lundi 10 janvier 2011

Humiliation, consternation, respiration

Je me sens presque obligé d'écrire ce billet, dans une sorte de catharsis. Je n'ai rien contre le principe des examens oraux: on y gagne en spontanéité et j'ai l'élocution plus aisée que l'écriture (mon écriture est illisible et je n'ose quantifier le nombre de points que ça a du me coûter tout au long de ma scolarité). Par contre, je m'insurge quand l'examinateur fait montre d'un comportement qui n'est que mépris teinté d'insulte. J'avais déjà connu à la fac un prof de droit pénal qui m'avait interrogé tout en conversant au téléphone avec une connaissance pour organiser un cocktail dinatoire. Les questions qui avaient suivi mon exposé démontraient alors que son attention ne portait pas sur mes explications mais sur les paroles de son interlocuteur téléphonique. Ce mépris-là n'avait pas été disputé par l'insulte.

Vendredi, le professeur auréolé de sa gloire d'universitaire reconnu et de fils de arrivait en retard, là où il se fendait toujours d'un commentaire sarcastique à l'endroit de n'importe quel étudiant qui se présentait ne serait-ce qu'une minute en retard à son cours. Et le grand carnage a commencé ; des règles simples: poser des questions qui ne portent pas sur le cours, déstabiliser l'étudiant en le reprenant sur chaque mot utilisé un peu improprement, souffler, se lever et marcher dans la salle, laisser la porte ouverte, lever les yeux aux ciel, lui parler comme on le ferait à un enfant de trois ans, refuser de reformuler les questions, etc. Une étudiante, un peu typée méditerranéenne, a eu le bonheur d'être interrogée pendant une vingtaine de minutes sur la HALDE et les discriminations alors que le sujet de l'examen était les collectivités territoriales. L'humiliation prend toutes les formes, même les plus vicieuses, l'imagination est sans limites.

Nous sommes tous ressortis de nos entretiens respectifs livides et hagards ; aussi fallait-il mettre à profit le weekend pour se remettre de nos émotions (sans compter que, dans l'intervalle, la médecine rappelait sa faillibilité en manquant d'ôter la vie à l'être qui m'est le plus cher au monde par une anesthésie mal dosée). C'est en vain que nous nous sommes tournés vers le musée Granet. En dépit d'un Rembrandt stupéfiant, de certains Hyacinthe Rigaud de qualité et de quelques Ingres remarquables, la qualité moyenne du musée est médiocre et les éclairages-plus-artificiel-tu-meurs rajoutent à la consternation.

Hyacinthe Rigaud, Portrait du Président Gaspard de Gueidan en joueur de musette, 1735*

Au registre des bonnes nouvelles, dernière ligne droite dans la rédaction du fameux mémoire (en constatant, avec bonheur, que le transfert des pages d'un interligne à 1.15 à 1.5 me fait gagner un nombre incalculable de feuillets) et achats compulsifs en vue avec les soldes (oui, je sais faire ma superficielle). Ça me changera des livres et des disques. Sinon, il faut prendre les paris... Combien de temps la magnifique orchidée qu'on m'a offerte va-t-elle survivre à mes mauvais soins ? Sachant que j'ai cru pendant plusieurs mois que celle que le locataire précédent avait laissée dans ma chambre à Prague était fausse et que j'en nettoyais consciencieusement les feuilles, que je croyais donc fausses, avec un produit à base de Javel ?!

*: on trouvera un commentaire éclairant de Denis Grenier de ce très beau tableau dans le livret du disque Le Berger Poète paru aux excellentes éditions Alpha. Disque hautement recommandable faisant la part belle aux sonates pour flûte et musette.

10 commentaires:

Bashô a dit…

"en manquant d'ôter la vie à l'être qui m'est le plus cher au monde par une anesthésie mal dosée" J'espère que ton amoureux s'est bien remis de cette bavure médicale. :-/

Quant à tes professeurs, ces mandarins sont hélas un fléau à l'université...

Tambour Major a dit…

Hélas il y a encore quelques c*nn*rds de ce genre à l'université et qui se complaisent à trucider de l'étudiant afin d'éponger une vieille rancoeur fétide. Par bonheur, tout au long de mes études je n'en ai croisé que peu. Certains sévissent toujours dans mon université, dans l'expectative d'une retraite prochaine.

Kynseker a dit…

@ Bashô: mon amoureux ne me tiendra pas rigueur de ne pas être la personne qui m'est la plus chère au monde ;-)

@ TM: nous avons tous conclu que, vu sa prestigieuse ascendance, c'est un grand frustré qui n'a pas fait ce qu'il aurait voulu et qui s'est conformé aux voeux de papa et grand-papa, sans atteindre leur gloire... :-D

Bashô a dit…

Kynseker> Ah toutes mes excuses... ^^; Comment se porte à présent la personne qui t'est la plus chère au monde?

"sans atteindre leur gloire" Ton prof a donc raté soit l'agreg soit le CE?

T.M.> Moi aussi, j'en ai très peu croisé. En fait, il serait difficile d'être un frustré dans le domaine dans lequel j'exerce. En fait, ce sont plutôt les pervers polymorphes qui sévissent. :-D

Kynseker a dit…

Disons que ce cher professeur n'a pas pu, comme son aïeul, participer à la rédaction d'une Constitution :-D

Bashô a dit…

Kynseker> Hum, il a le même prénom qu'un saint venant de Chartres qui fut l'un des plus grands canonistes (et accessoirement l'un des pères de la notion moderne juridique de puissance publique) et son nom commence par L? Si c'est bien lui, il a en effet un nom difficile à porter. Mais pas plus que Debré et Cassin.

J'ai beaucoup d'amis qui sont "fils de" et je peux confirmer que c'est un nom parfois difficile à porter. Ce qui n'excuse pas le côté goujat de ton professeur? La preuve, mes amis "fils de" sont tous adorables. :-)

Kynseker a dit…

Quand nous l'aimions encore, nous lui donnions un surnom qui était le titre du dernier opéra d'Alban Berg, resté inachevé...

Kindgay a dit…

Y a des fois, même si j'ai des partiels de chiottes, où je suis content de ne pas avoir à passer d'entretien oral avec les c*ns qui nous servent de prof ^^

Il y en a en droit, mais il y en a aussi en médecine (et en pharmacie aussi d'ailleurs xD). En fait, ils sont partoouuuuuut!

Cela dit, certains sont très sympas, très bons, (très beaux xD)...

Tambour Major a dit…

@ Kynseker : Vous aviez vu juste. Selon un théorème personnel, caractère odieux d'un prof est proportionnel à son degré de frustration. Frustration qui peut être suscitée par tout un tas de raisons que je ne m'aventurerai pas à lister, marcher dans l'ombre de prédécesseurs illustres sans leur arriver à la cheville peut en faire partie.

Kynseker a dit…

@ KG: nos profs sont rarement bêtes mais parfois de grands frustrés !

@ TM: ravi de voir que notre hypothèse peut se trouver vérifiée par ta propre expérience :-)