mercredi 5 janvier 2011

C'est moi le roi !

S'il est une tradition que j'apprécie, c'est celle des gâteaux des rois. Un peu plus chaque année, puisque ma jeunesse s'étiole et que je suis de moins en moins contraint de passer sous la table pour être la voix innocente de la répartition des parts. Première frangipane (excellente, ce qui est bien rare) et première fève ! Pas peu fier de ma couronne, j'ai choisi mon Prince (en même temps, nous n'étions que deux à la manger cette galette !).

Maintenant, il s'agit de déterminer de quelle seigneurie je suis le roi. Des achats immodérés de livres que je n'ai même pas le temps de lire, sans aucun doute. Aujourd'hui encore je suis passé dans ma librairie préférée (dans une autre vie, j'aurais adoré être libraire) pour acheter un livre de poche qui romance la vie de Nicolas de Staël (qui n'est pas un peintre baroque, dois-je le rappeler) et l'un dans l'autre, mon regard trainant ici ou là, je suis reparti avec 5 livres. Courir d'Echenoz raconte ainsi la vie du meilleur coureur tchèque ; j'avais entamé la lecture dans la salle d'attente d'un médecin dans le revue Lire. Même si je n'avais pas été emballé plus que ça par le style, je veux connaître la fin et ces douces évocations de Praha ou de Brno me rappellent le bon vieux temps. Surtout en ces périodes d'examens où je regrette âprement mes journées passées sous la couette de l'année dernière.

J'expédie la fin de ce billet que je voulais plus long pour aller trouver un peu de sommeil réparateur avant quelques vilains oraux dont l'immuable déroulement me fait penser aux sonates italiennes endiablées où l'interprète joue avec les limites de son instrument et le précipice de la fausse note. Je pense surtout à une sonate du Signor Detri dont le presto central est une vraie torture jouissive, impossible à réussir totalement. On est forcé de dé-timbrer, de faire craquer des notes, de faire des attaques bancales, de tricher sur les articulations. L'enregistrement que je vous propose est presque parfait mais la flûtiste qui réussit tout en studio n'en fait pas de même en live et, en un sens, c'est rassurant puisque moi non plus ! D'ailleurs, je n'ai jamais trouvé d'enregistrement live de cette sonate qui réussisse le passage 40-42" qui, à l'écoute, n'a l'air de rien. En réalité, c'est un terrible enchaînement de sol grave (durs à faire sortir dans un mouvement rapide) et de ré bémol aigu (qui sont également des notes bancales sur la flûte, qu'il faut peu souffler) qui, combinés, sont infaisables sauf avec une excellente flûte et des dizaines de prises en studio. Voilà, c'était l'explication technique du jour !


10 commentaires:

Eric a dit…

Ravissante et rafraîchissante pièce de flûte baroque (même si le baroque n'est pas trop ma tasse de thé...
Sans doute une des raisons pour lesquelles j'aime Nicolas de Staël).
Nous vivons sous la même féodalité semble-t-il. Alors bonnes lectures, entre autres bonnes choses.

Tambour Major a dit…

Virtuose à souhait, une très belle richesse harmonique, endiablé comme il faut, que du bonheur ! J'imagine que le diaphragme doit en prendre pour son grade.

Al West a dit…

Ton histoire de galette me rappelle le vent que je me suis pris par ma peste de nièce (7 ans) qui, dimanche, alors que je lui demandais d'être ma reine, m'a poliment répondu "c'est très gentil mais non merci".
M'en fous, elle finira vieille fille (je ne lui ai pas prédit car sa mère était là, mais je le lui rappellerai bien, tiens !).

C'est de la poésie pure de lire tes descriptions musicales.

Florent a dit…

Le roi est mort, vive le roi !

Bashô a dit…

Il y a quelque chose que je ne comprends pas. Ce morceau a été composé à l'époque baroque, on devait donc pouvoir le jouer correctement sans l'aide de la technologie moderne, non?

Kynseker a dit…

@ TM: pas tant que ça, les lignes ne sont pas longues et on peut souvent respirer.

@ Al West: moi, on m'a toujours dit que je finirai vieux garçon. Je m'emploie chaque jour à faire mentir cette prédiction !

@ Bashô: certes, certes... Mais cette sonate a été trouvée récemment, éditée par un obscur éditeur allemand et rien ne dit qu'elle soit expressément pour flûte à bec. Et rappelons qu'à l'époque, l'opéra ne s'écoutait pas vraiment, on papotait dans la salle. Les sonates pour flûte étaient souvent des intermèdes ou des trucs de rue sans grande importance. Quelques notes craquées ici ou là, qui s'en souciait ?

S./G.C a dit…

Je sais bien, moi, que vous êtes... royal !

Anonyme a dit…

Vive la reine !
Heu ... le Roi !
(j'avais pas vu la petite moustache sous la fraise)
Bah quoi ? Y a aussi des reines poilues, non ?

Bashô a dit…

Kynseker> Tiens ça me fait penser au skakuhachi qui est réputé pour sa grande richesse tonale. L'aas-tu déjà entendu jouer?

Kynseker a dit…

Je connais davantage le duduk. Instrument pour lequel, dans le cadre d'un pacte avec le diable, je serais prêt à troquer mes savoirs flutistiques pour savoir en jouer.

Mais pour le skakuhachi, je crois bien qu'un prêtre, en remerciement de l'animation musicale d'une messe de Noël, m'avait offert une cassette audio !