vendredi 30 septembre 2011

Les mystères de Naples

Tiens, Dominique Fernandez vient faire une conférence-dédicace sur Naples dans ma bourgade. Programme alléchant vite planifié dans mon agenda. Je me figurais assez bien la scène et la soirée avant d'y assister. Elle s'est déroulée telle que je l'imaginais.

Dans ce genre de rencontre littéraire, vous arrivez et vous ne trouvez que des têtes blanches. Au-dessous de quarante ans, c'était facile, il n'y avait que moi dans la librairie. Les mamies qui s’écharpent pour prendre la dernière chaise, les coups d’œil vers l'arrière salle avec sourire intégré "ah, les malheureux, ils sont arrivés trop tard et sont debout, z'avez qu'à être prévoyants comme nous", etc. 

L'âge n'atteint pas l'écrivain qui saute avec gourmandise d'un sujet à un autre. Un regard un peu trop subjectif sur Naples, parée pour l'occasion de tous les atours, seule capitale de l'Italie, à côté d'une Rome qualifiée de "bled" et de Milan "village paumé".

On étouffe et pendant que je me liquéfie et que mes jambes flagellent, l'auteur, avec son ami Ferrante Ferranti, évoque avec enchantement la ville, sa sexualité diffuse, la mer, les musées encore sans touristes, les ruelles sans soleil, les églises flamboyantes et les glaces ! Des petits trucs pour les touristes, les bonnes adresses d'appartement à louer, les lieux insolites à visiter. La nostalgie des castrats aussi.

Après le monologue, séance de questions-réponses. Quelques questions tournées de façon à ce qu'elles ne soient compréhensibles que par les initiés, on se croirait aux conférences des festivals de musique peuplés d'épigones de Boulez. Un papi qui monopolise le micro pour parler d'un obscur opuscule d'un non moins énigmatique écrivaillon napolitain. Des mamies qui veulent apporter des précisions et gronder le grand maître de ne pas avoir cité tel ou tel auteur.

Pas plus, la séance prend fin, les gens se lèvent, il est tard, la dinde est dans le four, le dentier attend son verre d'eau. Petite queue pour les dédicaces. Comme tous les jours où presque, la vieille bourgeoise locale bouscule son monde, passe devant, se croit reine. Je suis jeune: on ne me dit jamais merci quand je laisse passer les gens et il est ici bien naturel de me doubler dans la file.

Quand je tends mon livre, je suis aussi ému qu'un premier communiant, je balbutie quelques mots sur mon peu d'attrait pour Stendhal à qui Fernandez dédie son prochain "Dictionnaire amoureux" (à paraître en 2013). Non, je ne suis pas étudiant en lettres, présence incongrue. Mon petit nom et puis en guise d'adieu: "vous savez, Stendhal regrettait la disparition des castrats". Je lis la dédicace en rentrant.

3 commentaires:

S. a dit…

Pas très inspirée, sa dédicace...

Kynseker a dit…

Comment pouvez-vous en juger puisque je ne l'ai pas retranscrite ?

Elle est douce et soignée, au contraire !

S. a dit…

Votre avant-dernière phrase me donnait à penser qu'il s'agissait de la dédicace : "vous savez, Stendahl..."