mardi 9 août 2011

A l'ouest

Vous étiez à nouveau à Orange, dans ce merveilleux théâtre antique. L'excellence de l'acoustique vous a surpris: les voix de Patrizia Ciofi, de Vittorio Grigolo et du vétéran Leo Nucci sublimaient Rigoletto. Ambiance électrique avec public populaire d'un côté, élitiste de l'autre. Et les artistes qui chantent trois fois le fameux "Vendetta"! L'absence de surtitrage a un peu manqué et la compréhension des subtilités de l'ouvrage a parfois fait défaut mais la soirée était mémorable.

Puis, tu as vogué vers tes aventures solitaires en laissant l'Autre sur le quai de la gare d'Avignon qui a déjà vu tant d'au-revoir et tant de baisers furtifs, toujours surpris par quelqu'un. Le lendemain, en voiture, tu as fait étape à Albi. La ville est belle, la cathédrale ne manque pas de prestance et l'intérieur est superbe.


Ce que tu as préféré, ce sont les berges du Tarn. Tu les parcours longuement, tu te promènes encore en ville et tu y reviens pour manger au bord de l'eau. La solitude de ce repas ne te pèse pas, le clapotis de l'eau pallie l'absence de conversation. Ton imagination s'enflamme à propos de cette vieille bâtisse au loin, effondrée et abandonnée. Le sentier que tu suivais pour percer son mystère est obstrué ; une affichette explique qu'il est trop dangereux d'aller plus loin, la berge menaçant de s'effondrer.

Avant de repartir, tu profites du soleil à la terrasse d'un café. Le serveur te donne du "monsieur" et tu n'aimes pas trop ça. Tu espères jouir du "jeune homme" le plus longtemps possible, même quand c'est dit avec condescendance. Tu regardes plus jeune que toi jouer avec les jets d'eau, avec des ballons de foot aussi. C'est sur cette note enfantine que tu te remets en marche vers la seconde étape de ta journée. Et c'est à Moissac que la route te mène.


Le cloître est justement proportionné, le cèdre majestueux. Tu aimerais laisser vagabonder ton esprit mais tu t'étonnes de voir ces gens, plus ou moins jeunes, grimper sur les murets, manger leur quatre-heures sans respect pour la sérénité et la spiritualité du lieu. Tu fais un peu mystique, seul à marcher à pas feutrés. Tu resteras un moment dans l'église, profitant de la fraîcheur de l'endroit. Manger une glace face au portail ne te dit rien.

C'est à Agen que tu passes la nuit. L'hôtel n'est pas grand luxe mais le personnel est d'une rare sympathie. Tu prends plaisir à regarder la télévision jusque tard dans la nuit. En allant prendre ton petit-déjeuner, tu croises la femme de ménage et sa jeunesse te fait passer pour un privilégié ; tu lui pardonnes le cheveu oublié dans le lavabo à ton arrivée.

Sous une pluie battante, tu conduis sereinement jusqu'à Bordeaux. Tu traverses le pont de pierre et c'est une vieille amie que tu retrouves, désormais mariée. La maisonnée est charmante, le piano trône au milieu du salon. Les murs sont constellés d'annonciations italiennes découvertes et aimées à Florence. Tu redécouvres le jardin botanique, le quartier Saint-Michel, tu furètes avec bonheur chez Mollat et tu goûtes avec délectation la cuisine libanaise qu'on t'offre le soir.

Le lendemain, tu te promènes encore sur les quais, la place de la bourse, du parlement, rue Sainte Catherine. Vous êtes à nouveau surpris par la pluie alors que vous êtes au jardin public. Mais au salon de thé, le breuvage tient chaud, encore plus quand l'indiscrétion des voisins de table surprend des paroles maladroites et vous fait rougir. On te prive de pâtisserie pour mieux courir au musée profiter longuement, très longuement, d'une exposition sur Poussin. L'apéritif du soir te verra plus en verve. Verve dont Mozart fera les frais même si, au fond, tu l'aimes bien.


La nuit passée, il est déjà l'heure de repartir vers d'autres contrées, au fin fond du Périgord. Tu es cordialement invité à séjourner dans un château ayant autrefois appartenu à la famille Bonaparte. Oh, tu ne loges que dans le grenier aménagé mais l'endroit est du meilleur goût. Les pérégrinations de l'après-midi t'amènent aux splendides jardins de Marqueyssac, au château de Castelnaud, à Domme... Tu prends ton petit-déjeuner en compagnie du Comte propriétaire de l'endroit, un dangereux gauchiste qui se rêve empereur et voudrait bien mettre au chômage tous les fonctionnaires.


Cette dernière journée est longue et comporte beaucoup de route. Tu fais une seule escale à Figeac. L'orage menace, il fait un peu froid. Tu suis tout de même l'astucieux parcours fléché dans la ville. Tous ces charmants villages sont agréables mais ne te procurent pas des transports d'émotion. Tu songes à reprendre vite la route mais en rentrant par acquis de conscience dans l'église de la ville, tu découvres un intérieur sobre et raffiné. Tu aimes l'architecture de l'endroit et l'atmosphère qui s'en dégage. Tu t'attardes et tu te réjouis de conclure ton séjour sur cette visite.

8 commentaires:

Matoo a dit…

Hé hé hé, on a pas pris exactement le même chemin, mais il y a quelques points communs. :)))

Tambour Major a dit…

Haaa, Moissac... un endroit que j'avais beaucoup aimé et où je ne suis point retourné depuis fort longtemps. Ton billet me donnes des envies.

S. a dit…

Jolie page de votre carnet de voyages d'été.

Si je peux...
on se perd un peu dans cette alternance de "tu" et de "vous" : quand vous soliloquez, vous tutoyez-vous ou vous vouvoyez-vous ?
Est-ce votre modestie qui vous empêche d'employer le "je" ?

Kynseker a dit…

@ S: Le vous, c'est quand on était deux. Le tu, c'est quand j'étais tout seul.

Ma modestie ne m'empêche rien du tout, c'est juste que le je, avec tous ces récits de voyages, commençait à me gonfler !

@ TM: oui, bel endroit. Je pourrais y retourner un jour ; tous les endroits que j'ai visités ne m'ont pas donné cette envie...

@ Matoo: j'ai commenté chez toi !

S. a dit…

Mea culpa : la première phrase du deuxième paragraphe aurait dû m'éclairer ; trop vite lu, et pan sur le...
bec.

Calyste a dit…

Le vous, au début, m'a fait penser à La Modification, de Butor.

Kynseker a dit…

@ S: c'est que vous liriez mes géniaux billets en diagonale ?!

@ Calyste: je ne connaissais pas ce roman. Il a l'air intéressant ; d'ores-et-déjà ajouté à une longue liste d'idées lectures... Le "vous", chez moi, est associé à un beau roman, pas le roman du siècle mais touchant, de Thibaut Saint Pol "N'oubliez pas de vivre". A l'âge de cette découverte, je n'étais pas un grand lecteur, et j'avais trouvé le procédé audacieux. Surtout que tout le roman tient sur le "je" de la dernière phrase qui offre une nouvelle perspective à l’œuvre.

Calyste a dit…

Je ne connais pas. Échange de bons procédés!