jeudi 21 juillet 2011

Venise, entre art moderne et art culinaire

Avant l'escapade à Padoue ci-dessous narrée, j'étais confortablement accueilli dans un chouette appartement à deux pas du Rialto. Ces quelques jours ont été mis à profit pour se promener au gré des envies, pour visiter quelques musées souvent oubliés des touristes, pour tâcher, le plus possible, de vivre à la vénitienne.

Après les péripéties de mon voyage en avion (je vais vous faire la promo de Lufthansa dans le texte, dans un prochain billet), ça commence par un petit vino bianco della casa avec deux-trois amuses-gueule couleur locale. Pas un touriste dans cette taverne, du vénitien, du vrai. A quelques encablures, un repas tendance gastronomique avec service souriant et compétent. On s'y croirait si une puante parisienne ne venait étaler sa modeste science du voyage à une table voisine. S'ensuit, sur le bord du grand canal, une grappa, alcool fort indiqué pour la digestion... Service chaloupé d'un vénitien à petite moustache, d'une sensualité virile.

Les deux jours suivants s'égrènent suivant le rythme que mon hôte a établi dans les jours précédant mon arrivée. Cappuccino sur les coups de 10 heures, balade sur les zattere ou les fundamenta, copieux repas de midi, visite d'un musée, balade, spritz du soir (ou un délicieux vin à la fraise), repas copieux du soir, limoncello au bord du grand canal...

J'ai remédié à quelques oublis de mon voyage de l'année passée. En avril 2010, j'avais quitté Venise en regrettant de ne pas avoir visité le musée d'art moderne. L'oubli était mineur en réalité: si leur communication est uniquement basée sur le Klimt de la collection, c'est bien parce que c'est l’œuvre majeure et la seule qui mérite le détour. Le temps imparti ne m'avait pas non plus permis de visiter les deux pôles de la Fondation Pinault. La pointe de la douane qui en abrite une partie est un beau et grand lieu, rendu à sa sobriété. Les œuvres exposées interpellent parfois, touchent rarement. En revanche, celles du Palazzo Grassi fascinent souvent, interrogent parfois. De belles découvertes, des images qui font leur chemin dans notre esprit, bien après la visite.

Un soir, concert baroque dans l'église San Vidal du Campo San Margherita. Je n'aurais pas parié une seconde sur ce type de concert, qu'on pense forcément attrape-touristes. Corelli/Vivaldi/Tartini sont au programme, pas du tout dans leurs œuvres les plus connues. Les interprètes, sur instruments modernes, sauf le violoncelliste, jouent ça parfaitement et presque totalement en style (les allegros manquent parfois de rebond et le clavecin est inexistant). Aucun amateurisme et parfois des vrais moments de grâce (les adagios notamment !). Malgré le prix élevé et la durée réduite, la soirée valait le détour. Je salue notamment l'énergie et le travail de Davide Amadio, violoncelliste incroyable de naturel et de spontanéité. La vidéo ci-dessous lui rend assez peu justice mais montre ce qu'il peut donner quand il est en forme !



Pour couronner cette soirée, et cette fastueuse journée, beau repas sur le campo du même nom. Une vieille dame française se fait distraire l'espace d'un repas par une femme d'une cinquantaine d'année au vouvoiement très déférent. Celle-ci aura au moins apprécié le repas que la vieille dame n'apprécie qu'à travers le voile de dédain de rigueur. Le limoncello à volonté de fin de repas -pour faire passer l'addition ?- aura quelque peu raison de notre lucidité mais sans dommages collatéraux.


Dans les dernières heures de ce voyage, je me perds volontairement dans les quartiers délaissés des touristes ; rues désertes qui n'aboutissent parfois jamais, draps suspendus, mamas italiennes qui dialoguent par fenêtres interposées, faux pont des soupirs... Le temps court trop vite dans ces moments-ci.

8 commentaires:

S. a dit…

Excellent billet : on a l'impression de vivre ça avec vous.

S. a dit…

Et, comme vous avez pu le voir par ailleurs, j'adore le violoncelle...

Tambour Major a dit…

Il semble que Venise soit une ville qui te réussit plutôt bien et dans laquelle j'ose croire que tu reviendras te perdre régulièrement.

S. a dit…

Ca ne fait aucun doute.

Kynseker a dit…

@ S: oui, je vais répondre à votre mail, patience ! :-)

@ TM: j'ai trois billets sur d'autres voyages à écrire ; on verra s'ils m'ont aussi bien réussi. J'ai beaucoup aimé tes pérégrinations dans la montagne, en tout cas.

S. a dit…

"San Vidal du Campo San Margherita"
Si je peux me permettre : l'église San Vidal se trouve Campo... San Vidal.
Le lieu de vos libations d'après-concert est situé plus vraisemblablement à côté, Campo San Stefano.

Kynseker a dit…

L'ennui guetterait-il vos journées pour que vous ressassiez ainsi ?

Je tire gloire éternelle de vous voir scruter toute nouveauté sur ce blog :-D

Je suis en terres bordelaises et bien des billets sont en souffrance dans l'antichambre de publication...

S. a dit…

"L'ennui guetterait-il vos journées pour que vous ressassiez ainsi ? "
Du tout.
Et je ne ressasse pas, malotru !