jeudi 21 avril 2011

En rangeant quelques livres...

Les revues de printemps sont propices aux redécouvertes. Je suis ainsi retombé sur un livre offert il y a des années: l'histoire de la musique vue par Lucien Rebatet. L'homme, plus que fascisant, nous gratifie de jugements à l'emporte-pièce et de vérités péremptoires absolument désarmantes de bêtise. En parcourant les pages, je me suis rendu compte que j'avais tout de même lu initialement l'ouvrage attentivement. Je ne résiste pas à l'envie de vous faire partager deux citations illustrant au mieux l'aveuglement de l'auteur. Il écrit ainsi, à propos de Mendelssohn, sous-fifre de la musique comme chacun sait:

"Mendelssohn a été l'académicien aimable du romantisme. On s'explique sans peine qu'il ait été placé de son vivant et longtemps après sa mort au rang des plus grands maîtres. Le public et la plupart des critiques préfèrent toujours, au premier abord, les œuvres de second ordre qui leur offrent de l'art révolutionnaire une version tempérée, de bonne compagnie, dans une forme qui ne heurte aucun préjugé d'oreille".

Le jugement ne serait pas si terrible et ironique s'il n'intervenait après un "Concerto pour violon, bien longuet pour son contenu", "deux concertos pour piano d'une insignifiance mondaine", "les milliers d'apprentis-pianistes qui ont joués les Romances sans paroles peuvent grâce à elles situer facilement le talent de leur auteur"...

Mais la pépite, on la trouve dans la notice qui concerne Mahler: "petit israélite de Bohême né à Kalischt, élevé à Iglau en Moravie, dans une famille médiocre et assez tarée. Le père tenait une auberge et un commerce de liqueurs, la mère boitait et s'était résignée à ce mariage faute de mieux". Pur plaisir à dénoncer la juiverie qui le répugne tant: l'intérêt d'une telle information est absolument nul.

* * *

Dans le même mouvement de tri et de rangement, je suis retombé sur les tragédies qui ont bercé mes années lycée: Corneille et surtout Racine. J'ai relu avec un égal plaisir Horace "Que vouliez-vous qu'il fît contre trois ? Qu'il mourût !" et Phèdre. Je préfère toujours la concision et le sens du rythme de Racine aux alanguissements de Corneille où la prosodie est moins nette. Je me joins à la critique contemporaine de l'auteur qui voyait dans le Ve acte de sa tragédie un raté inutile. Je trouve que la tragédie aurait gagné en souffle et en noirceur en s'arrêtant au meurtre commis par Horace sur la personne de sa sœur. Ce Ve acte n'est qu'une boursouflure comme le sont les bis lors des concerts (ça, c'était pour la minute pédante de la semaine).

A propos de musique et de concision (et de tragédie), j'ai également refait un petit tour de mes différentes versions de Dido & Aeneas (Purcell). Drame intimiste pour William Christie, élans du cœur et affects trop humains pour Emmanuelle Haïm, œuvre grinçante pour Teodor Currentzis. Je ne m'en lasse pas et je pousse le vice jusqu'à chanter le fameux lamento en voix de fausset avec plus ou moins de bonheur au niveau de la justesse. Je jure que seuls deux fans de karaoké ont entendu, à ce jour, ce massacre sans prétention. C'est déjà trop.

6 commentaires:

Dima a dit…

de la part de Rebatet, on ne peut pas s'attendre à autre chose!

Kynseker a dit…

Certes mais ma première lecture adolescente était ignorante des opinions de l'auteur. Alors la redécouverte est encore plus frappante de médiocrité...

Tambour Major a dit…

J'ai réécouté Dido & Aeneas la semaine dernière. Elle faisait partie des oeuvre imùposées de l'option musique l'année de mon bac. J'ai découvert deux ou trois versions, toutes assez différentes, aucune vraiment entièrement convaincante à mes oreilles. Mais il est vrai que je ne suis pas un fin baroqueux.

Audrey a dit…

Remmmeeember me, rememmmmmmmmber me, but aaaaaaaaah forget my fate

Calyste a dit…

Bien d'accord avec toi sur Racine et Corneille. J'ai toujours dit, et je dis encore, que, si je devais partir sur une île déserte avec un seul livre, ce serait Phèdre. Il y a tout dans ces vers.

Kynseker a dit…

@ TM: tu peux également trouver ton bonheur dans des lectures modernes ; c'est une vision que je ne partage pas mais comme tous les chefs d'oeuvre, Dido résiste à toutes les trahisons :-D

@ Audrey: nonobstant le prix de l'essence, j'ai vraiment envie de venir à Bordeaux cet été par les chemins des écoliers.

@ Calyste: je viens de relire Andromaque. Le titre aurait pu être Hermione et le génie de Racine tient au choix de cette reine qui, finalement, voit ses pires cauchemars dissipés par la médiocrité des autres. Mais Phèdre, c'est cent coudées au-dessus !