lundi 26 septembre 2011

Pour quoi faire ?

Un étrange mois de septembre où le soleil et la chaleur n'en finissent pas de mourir. C'est ainsi qu'on croise encore des gens qui semblent éternellement revenir de la plage à toute heure du jour. D'autres, quand ils me voient avec de gros et pesants colis A. sous le bras s'imaginent, ce que j'en déduis de leur regard, que je m'apprête à installer la dernière console à la mode chez moi. Les abords du point de retrait postal étant mal famés, je me plais à imaginer le désarroi qui saisirait des jeunes m'arrachant le carton à l'arrachée. En fait de console, ce sont des pavés d'économie ou de droit que je transporte. Rien de riant.

Pas riante non plus "La guerre est déclarée". Comme cela a été dit partout: un beau film, avec le jeu toujours théâtralisé de Jérémie Elkaïm dont j'aime surtout la façon bien à lui qu'il a de bouger son corps, de rendre élégants et ductiles ses membres. Le film s'éternise un peu dans le dernier tiers ; un manque de Vivaldi peut-être. 


Le fameux Musée Granet de ma non moins riante bourgade dévoile au public depuis quelques semaines la belle collection d'art moderne établie par Jean Planque. L'affluence de ce dimanche (je reste toujours ébahi devant la force de frappe marketing de ce musée) gâchait un peu le plaisir mais j'ai trouvé au milieu de quelques œuvres rébarbatives, un joli Nicolas de Staël (malgré un cadre inadapté) et trois beaux Sam Francis. Peintre que j'ai découvert au musée de Grenoble et que je trouve passionnant. Les quelques Dubuffet réunis ne manquent pas non plus d'intérêt.

Riante, la soirée politique d'hier soir. La chambre Haute retrouve sa légitimité, sans affoler la marche de nos institutions. Après tout, elle n'est que la "raison de la République" (Boissy d'Anglas) et la fidèle représentation de notre France rurale (40% des communes européennes se situent dans notre beau pays !). Un peu horripilé par les commentaires parlant de retraite dorée, de gouffre financier, d'assemblée inutile, etc. Le rôle de cette vénérable institution est discret, subtil, à contre-courant parfois, sagement rétrograde souvent. Il ne faut pas méjuger le travail de l'ombre de tous les fonctionnaires parlementaires qui font de leur mieux pour améliorer la qualité de la loi.

Et puis cette longue sentence qui transcende les genres si on se donne de la peine de la masculiniser:
"Eh bien! mon vieux, il se passe en moi ceci de bizarre, c'est que, depuis que je la connais, je n'ai plus de désirs du tout. Moi qui, dans le temps, tu t'en souviens, m’enflammais à la fois pour vingt femmes que je rencontrais dans la rue (et c'est même ce qui me retenait d'en choisir aucune), à présent je crois que je ne puis plus être sensible, jamais plus à une autre forme de beauté que la sienne ; que je ne pourrai jamais aimer d'autre front que le sien, que ses lèvres, que son regard."

André Gide, Les faux-monnayeurs, 1925

7 commentaires:

S. a dit…

Très bien, ce billet.
Que je vous envie pour le Nicolas de Staël que vous avez pu contempler.
La mise au point sur le rôle du sénat est pleinement justifiée.
J'adhère à cent pour cent à la "sentence" de Gide.
Vous avez donc lu, enfin, "Les faux-monnayeurs ?

(Où sont donc passés les autres commentateurs ?)

Kynseker a dit…

Vous aurez le loisir de contempler le Stael si vous êtes de passage dans le sud avant le 6 novembre...

J'achève Les faux-monnayeurs ce soir. Du coup, j'ai acheté aujourd'hui même "Si le grain ne meurt", toujours sous l'ancienne livrée Folio avec les Matisse. Petite joie personnelle.

Quant à ce blog, il ne survit que dans l'imaginaire d'une poignée de fidèles.

S. a dit…

Vous allez devenir aussi "Gidien" que moi ; je m'en réjouis.

Lisez aussi "L'immoraliste" si ce n'est déjà fait... et tout le reste !

On est content quand vous publiez.

Oudreyyy a dit…

Si je répondais dans ton &é" , ce serait déplacé?
=D
Léchouilles sur ta face mon chou

Kynseker a dit…

Tu vois bien que mon anti-spam n'a rien contre toi !

Petites fessées pour toi !

Calyste a dit…

L'Immoraliste, oui, et La Porte Etroite.
Signé: un de la poignée.

Kynseker a dit…

Je prends note Calyste ! Toujours heureux de vous compter parmi mes lecteurs :-)