dimanche 6 novembre 2011

L'aveuglement au désastre

On pourrait donner cette définition (je n'ai pas le livre d'Hyman Minsky définissant ce concept sous la main): conscience qu'une action qu'on s'apprête à mener ou qu'on a déjà commencée à entreprendre mais dont on peut encore changer le cours va nous mener au désastre mais qu'on s'obstine à entreprendre et à mener jusqu'au bout dans les conditions désastreuses initiales. 

Mais pourquoi donc s'obstiner dans un schéma mental qui ne peut aboutir à rien de bon ? Comme si, une fois que la funeste idée nous a traversé l'esprit, il était impossible de reprendre les commandes. Aucune réponse à mes propres interrogations.

Et alors que je me torturais sur mes (nombreux) aveuglements récents, je suis tombé sur un excellent article de la non moins excellente revue Books (je ne le dirais jamais assez) traitant de l'erreur humaine et de certains cas célèbres d'aveuglement au désastre (Alan Greenspan à la tête de la FED, le fiasco judiciaire d'Outreau, etc.). Mon attention a particulièrement été retenue par ce passage, qu'on peut élargir au-delà du simple cas amoureux:

"L'investissement existentiel est particulièrement profond dans le cas des croyances concernant ceux que nous aimons. Découvrir que l'autre est plus complexe qu'il n'apparaissait dans le rêve de l'idylle initiale -le simple fait qu'il ou elle ait ses propres opinions- nous rappelle douloureusement ce que nous apprend toute erreur: que, dans une certaine mesure, nous sommes seuls ; que nous avons du monde une vision qui ne peut être directement partagée ; que chaque être est plus ou moins "enfermé dans sa propre prison". La rancœur que fait naître en nous la prise de conscience que l'être aimé peut avoir une perception différente de la réalité est une forme de résistance au fait d'être laissés seuls avec trop peu de certitudes et tant d'émotions".

Ce qu'il y a de rassurant, nous dit l'article, c'est que l'erreur "est liée à des éléments positifs comme notre intelligence et notre imagination. Sans la capacité inductive qui nous entraîne au-delà des informations fournies par la seule observation, nous serions incapables de nous repérer dans le monde ; nous ne connaîtrions pas les surprises et les attentes déçues qu'exploite la comédie ; nous n'aurions pas cette soif de savoir et de comprendre, fondée sur la conscience de nos limites cognitives qui est à l'origine de l'art et de la théorisation qui sous-tend la science".


J'aurais bien besoin d'aller faire une petite séance d'introspection dans la salle des Pierre Soulages du Musée Fabre, moi... Un exercice que je pratique dès que possible tant ces œuvres m'engloutissent et soulagent toute tension intérieure.

3 commentaires:

S. a dit…

Tiens, c'est fou, je viens de rédiger un billet où j'évoque le Musée Fabre.
Pour le reste, rassurez-vous : vous êtes "normal".
Quoi, hélas ?

S. a dit…

"et soulagent toute tension intérieure. "
Jeu de mots facile, certes, mais de bon aloi.

La Fille aux cheveux de lin a dit…

Bon quand est-ce que tu changes ton arrière plan de blog pour des paillettes bling-bling, ma dancing queen?