samedi 5 février 2011

Entre danse et intolérance

Mon lieu d'étude est à la fois un immense gayland mais aussi un catholand insoupçonné. Autant dire que la cohabitation, pacifique, ne va pas toujours sans escarmouches. Alors qu'on retrouve une bonne partie de la promo sur des sites internet infréquentables, on peut rencontrer l'autre partie à la messe. Dont une minorité à la messe donnée en latin.

Et que se passe-t-il quand un catho, qui a une poussée d'urticaire à la simple vue d'une femme aimant les femmes, rencontre le couple gay le plus fameux (oui, c'est nous) de la promo lors d'une soirée ? Ben rien. Il serre la main à toutes les personnes présentes sauf au couple en question. Avec sa raie sur le côté et ses trois balais dans le cul, il croit encore que l'homosexualité s'attrape par simple contact.

Il ne couchera pas avant le mariage ; il fera "l'amour" à sa femme probablement cinq fois dans sa vie, pour faire des enfants. En proscrivant toutes les pratiques sexuelles qui ne participent pas à la procréation: elles sont humiliantes pour la femme. Par pure amitié et par pur respect pour la merveilleuse personne qui nous avait invité, nous avons évité toute effusion publique ou toute marque de tendresse. Ce n'est pas l'envie qui nous manquait mais le seul fait, pour ce pauvre garçon, de nous voir aurait pu le faire passer du mauvais côté de la barrière, qui sait... Pauvre bougre ! Les dés étaient pipés, tout était joué d'avance. Tu étais comme les autres: en première année de maternelle tu voulais aller voir les toilettes des filles pendant que moi, confus, j'accrochais mon regard sur les fesses de mes petits camarades.

Pendant ce temps, de la façon la plus cliché qui soit, notre petit couple et deux amies lesbiennes formons une équipe de danseurs hors pair ! Entre valse et charleston, on s'amuse comme des petits fous... La prof est une cinquantenaire acariâtre qui fait les démonstrations à toute allure pendant que ses 70 élèves s'astreignent à l'imiter, souvent sans grand succès.

Lors de la première séance, le hasard a fait que je me suis retrouvé avec une vietnamienne, ce qui m'a valu un bon mal de dos le lendemain. Pourtant je dois dire, non sans fierté, qu'on s'en sortait pas mal tous les deux à la valse. Ce qui fait le charme de l'ensemble, ce sont de voir tous ces petits couples sympathiques venus amoureusement s'entraîner en prévision de leur probable mariage. Ce blondinet, vraie stature et regard bleu acier, fait valser sa chétive compagne pendant qu'un petit frisé déhanche diablement son petit cul sur le madison en agrippant fermement sa copine.

Pendant ce temps, ma cavalière, pourtant rompue à la brutalité masculine, me trouve autoritaire. Il paraît que je suis comme ça et j'ai longtemps trainé le surnom de "dictatorum". Je suis sûr que c'est parce que je lui intime fermement de s'agripper à moi et d'enrouler sa jambe autour de la mienne... Pour couronner nos soirées, on mange en sortant au resto U, ce qui nous amuse aussi beaucoup tant l'ambiance est différente de ce qu'on connaît: ce côté cantine et anonyme ne nous ressemble plus trop, alors ça nous enchante.

12 commentaires:

Tambour Major a dit…

J'adore ta description du blondinet catho avec la raie sur le coté... Il y en a quelques nids par ici aussi bâtis sur le même archétype. La petite bourgeoisie Toulousaine qui vote bien à droite, ne sort qu'entre elle, et va à la messe 3 fois par semaine. Affichés comme tolérants et ouverts d'esprits, ils le sont, tant que tu n'abordes de sujets un peu "sensibles" ^^

Al West a dit…

Ça me fait la même chose quand je vais à la messe à deux pas de chez moi. La paroisse étant bien pensante à souhait, les catho-mobiles (806 ou espace bleu marine, si possible avec autocollants Jubilé de l'an 2000, Scouts d'Europe, l'école libre vivra -ah non, ceux-là n'ont pas supporté la récente prime à la casse !) déchargeant les torrents de familles nombreuses... Un peu déprimant, tout ça. Je te souhaite de combler ce fossé entre deux populations. Je leur souhaite d'ouvrir leurs cœurs et leurs esprits.
Amicalement.
Al.

Bashô a dit…

Le monde catho est tout aussi riche et nuancé que le monde pédé. De même qu'on ne peut réduire toute la communauté gay aux dindes du marais, on ne peut réduire les cathos à une mentalité bien particulière. Je suis moi-même un "tala" et tous mes amis cathos sont très ouverts, y compris sur les sujets dits sensibles.

