lundi 28 mars 2011

Grenoble en vogue


Sous la bienveillance d'un soleil généreux et avec une nonchalance dans le pas inhabituelle, un peu le nez au vent, j'ai tranquillement profité d'un samedi dans une ville qui semble, a priori, ne rien avoir à offrir au visiteur de passage.

Grenoble souffre d'une architecture anarchique terriblement marquée par les outrages du temps. La pierre est grise, sale comme de la neige fondue. Mais alors qu'un grenoblois d'adoption me décrit constamment les habitants comme des rustres mal embouchés, je les ai, au contraire, trouvés aidants et sympathiques. Petits aussi, ce qui m'a surpris, mais peut-être ai-je été victime d'un biais statistique.

Depuis les fortifications de la Bastille, on a une très belle vue sur la ville et sur l'ensemble du massif montagneux enneigé. On peut également admirer l'avenue la plus longue d'Europe (c'est une américaine, toute à son enthousiasme, qui a cru bon de faire profiter tout le téléphérique de cette information capitale ; ceci étant, renseignements pris, c'est vrai)...



De retour dans les terres et les rues, je constate qu'il existe quelques jolies places à Grenoble mais assez mal mises en valeur. Les musées, gratuits pour les jeunes gens, ne sont pas affriolants mais permettent, à tout le moins, de visiter des bâtisses cossues ou des bibliothèques impressionnantes.

Le dimanche pluvieux se prêtait fort bien à la visite du Musée de Grenoble où se tenait une exposition consacrée à Chagall et à l'avant-garde russe. Si les couleurs du peintre biélorusse sont moins chatoyantes en vrai que dans les livres (mais c'est le cas pour de très nombreux artistes), j'ai apprécié la majorité des œuvres présentées. Des Kandinksy décrochés du Centre Pompidou pour l'occasion m'ont tout autant, sinon plus, ravi (ah ! ces encres de chines et ces aquarelles !).

Les collections permanentes sont très bien mises en valeur et je me suis planté, comme à mon habitude au Musée Fabre à Montpellier, une bonne demi-heure devant le Soulages, confortablement installé dans un profond fauteuil de cuir. Je suis absolument fasciné par l'œuvre du ruthénois dont les noirs m'absorbent presque physiquement.

Je suis aussi tombé sur un George de la Tour d'une médiocrité insoupçonnée, à l'aune de laquelle on pourrait croire que le seul fait d'arme de ce peintre désormais adulé est d'avoir été mésestimé durant des centaines d'années et d'avoir connu une redécouverte digne de Dan Brown. Quand on sait ce que Caravage fait du thème de Saint Jérôme et que l'on voit cette toile de GDLT, on pense avoir affaire à un artiste d'un côté et à un ouvrier de la peinture de l'autre.

Ensuite, sous le patronage d'une âme aussi généreuse que l'était la pluie, quelques déambulations m'ont permis de visiter les derniers interstices de la ville que je n'avais pas encore parcourus. En fait de gastronomie locale, je n'avais pas le cœur à manger un gratin dauphinois, aussi me suis-je rabattu sur des ravioles de romans (c'est presque du coin) servis en gratin. Puis, c'est à la Table Ronde, café où les grands esprits plein de bons sentiments venaient écrire autrefois (Stendhal, dont j'avais admiré, tel que semblait le commander la plaque commémorative, la terrasse et la treille, le matin même), que la journée s'est achevée autour d'un crème bien dosé.

6 commentaires:

Tambour Major a dit…

On m'a toujours fait une description horrifique de Grenoble. Ton billet rendrait presque cette ville charmante !

Bashô a dit…

As-tu lu les mémoires d'un touriste de Stendhal?

S./G.C a dit…

Soulages, tiens, tiens...
Décidément (vieille antienne...) !

Kynseker a dit…

@ TM: oui, c'est horrible. Le tout, c'est d'être bien accompagné !

@ Bashô: non pas du tout, j'apprécie très peu Stendhal, à tort peut-être mais la Chartreuse de Parme m'a vraiment vacciné contre cet auteur.

@ Sylv: ah oui, Soulages, vraiment !

Kindgay a dit…

Héhé, ravi d'avoir égayé ce dimanche après midi quelque peu... humide ;-)

Cela dit, Grenoble, c'est moche, il fait froid, il pleut tout le temps, u a du vent en permanence, mais on aime bien quand même ^^

Florent a dit…

Aaaah Grenoble, sa pierre grise, ses immeubles horribles, ses racailles... Mais après 3 mois tout va bien, la rétine et le cerveau s'habituent.