mercredi 16 février 2011

Un broyeur d'ivoire

Ah le cochon ! Je m'époumonais en mon for intérieur, hier soir, à l'écoute d'une interprétation inacceptable du concerto Empereur. D'ailleurs, je ne savais même pas que ce morceau devait être joué ; je n'avais retenu du programme que la 7ème de Beethoven par le Mahler Chamber Orchestra, sous la direction de Tugan Sokhiev.

Bien sûr, j'avais déjà vu de nombreuses couvertures de la presse spécialisée louant Nicholas Angelich. Mais je n'avais jamais écouté aucun de ses disques ni ne l'avait déjà vu en concert. Autant dire que hier soir fut mon dépucelage et que, comme une vierge effarouchée, je ne veux à aucun prix jamais revoir ce bourreau.

La démarche, les saluts et la stature de l'homme sont aussi élégants que ceux d'un bulldog borgne à qui on aurait coupé deux pattes. Son jeu est à son image: bruyant, tape-à-l'œil, vulgaire. Un massacre que je ne suis pas prêt de pardonner. J'ai été consterné d'un tel manque de retenue, de bon goût, d'élégance, de subtilité. Il a broyé le clavier pendant une demi-heure sans aucune nuance (ne connaît-il que le forte ?) en se faisant mousser constamment. Aucune inflexion, aucun phrasé: des appuis d'une lourdeur invraisemblable et des contre-sens partout. Un son hideux et carnassier. J'ai physiquement souffert: ça me donnait envie de vomir.

Dans son vide abyssal de clairvoyance, il écrasait l'orchestre qui n'était pas non plus subtilement dirigé (mais était-il seulement dirigé ?) par Sokhiev: le déséquilibre était total. Pas un regard vers l'orchestre, pas d'écoute: le règne du "moi" et du "je". Ce pianiste ne mérite pas le titre de "musicien". A l'entracte, j'étais consterné et je suis sorti avant le bis. Mais sans le vouloir j'entendais sa Pathétique, mièvre, sans conduite et sans phrasé: sans musique.

7 commentaires:

Bashô a dit…

"Autant dire que hier soir fut mon dépucelage et que, comme une vierge effarouchée, je ne veux à aucun prix jamais revoir ce bourreau."

Tiens, tu es vierge post partum. :-)

S./G.C a dit…

Ses "Etudes tableaux" de Rachmaninov sont fort inspirées (en disque, bien sûr) et il se dit que c'est un très bon pédagogue.
Je compatis.

Kynseker a dit…

Quand je l'ai vu à l'entracte (et le théâtre ayant cru bon d'abreuver ma boite mail de photos et de témoignages émerveillés de ce concert), il m'a semblé en effet assez sympathique avec une réelle bonhommie.

Mais vraiment, une telle brutalité et absence de subtilité m'ont abattu.

JMV a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Georg-Friedrich a dit…

Pourquoi sommes-nous spontanément enclins à recourir à des métaphores animales pour exprimer le dégoût que nous inspirent certains interprètes? Et tandis qu'il y avait, si j'en crois ton récit, un bouledogue au Grand Théâtre de Provence, c'est un autre crapaud que, pour ma part, j'ai subi hier soir à l'Opéra de Paris..

S./G.C a dit…

"Ce pianiste ne mérite pas le titre de "musicien".
Quelle intransigeance !
Les plus grands musiciens ont, au cours de leur carrière, donné quelques concerts catastrophiques : voir Richter (mais c'était rare !) et notre vénéré Samson François que j'entendis, tout jeune "fan", saboter allègrement ces 2 Concertos de Chopin qu'il avait sublimés par le passé !

Kynseker a dit…

Votre Samson François ! :-D

Si je lui retire, bien présomptueusement j'en conviens, son titre de musicien c'est que ce n'était pas un concert raté. Au contraire, un excellent concert dans l'optique bestiale et antimusicale qu'il s'est choisie. Maîtrise parfaite de son propos mais, je regrette, la musique n'était pas là.