mardi 25 octobre 2011

Délectations

"Un temps épouvantable"... Je repense toujours à cette scène du Jour le plus long où un officier allemand prédit que le débarquement des alliés se fera par "un temps épouvantable". Pour ma part, j'aime sortir de chez moi et être battu par le vent humide, marcher sur des feuilles mortes, témoins d'un automne qui arrive enfin et qui s'annonce d'une brièveté qui ne sera pas sans me laisser sur ma faim, puisque c'est ma saison préférée.

J'aime rentrer dans la nuit, après avoir, comme chaque année, joué les gardes-malade. Les rues étaient battues par les vents, le manteau par la pluie, par les feuilles qui viennent se coller à vous. Une petite atmosphère d’apocalypse que j'aime au plus haut point avec quelques ombres qui passent vite sous leurs parapluies, chacun courant chez soi pour retrouver le confort d'un lit bien chaud.

Car il n'est qu'une envie: celle de se glisser sous la couette avec un ou deux livres (je mène toujours plusieurs lectures de front), quelques tartines grillées à portée de main et quelque breuvage de l'honnête homme. J'entendais, avant hier soir, depuis ma couche, tous les jeunes gens tirant leurs valises dans la nuit d'une soirée déjà avancée. Le caractère estudiantin de la ville n'est jamais autant perceptible que le dimanche soir où ces bruits résonnent dans une ville toujours désertée en fin de weekend. 

J'étais encore sous l'emprise d'une des plus belles interprétations qui m'ait été donnée d'entendre du fameux nocturne n°13 de Chopin (je sais que nombre de mélomanes le tiennent comme le plus beau de la collection): celle de Yevgeny Sudbin, dans un disque à paraître cette semaine. Maniérée peut-être, car très travaillée, pensée et infiniment contrôlée mais intelligente et sensible.  Si le reste du programme m'avait autant séduit, je crois que j'aurais acheté le disque. 

Les jours précédents, j'avais profité d'un concert de J-G Queyras dans les concertos pour violoncelle de Vivaldi. Interprétation passionnée, accompagnée du feu de l'Akademie fur Alte Musik de Berlin. Un beau jeune homme de quarante ans talentueux et qui a l'air confusément gentil... Il fait partie de ces artistes qui ne me déçoivent pas (ceux qui ne sont pas à la hauteur forment une liste très très longue): je me souviens de ce concert à Prague où la rigueur de l'hiver n'avait pas atteint l'ardeur incandescente qu'il avait instillée dans le concerto de Dvorak.

8 commentaires:

Voulin a dit…

Ma saison préférée reste l'été. Cependant, je dois concéder que j'aime cette atmosphère particulière ressentie en automne. Se blottir au chaud, se délecter d'un chocolat brûlant en pleine après-midi en profitant du ciel gris ou noir, du vent vrombissant. SE cacher sous la couette en regardant un bon film. Entendre la pluie battante sur les vitres. Imaginer le froid saisissant. De menus plaisirs d'automne, toujours excitants...

Kynseker a dit…

Exactement ! Personnellement, même si je la supporte de mieux en mieux (curieusement) la chaleur m'accable. Dans l'automne, j'aime aussi ces nuits et matinées un peu sombres où toutes sortes de jeux et d'intrigues peuvent se nouer tout en les soustrayant aux regards des autres...

S. a dit…

Un bien joli billet ; je lui trouve une belle unité : l'entrée en matière -en prétexte- est un peu surprenante (cette superproduction internationale fait-elle partie de votre panthéon cinématographique ?), mais vous nous emmenez avec vous sur vos sentiers d'automne ; j'en sens les parfums si particuliers en vous lisant.
Vous savez, il n'est pas si "fameux" ce nocturne, ou alors les mélomanes ont bien évolué !
C'est effectivement, pour moi et peut-être vous, le plus beau.
Je ne connais pas (je réparerai) l'interprétation de Sudbin.
Je vous envie pour le concert de Queyras.

La Fille aux cheveux de lin a dit…

Je vois que l'automne saisit les coeurs de tout le monde en ce moment =)
Je ne connais pas Sudbin, et je suis curieuse de découvrir son interprétation des nocturnes...J'attends de voir, car je déteste les gens qui font des nocturnes de pièces de virtuosité, car certes certains passages donnent envie de se lâcher, et on est tout excité à la vue d'un "f" ou d'un "sf" mais ça reste un NOCTURNE! A écouter, donc.

Mon thé gingembre/pomme/vanille/canelle de saison et moi t'embrassons =)

Kynseker a dit…

@ S: disons que ce film a marqué mon enfance. Je vous assure que tous les mélomanes avec qui j'ai échangé considèrent ce nocturne comme le plus beau !

@ La fille: il n'a enregistré que quelques nocturnes entre des mazurkas (que je n'aime pas) mais il me semble fidèle à l'esprit des nocturnes que vous défendez avec beaucoup d'allant !
Quand j'aurais quelques liquidités, j'irai reconstituer ma collection de thé, en attendant j'en suis réduit au Lipton !

S. a dit…

@La fille... : vous avez un bien joli pseudonyme ; pourrez-vous convaincre Kynseker que Debussy vaut la peine d'être connu et reconnu ?

@Kynseker : pour votre information, je n'aime pas les "mazurkas" non plus.

La Fille aux cheveux de lin a dit…

Kynseker: Avec allant? Je ne voulais pas être si véhémente ;-) Peut-être le contre-coup d'un cours avec une élève à qui je fais justement jouer un nocturne, et qui m'en a fait du Rachmaninov...

S. : Ce n'est pas faute d'essayer...Mais il semblerait qu'il manque à Debussy un soupçon de sens du tragique pour qu'il conquiert le coeur de notre ami!

Calyste a dit…

Les jeux dans l'ombre, on pourrait aussi appeler ça des nocturnes...