S./G.C a dit…

Amusant billet.
J'ai eu à fréquenter une famille très catholique du 7ème arrondissement.
J'ai eu le sentiment un certain soir que le beau jeune homme destiné à remplir les devoirs inhérents à sa "lignée" se serait volontiers laissé aller à quelques débauches, whisky aidant, si la présence maternelle ne l'en avait logiquement dissuadé.
L'instant de "basculement" était très palpable.
Ce fut très dur pour moi : le garçon est fort aimable.
Mais les liens qui m'unissent à cette famille font que j'ai eu quelques scrupules à relancer la situation.
Je crois que mon jeune ami a dû se défausser de ses mauvaises pensées sur son confesseur.
Au prix de quelle frustration ?

Kynseker a dit…

@ TM: c'est exactement ça: ils sont toujours d'une tolérance extrême mais je crois que cette tolérance s'arrête aux maigres écarts de leur communauté. "Les dérives" des autres ne leur sont pas acceptables.

@ AW: dans le coin, région de Salon en Provence et Orange oblige, on croise souvent les papas militaires avec leurs cinq enfants en culottes courtes par tous les temps et avec l'inusable pull bleu marine. Sans oublier, en effet, le 806 !

@ Bashô: pardonne mon ignorance, mais qu'est-ce qu'un "tala" ? J'ai effectivement une amie catho très ouverte (ce qui lui vaut maintes réprimandes de la communauté catho en question) mais l'effort intellectuel de compréhension qu'elle a fourni ne semble pas effectué par d'autres, hélas.

@ Sylv: je vois très bien ce que vous voulez dire ; ça nous arrive de ressentir ça avec le copain quand notre complicité interpelle les regards d'une fratrie. Parfois l'un deux a plus un regard d'envie, d'empathie que de mépris ou de dégout. Ce que je plains le plus, c'est l'enfant qui se découvre homo au sein d'une famille catho trop bien comme il faut pour l'accepter. Ça ne prépare pas des familles heureuses tout ça...

Bashô a dit…

Kynseker> Un "tala" est une personne qui va-T-A-LA messe. Quant à ton amie, ça ne m'étonne pas, l'Eglise est en ce moment polarisée, il est très difficile de discuter d'autant plus que la doctrine est trop souvent utilisée comme un bouclier pour couvrir ses propres insécurités. Mais je le répète, le monde catholique est plus riche et nuancé que cela. Un de mes meilleurs amis est un prêtre de l'Opus Dei et on discute souvent de ma vie sentimentale. :-)

G.C. > il aurait peut-être mieux fallu qu'il "bascule". Encore aujourd'hui, il y a beaucoup de jeunes homosexuels qui se marient, en s'aveuglant eux-même et/ou en espérant que "ça passera". Au mieux, ça aboutit à une situation pathétique, au pire...

Kynseker (bis)> Peut-être pas. Je connais quelqu'un qui s'était découvert homo et qui avait été viré par sa famille bien de gauche. il a été inconditionnellement accueillie (et aimée, c'est sa nouvelle famille) par la famille de son meilleur ami qui vote majoritairement... Front National.

Dima a dit…

Il me semble que le terme tala appartient à l'argot de Normale Sup'

S./G.C a dit…

@Bashô (quel forum !): sur votre conclusion : un certain Louis, relation commune (!), eut très jeune une relation charnelle avec une "honteuse" qui est aujourd'hui une huile du... FN !
Si !

Bashô a dit…

Dima> En effet :)

Bashô a dit…

G.C.> ;) Et cette "honteuse" se lance souvent dans des diatribes contre les "pervers"?

S./G.C a dit…

@Bashô : non, c'est un homme de l'ombre.

Anonyme a dit…

L'amie en question tient juste à dire à Al West suite à son
"La paroisse étant bien pensante à souhait, les catho-mobiles (806 ou espace bleu marine, si possible avec autocollants Jubilé de l'an 2000, Scouts d'Europe, l'école libre vivra -ah non, ceux-là n'ont pas supporté la récente prime à la casse !) déchargeant les torrents de familles nombreuses... Un peu déprimant, tout ça."
Je ne vois pas en quoi c'est déprimant de voir une famille nombreuse, sortir de son 806 avec ses autocollants scouts... Je tiens à dire que je sors d'une famille mixte entre catho et athée, sans 806 et autocollant scouts, mais je ne trouve pas ça déprimant. C'est leur choix de vie comme en font d'autres (même si les homosexuels n'ont pas choisi d'être homosexuels...) L'ouverture comme vous dites est juste le respect des choix des autres.

Mais j'aime beaucoup la description faite de ton lieu d'étude ;) et celle de ce catho extrêmiste invité chez moi. AU moins, ma soirée aura lancé le débat!