jeudi 28 juillet 2011

De Berlin à Postdam: de l'ombre à la lumière

Comme le dit le sociologue Jean Viard, en voyage, on se contente souvent de vérifier. Avant de se rendre à l'étranger, on s'est construit une image mentale du lieu qu'on visite: on ne le découvre pas puisqu'on en est déjà envahi de photos et de descriptions. On se contente donc de constater que tout est bien là où c'est censé se trouver, que tout ressemble à ce qu'on en a précédemment vu. Aussi, les périples manquent parfois d'éblouissement et sont-ils souvent marquants non pas à cause du monument phare de la ville mais d'une placette jamais évoquée, peut-être minable, mais tellement touchante sur l'instant.

Dans mon cas, deux exceptions majeures. Allemandes toutes les deux. D'abord, et j'en parlais ici même en janvier 2010, la Frauenkirche de Dresde. Un rêve d'adolescent, le mythe de cette magnifique église protestante détruite, reconstruite, tant de fois peinte par Canaletto et reproduite sur des pochettes de disques. Je garde un magnifique souvenir de cette journée. Ensuite, le Schloss Sans-Souci de Postdam. Ou plutôt un élément spécifique de ce petit château: ses gloriettes. Deux pergolas mythiques pour moi ; en fait, ce sont les soleils qui les ornent qui ont toute une histoire dans mon imaginaire.

Je crois que c'est ce que j'attendais le plus lors de ce voyage à Berlin. Mon organisation tyrannique, avec lever à 6h, nous a conduit à être bien avant l'ouverture du château à Sans-Souci, sans touristes. Seul pour admirer mes gloriettes. Le voyage berlinois aurait pu s'arrêter là, j'aurais été satisfait: j'avais vu mes gloriettes, leurs soleils: j'étais enfin sûr qu'une telle beauté simple et puissamment évocatrice existait réellement. Ces soleils qui resplendissent à la lumière qui sont autant de portes vers l'aventure, l'étranger, le passé, la puissance, la gloire et la musique existent véritablement. Ce ne sont donc pas seulement des pochettes de disques:


J'en ai pris des dizaines de photos. A chaque prise, je les trouvais plus belles encore. Celui qui m'accompagnait se demandait vraiment ce que je pouvais bien leur trouver de si particulier. Comme le groupe d'amis, moqueur, devant mon éblouissement à Dresde. Une photo parmi d'autres donc:


Pour le reste, la visite a été très agréable. Le temps était beau sans être chaud, le parc est immense mais le parcours, quand on sait s'organiser, alterne judicieusement entre jardins, appartements luxueux, jardin botanique, belvédère... En fait, outre le palais de Sans-Souci, il existe un autre palais, beaucoup plus grand, plus massif et beaucoup moins propice aux rêveries. On parcourt également une galerie d'art, sorte de galerie des glaces où les glaces ont été remplacées par des centaines de tableaux baroques, dont un Caravage puissant de vérité. La majesté du lieu, le marbre à profusion m'ont fait rêver. Frédéric II a déjà fait construire ce que j'aurais adoré accomplir.

L'Orangerie a depuis longtemps était détournée de sa fonction initiale, reconvertie en appartements pour les invités royaux. L'église, coincée au fond du parc, copie d'une église romaine est plus bucolique que d'essence méditative. Un couple de mariés, en séance photos, attire notre attention, le décalage entre la beauté simple du marié et le surpoids de la mariée, blonde vulgaire.


Des souvenirs resteront, les deux Magnum mangés goulûment sous les fenêtres du Nouveau Palais, la salle de musique royale où jouer de la flûte, suivant l'exemple des siècles passés, aurait été un divin plaisir, les photos d'amoureux prises dans les jardins, la vision brûlante et solitaire des pergolas au petit matin.

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