mardi 7 juin 2011

Vin, sans eau

Depuis toutes ces années où nous avons emménagé dans cette ville, on passe tous les jours ou presque devant et jamais on ne s'attable. C'est le café du commerce typique du bourg: c'est le Bar des PTT. Un monument de beaufitude et de soulards déjà accrochés au comptoir dès 7h du matin. Alors on s'est dit que pour fêter notre réussite commune, il était temps d'y boire un verre. Parce que l'année prochaine, on devra jouer aux gens sérieux et respectables. Avant de se mouler dans le conformisme des apprentis-aspirants administrateurs de la fonction publique d'Etat, il était temps de s'égayer sur les chaises en plastique en sirotant quelque mauvais alcool.

D'abord, une mauvaise blanche, puis une ou deux cervoises, puis un ou deux pastis. Jusqu'à ce point, le serveur était content ; sa voix rauque de fumeur invétéré, ses cicatrices sur le visage et ses longs poils noirs frémissaient de contentement à chaque commande. C'est ensuite que nous avons décidé de lui jouer un mauvais tour: demander un "Cocodingo", un immonde cocktail sans alcool. A l'énoncé de ce dernier souhait, notre bougre n'a pas pu se retenir de lâcher un terrible râle d'homme trahi qui se terminait pas un "non, quoi...". Assurés de notre choix, nous avons poussé le vice jusqu'à demander deux pailles, il en est reparti penaud. Revanchard, il a fait en sorte de nous infliger une humiliation publique en revenant triomphant avec le verre de couleur rouge et en annonçant à la cantonade "un Cocodingo et et et avec deux pailles pour vous messieurs !". Un bar à la hauteur de sa réputation.

Mon séjour parisien qui a fait suite à ces premières agapes aura été plus fécond en dégustations viticoles de qualité ; notamment à la mythique Auberge du Ravoux d'Auvers-sur-Oise, haut-lieu de tout pèlerinage qui se respecte sur les traces de Van Gogh. Un repas gargantuesque, servi par des mignons d'une candeur infernale, comme dit la chanson. Le parcours dans la ville est assez didactique avec en face de chaque endroit qu'il a peint, la reproduction grandeur nature du tableau de Van Gogh. Sympathique petite marche pour se rendre au cimetière, perdu dans les champs et sous un soleil éclatant. Tombes recouvertes de lierre, modestes et fraternelles.


Les bords de l'Oise, où tout balade digestive s'impose, sont bien emménagés. De ponton en ponton, on peut apprécier les pagayeurs, faits de grâce virile ou les péniches où de grosses dames regardent imperturbables s'égrener le rivage... Si, lors du retour en voiture, c'est du Beethoven qui montait jusqu'à nos oreilles dans le tumulte des embouteillages, c'est sous le sceau mélancolique des sonates pour violon&clavecin de Bach qu'était placé ce séjour:

Sonate n°4 en do mineur BWV 1017, largo ; Lucy van Dael & Bob van Asperen

3 commentaires:

S./G.C a dit…

"Auberge Ravoux" du nom du propriétaire à l'époque où Vincent Van Gogh y séjourna, dite aujourd'hui "maison de Van Gogh" dans un esprit touristico-mercantile.
Votre séjour fut apparemment agréable.

Era a dit…

Auvers... j'habite à un quart d'heure de là et je n'y suis pas allé depuis au moins sept ou huit ans ! Une petite visite va s'imposer...

Kynseker a dit…

@ Syl: merci pour la correction ; j'ai eu beaucoup de mal à écrire ce billet... Les effluves du très bon Médoc qui flottaient encore dans l'air sans doute.

@ Era: oui, profites-en, c'est très agréable et c'est l'histoire d'un après-midi.