jeudi 13 octobre 2011

Effarements matinaux (journalisme & musique)

Quand j'entends un journaliste se plaindre du niveau technique des questions d'économie (là, un fou rire point en moi) abordées par le duel socialiste de la veille, déjà ma journée commence mal. Mon mépris, toujours latent pour cette profession de journalistes politiques (les reporters de guerre font quand même un autre travail !), me prend au ventre dès le matin. Et je me dis que l'économie, plus que les mathématiques, devrait être enseignée au collège et lycée nuit et jour. C'est la matière principale qui permet de former des citoyens et les rendre capables de comprendre réellement les enjeux politiques qui se posent à tout moment. Sinon, on en arrive au bouclier fiscal ou, tout aussi stupide, à augmenter le SMIC (aparté: comment les socialistes peuvent-ils encore en être à proposer une mesure dont toutes les études sérieuses depuis 20 ans ont démontré qu'elle n'avait qu'une seule conséquence dans le cas français: l'augmentation du chômage... ?!). 

***
Sans transition, je suis quand même effaré par ce que la technique peut accomplir comme prodiges dans le domaine musical. J'ai un gros faible de midinette pour les voix de contre-ténor (ah, ces beaux jeunes hommes aux voix cristallines et aux affects sur-expressifs !) mais je reste gêné aux entournures par l'artifice qu'elles constituent. 

Prenons Andreas Scholl: clairement, en concert, c'est une casserole inaudible depuis quelques années. Sa voix n'a plus aucune puissance (si tant est qu'elle en ait jamais eue), ses graves se vautrent dans la vulgarité et ses aigus sont comme la grisaille parisienne. Et pourtant, je ne peux pas m'empêcher d'écouter en boucle un de ses derniers disques consacré à Purcell, que j'ai d'ailleurs acheté, comme tous mes disques (mon côté collectionneur).

Pour avoir visionné différentes vidéos de plusieurs concerts avec le même programme que le disque, je sais que la réussite de cet objet discographique doit tout au preneur de son et au montage. D'ailleurs, je vois que ce petit programme a été enregistré sur... une semaine ! Durée proprement hallucinante pour quelques airs qui ne dépassent jamais 3 minutes et qui ne sont d'aucune difficulté. 

Decca a les moyens d'investir et de peaufiner... Je suis bien content parce qu'il y a quelques perles mais parfois je me dis que j'écoute une supercherie qui n'existe pas dans la vraie vie. Pour d'autres chanteurs, les choses sont moins tranchées: Jaroussky a une puissance acceptable et une bonne technique. Carlos Mena n'a aucune puissance mais le disque ne masque pas certains défauts et le vieillissement de la voix. D'autres sont plus puissants (Bejun Metha) mais je ne supporte pas leur timbre.

Tout ça pour des voix qui n'ont jamais eu cours à l'ère baroque, pur produit du XXIe siècle...

16 commentaires:

S. a dit…

Chercheriez-vous, avec ces "palliatifs" à vous consoler ne n'avoir pu entendre (et pour cause) les castrats des siècles passés ?

Ecoutez donc Deller dans Purcell, c'est mieux.
Pour Scholl, je ne peux juger, ne l'ayant entendu que par le disque.
Mais si vous le dites...

Kynseker a dit…

"Pour Scholl, je ne peux juger, ne l'ayant entendu que par le disque"

Cela signifie-t-il que du haut de vôtre grand âge, vous avez entendu Deller en concert ?

Georg-Friedrich a dit…

Et Franco Fagioli?

Kynseker a dit…

Je ne connais pas cet artiste mais il a, je vois, surtout enregistré du Handel. Compositeur que j'ai adoré fut un temps et qui m'a lassé comme personne avant lui.

Je vais tâcher tout de même de mieux connaître ce chanteur.

S. a dit…

Non ça ne signifie pas... ce qu'il vous plaît de me décocher en flèche empoisonnée !
Vous aviez très bien compris, supputé-je.

Anonyme a dit…

Pas besoin d'études sérieuses pour voir que sur les 5 dernières années, en France, la non augmentation du smic n'a pas fait reculer le chômage...

Audrey a dit…

J'aime bien la graphie du & contenu dans le titre, on dirait une clé de sol griffonnée à la va-vite, un peu penchée.

