mercredi 30 mars 2011

Le triomphe de Narcisse

Je m'éclipse d'un cours par trop rébarbatif, voulant mettre à profit le beau soleil qui irradie la ville. Porté par mes divagations, je me retrouve sur le chemin de la librairie. Il ne m'en fallait pas plus pour interpréter cette erreur de destination comme un appel à faire ma provision mensuelle de livres.

Au moment de passer en caisse, à midi, j'interromps une conversation entre les deux jeunes caissières. Pendant qu'une scanne les codes-barres de mes Folio, l'autre me dévisage. Je me prépare déjà à sortir ma carte bleue quand la spectatrice se fait actrice: "attends, y'a tous ces livres là, on peut les lui donner et lui en faire profiter", dit-elle à sa collègue.

Et les voilà qui déballent une vingtaine de livres sur le comptoir en me disant de prendre ce qui me plaît. Devant ma mine suspecte, celle qui n'a pas procédé à mon encaissement regarde ce que j'ai acheté: "ah oui, vous êtes plus classiques ; évidemment, ces livres-là c'est pas de la grande littérature ; m'enfin, c'est cadeau, on vous l'offre, prenez ce qui vous plaît !". Je fais défiler l'ensemble des livres plusieurs fois et j'en prends deux. Elles les rajoutent dans mon sac (qui contenait déjà 5 ouvrages ; j'achète toujours mes livres par nombre impair d'ailleurs).

Esquissant à peine un geste vers la sortie, j'entends "attendez, on va vous donnez un carnet de lecture aussi, hein ; vous semblez être un grand lecteur, ça peut vous servir !". Je l'ajoute à mon sac qui s'alourdit encore un peu plus. Les deux caissières se jettent des petits coups d'œils amusés et de défis. Celle qui a eu l'idée du carnet de lecture triomphe ; l'autre ne peut pas être en reste.

Dans un éclair d'illumination, elle dit "oh ! on oublie le marque-page, regardez comme il est joli". Battue, celle qui triomphait se doit d'avoir le dernier mot: "eh ben avec tout ça si vous avez pas compris qu'on vous fait du gringue...", interrompue par sa collègue "ah ça ! vrai qu'on est sympathiques, quand même, non ?!". Je balbutie, dans un immense sourire, "euh, oui oui, vous êtes très sympathiques, bien plus que les snobs de la librairie d'à-côté".

Et l'une de conclure "ah, oui, mais attendez, c'est pas tous les jours la fête hein, croyez pas qu'on donne des livres gratos à tout le monde, c'est pour vous". Message reçu mesdemoiselles mais le fait que je choisisse dans votre pile de littérature de bas-étage le seul livre où figure un homme dénudé aurait du vous mettre sur la voie ! Je vous concède toutefois que les femmes illuminent ma vie...

6 commentaires:

Bashô a dit…

Une femme a aussi tourné autour de Dima. On voit que c'est le printemps. :)

Kynseker a dit…

Et Tambour Major aussi ! Des jeunes filles en fleur !

S./G.C a dit…

J'ai toujours attiré les femmes ; plus que les garçons.
C'est ma croix sur cette terre.

Kynseker a dit…

A tel point que vous êtes resté chaste jusqu'à un âge très avancé, si j'ai bien lu votre autofiction bloggesque ?! :-D

S./G.C a dit…

Imaginez que j'eusse été bisexuel !

PuttoBello a dit…

... mais tu t'en vantes.

Il serait donc possible d'inverser l'invertissement ? :o