jeudi 6 octobre 2011

Les pleurs de la voisine

Cette nuit, j'ai entendu ma voisine pleurer dans la solitude de son petit appartement. Elle vient de s'installer dans l'immeuble, peut-être dans la ville, depuis seulement quelques jours. Le palier, très étroit, n'isole pas très bien l'intimité de chacun quand la nuit est calme et que le silence résonne dans la cage d'escalier.

Au début, j'ai cru que je prenais des reniflements pour des pleurs mais c'étaient bien des larmes qui coulaient derrière la porte. Je suis resté bête dans ma propre insomnie et mon impuissance a été soulagée quand je l'ai entendu parler, certainement au téléphone. Elle avait réussi à trouver un interlocuteur dans la nuit pour éponger sa tristesse et ses angoisses.

Je crois beaucoup aux proverbes et certains dictent plus que de raison ma conduite. Ceux qui concernent la nuit me semblent recéler une immense part de vérité: si la nuit porte conseil (combien ai-je eu d'illuminations dans la nuit au sujet de problèmes apparemment insolubles ?!), elle pousse aussi à voir tout en noir. Il est si facile de se laisser emprisonner dans un début d'angoisse qui n'attend que le noir et le face à face nocturne pour revêtir des proportions irraisonnées.

Ça m'a fait repenser à mon installation en République Tchèque, en cité U en chambre partagée: je n'avais pas fière allure. Si là je n'en menais pas large, quelques années auparavant, j'étais accablé par ce qui m'apparaît aujourd'hui comme de pseudos questions existentielles. Et quand c'est trop de bonheur, comme dirait l'autre, on se prend parfois à imaginer combien cette construction patiemment assemblée pourrait se dérober vite. L'équilibre actuel, qui n'est pas celui que j'avais rêvé ni imaginé, me rend sainement heureux mais est appelé à disparaître d'ici un an. Avant cette échéance, je travaille d’arrache-pied à poser les fondations d'une autre structure que j'espère la plus belle possible.

 
J'écoutais souvent cette musique la nuit, en cas d'insomnie inquiétante. Sara Mingardo dans le Dixit Dominus de Vivaldi

2 commentaires:

S. a dit…

Cet extrait musical illustre parfaitement le beau texte qui précède. Vous feriez un bon programmateur en radio...

Le mot que je dois reproduire pour la vérification anti-spam est "grave".
Je vous jure !

S. a dit…

Sinon, je vous admire de pouvoir "structurer" vos bonheurs présents et à venir ; c'est du moins ce que j'ai cru comprendre de vos dernières lignes.