Et sinon, j'aimerais quand même bien entendre Andreas Scholl en concert un jour. Pour me forger un avis, mais également car j'aime quand même beaucoup ce chanteur, son timbre assez particulier.

Sinon, je ne pense pas vraiment qu'il faut vivre dans l'idéalisation des castrats d'autrefois car j'en suis sûre que si on les entendait aujourd'hui, avec l'évolution de la musique et de l'esthétique musicale, on trouverait leur façon de chanter d'un terrible mauvais goût. Persuadée.

Kynseker a dit…

@ Anonyme: tout à fait, mais l'augmenter n'aurait aidé en rien.

@ Audrey: si tu veux entendre Scholl, mets-y les moyens et prend une place en 1ère catégorie, le plus près possible, sinon tu n'entendras rien ! Et j'ai bien peur comme toi de ce que devait être la réalité du chant des castrats...

Tambour Major a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Tambour Major a dit…

J'ai eu la chance d'assister à plusieurs enregistrements "classiques" et si l'on a à l'esprit le soucis de l'authenticité, tout devient très vite un casse-tête sans borne.

Le montage est une première chose et la technologie autorise toutes les fantaisies. Retoucher un morceau est aussi facile que recomposer une photo de mode : on adouci les formes, on gomme les aspérités, on fait disparaître un fil ( :p )... mais au final, si le résultat est esthétiquement "parfait", reste-t-il émotionnellement satisfaisant ?

Un autre problème que j'ai pu vérifier de mes oreilles : le choix des micros. Lors d'une soirée d'enregistrement, deux paires de micros étaient utilisées simultanément, de sorte que la prise était enregistrée instantanément deux fois. On écoute la première : c'est bien, les basses sont propres, le médium fidèle, les aigus un poil métalliques mais sans dureté. On écoute la seconde : le médium bave un peu, les basses sont un peu moins définies, en revanche la dynamique est nettement meilleure et la spatialisation étonnante de réalisme. Que faire ? Quelle bande retenir ? La première ? La seconde ? Et si on mixait les deux, pour en obtenir une troisième, dans laquelle on doserait l'équilibre ? Oui, mais alors au prix d'une "moyennisation" qui n'est pas non plus réelle...

Conclusion : rien ne vaut la musique vivante ! La musique est faite pour le concert, et tant pis pour les imperfections (s'il y en a) tant que l'émotion est là !

Kynseker a dit…

Je connais bien ces problématiques d'enregistrement pour avoir fait quelques enregistrements personnellement. Tout enregistrement fausse un peu la réalité mais dans le cas de Scholl, c'est carrément une recréation, une chimère.

J'essaie d'aller autant que je le peux voir des concerts et si j'y vais c'est avant tout pour voir et non pour entendre parfaitement. En revanche, je constate que je suis souvent déçu tant mon oreille est habitué aux disques où les baisses de tension, les égarements n'existent pas.

Florent a dit…

Pour le Smic, très cher, je vous conseille une conférence de l'ENS (http://www.les-ernest.fr/askenazy) et un bon bouquin d'éco ; oui, on peut augmenter le Smic et ce sans inflation ni chômage ;-)

Kynseker a dit…

Ma caille, tu apprendras que Askenazy est complètement isolé sur ce terrain et un des très rares économistes à croire ça possible. Ca l'est assurément dans nombre de pays, dont les USA, mais en France vu le niveau élevé des charges et du salaire minimum, on n'y gagnerait que du chômage ! Mais enfin que vous apprend-on à Gre ?

Audrey a dit…

Ashkenazy? Vlado faisait de l'économie à ses heures perdues? =D

Al West a dit…

@ Kyesneker : tu donnes du "ma caille" au commentaire, toi, maint'nant ? Moi qui ai toujours été épaté par la tenue irréprochable de ton blog, j'en suis comme deux ronds de flan (c ?) ; décidément, tout fout l'camp -)

Amicalement.
Al.

Kynseker a dit…

@ Audrey: je suis le seul à me faire cette réflexion en cours d'économie, bizarrement !

@ Al West: à quoi tient la vie... Je vais me ressaisir, je ne laisserai pas ce blog partir à vau-l'eau ! Merci de ton attention toujours constante et renouvelée !