dimanche 22 mai 2011

Jeux de rôle à Lyon


Pour tout voyageur ferroviaire, tout commence forcément par le quartier de la Part-Dieu, melting pot sans âme de bureaux, de centres commerciaux, et d'immeubles à l'audace architecturale assez caricaturale. Nullement pressé, on se laisse porter vers le Rhône, qu'on franchit, puis vers la presqu'île. L'uniformité des façades, le manque d'ampleur (hormis la place Bellecour) et d'aménagements urbains adéquats font de certaines places des lieux peu hospitaliers. L'Opéra est ainsi, comme on dit vers chez nous, esquiché et ne dégage aucune solennité.

Le Vieux Lyon est empreint de beaucoup plus de charme et de mystères. Touristique sans ostentation, on y déambule avec plaisir. En montant, les vestiges romains s'avèrent assez bien conservés et librement accessibles. La Fourvière domine son monde et son intérieur resplendit. Je notais la similarité de la construction de Lyon avec Prague: dans les deux cas, une ville coupée en deux par un fleuve, la vieille ville du même côté, dominée par une cathédrale avec une imitation de tour Eiffel pas trop loin. Le Vieux Lyon a ainsi des airs de Mala Strana avec son funiculaire, ses petites rues, ses placettes, ses touristes.


Avant d'aller se régaler de la cuisine lyonnaise, on a longuement arpenté les berges du Rhône, très bien aménagées. Un vrai plaisir avec le coucher de soleil, le vent qui se levait, les cyclistes, les promeneurs. Le succès des vélos en libre-service m'aurait donné envie d'en louer un moi-même pour monter et descendre ses berges.

Le lendemain, épuisés de la veille, un petit tour en métro. Calme et rapide, rames propres et nouvellement refaites apparemment, bien pratique. Il s'agissait de se rendre au Musée des Beaux-Arts. Le bâtiment est très beau, la cour centrale avec sa fontaine, ses bambins, sa végétation nous a scotchés sur un banc pour de longues demi-heures. Pour un prochain séjour, je testerai bien le restaurant en terrasse qui semblait très agréable.

Le musée est très bien agencé, les œuvres très bien mises en valeur ; une section antiquité et sculptures intéressante. Malgré ce gros travail de présentation, très peu d’œuvres remarquables. De belles toiles impressionnistes, le bel autoportrait de Janmot, un sympathique Granet... mais les Rubens sont poussifs, le Boucher complètement grisâtre, l'académisme envahissant.

On s'en est allé goûter aux beautés de la nature en se rendant au parc de la Tête d'Or. Mais, postés devant l'entrée principale, plusieurs stands d'associations subversives comme l'APGL, Aides, et d'autres. Quelques joyeux militants qui nous interpellent et j'accepte tout de suite de participer à un jeu de rôle qui consiste à se mettre dans la peau d'un personnage qui doit se confronter à tous types d'institutions et de personnes pour s'épanouir et gagner en bien-être.

J'étais Pierre, un type de 27 ans, qui doit révéler son homosexualité et sa séropositivité à son employeur. Je devais prendre conseil auprès d'une association (des bonnes idées, j'ai gagné en bien-être), faire un premier coming-out auprès d'un ami (ça se passe moyennement, je perds un peu en bien-être) et révéler le tout à mon employeur qui me met au standard avant de me licencier (je suis proche du suicide). Les militants jouaient relativement bien leur rôle, surtout mon employeur fictif, intraitable. Au cours de ce petit parcours, on pouvait engager la conversation de manière informelle et c'était sympathique.

Lors du debriefing final, alors qu'une militante était frappée de la jeunesse de tous les participants à ce petit jeu, j'ai surtout insisté sur le fait que la visibilité médiatique des jeunes LGBT était totalement misérabiliste et toujours larmoyante, avec un pathos moralisateur. Il y a certes des situations difficiles, d'autres peut-être dramatiques mais on pourrait aussi parler de ceux pour qui ça se passe bien... Ca peut être rassurant et servir de modèle à certaines familles: au lieu de transmettre le message "vous ne serez pas les seuls à mettre votre enfant à la porte et à provoquer un drame", on pourrait dire "en prenant un peu sur vous et avec le temps, vous serez une famille unie et heureuse, regardez donc !".

Pour en revenir à nos déambulations, le parc de la Tête d'Or est très agréable avec ses pelouses, ses roseraies, ses animaux. On en a longuement profité avant d'apprécier les demeures bourgeoises des alentours, l'ancienne gare des Breteaux, les halles (je n'ai pas résisté à un baba au rhum)... Retour à la case départ avec la Part-Dieu et voyage dans l'excitation de nuées d'enfants revenant de Disneyland...

5 commentaires:

Calyste a dit…

Je suis heureux que Lyon t'ait fait penser à Prague. J'avais eu la même impression en découvrant la ville tchèque. Et lorsque j'en parle autour de moi, on me regarde comme si j'étais un demeuré. Quant au Parc de la Tête d'Or, je le fréquente depuis 40 ans sans jamais m'en lasser.
Il faudra revenir: Lyon est une ville assez secrète qui ne se laisse découvrir que peu à peu.

Bashô a dit…

Mais qu'était censé apporter le jeu de rôle?

Kynseker a dit…

@ Calyste: je pensais être séduit plus totalement par Lyon ; effectivement, je crois qu'il faut revenir, y vivre peut-être, pour en apprécier tous les charmes et en connaître tous les secrets. Ca m'a vraiment donné envie de refaire du vélo !

@ Bashô: prendre conscience des difficultés que l'homophobie entraîne. Mais c'est un peu comme les conférences écolos: ça prêche entre convertis et n'informe aucunement ceux qui sont réfractaires.

S./G.C a dit…

Intéressant ; d'autant que -comme c'est étrange !?-, on n'a guère l'idée de partir passer 3 jours dans la capitale des Gaules...
La prochaine fois essayez Bordeaux : c'est joli, paraît-il.

Audrey a dit…

Et je ne l'ai même pas payée