arrête pas à ça, je connais mes mérites et comme mon mépris s'étiole parfois...

@ TM: et oui, le copinage universitaire c'est quelque chose, surtout dans le droit avec de véritables dynasties !

@ Ma fille, mes pensées sont bien au-delà de mes concours mais comme je frise la folie profonde ces temps-ci, mon écriture peut s'en ressentir ^^

Bashô a dit…

Lulu aurait encore frappé?

Kynseker a dit…

Oh non, il a des défauts mais il ne pistonne personne. D'autant qu'il n'est plus très en grâce.

S. a dit…

Et sinon, à part ça, votre vie s'est figée, subitement ?
Pas d'émotion artistique nouvelle, pas de lecture, pas de concert, pas de film, pas de découverte audiophile, ces temps derniers ?
Je n'écris pas ça pour que alimentiez la rubrique, mais je vous trouve peu prolixe depuis quelque temps...

La Fille aux cheveux de lin a dit…

C'est pas comme s'il avait une importante année d'étude...
Franchement, remboursé! Retourne à Prague!
Bises (et can't wait seeing you)