vendredi 24 décembre 2010

Veille nocturne

En fouillant un peu dans des tiroirs, j'ai retrouvé ce jour des vieilles cartes téléphoniques. Une joie d'enfant qui était celle de collectionner les plus originales, les plus rares. Certaines étaient, en effet, tirées à un très petit nombre d'exemplaires et la rareté suscite toujours l'envie. Je m'en souviens d'une qui représentait l'affiche d'un film d'Almovodar, d'autres étaient plus quelconques. La vraie richesse, c'était la carte 120 unités au tirage de moins de 5000 exemplaires. Mais je crois qu'aujourd'hui, la vraie richesse c'est de continuer à collectionner les cartes de téléphone.

Sinon, il paraît que c'est Noël. Le plan de table est établi selon les préceptes appris aux réceptions de l'ambassadeur, les cadeaux sont savamment disposés sous le sapin et la magie est censée opérer toute seule. Magie de la famille qui chasse la déprime intimement liée à cette saison (pour avoir fait un travail de recherche jadis au lycée sur le suicide, les statistiques sont éloquentes: méfiez-vous des soirées d'hiver de décembre, elles tuent) ; mais dans vingt ou trente ans, quelle famille ?



mardi 21 décembre 2010

Rendez-vous

Ni rendez-vous galant avorté, ni le film de Téchiné (que devient Wadeck Stanczak, d'ailleurs ?). Voici l'histoire: avant de m'expatrier à Prague, en septembre 2009, j'avais lu dans l'Obs une critique de Jérôme Garcin, me semble-t-il, d'un livre qui paraissait crépusculaire. La critique était bonne, le thème (suicide et mal de vivre) avait tout pour me plaire. Mais je ne suis pas parvenu avant mon départ à me procurer ce livre, de José Alvarez, intitulé Anna la nuit.

Curieusement, il n'est revenu à mon bon souvenir qu'en janvier 2010 ; lors de ces longues vacances hivernales où j'ai eu le loisir d'écumer toutes les pages Internet du Bibliobs pour retrouver ladite critique. J'avais, en effet, oublié et le titre et l'auteur. Fort de ces retrouvailles, je me suis dès cette date mis en quête de l'objet et j'étais alors ravi d'apprendre que l'Institut Français de Prague l'avait en sa possession. Hélas, je ne l'ai jamais trouvé dans les rayonnages. Je suis allé pendant six mois, à chaque visite, à la lettre A du rayon romans et je ne l'ai jamais vu. Bêtement, et un peu par défi ou superstition, je n'ai jamais questionné la documentaliste sur cette absence. Anna la nuit s'était évanouie dans son brouillard.

Ne reculant devant rien, je marquai la page Amazon de l'ouvrage, sans but précis puisque je ne la consultais jamais. Secrètement, j'espérais que le livre sorte en poche, sans espoir puisqu'il doit probablement faire partie de ces mauvaises ventes qui n'atteignent que tardivement le seuil critique qui autorise le passage en poche. Et puis, il y a quinze jours, en cliquant maladroitement sur mon marque-page, j'ai vu le livre en occasion à 3€ comme neuf, port compris. Ni une ni deux, c'est ici que s'achevait ma longue quête.

Et hier soir, je prenais le livre entre mes mains, sa couverture jaune encore raidie, la tête chauve de l'auteur sur le bandeau, la tranche grisâtre. Un peu plus de 200 pages, c'est lu en une soirée. Les pages s'égrènent, je fais connaissance avec les personnages. Un narrateur apparemment bisexuel (si j'ai bien compris) dont on ne saura jamais de quoi il vit mais probablement très riche puisqu'il passe son temps à voyager (Alvarez a eu le bon goût de ne choisir que des lieux que je connais ou que j'apprécie), une femme dépressive pour des raisons mystérieuses, des maîtresses et des amants pervers ou louches, des amis improbables (Helmut Newton, rien que ça), etc. Le style est un peu baroque mais a une touche incisive que j'ai su aimer. Ma rencontre improbable avec Anna a donc enfin eu lieu, je l'attendais tellement.

Et ce qui devait arriver, n'a pas manqué d'arriver: ce livre est une grosse daube. Il accumule tous les tics d'une écriture contemporaine faussement décadente et perverse, avec ce qu'il faut d'homosexualité (je n'étais pas venu pour ça, pour une fois), de maniaqueries psychotiques, de névrosées poudrées à la cocaïne... Absolument risible de bout en bout et mal construit. Les premiers chapitres, qui précèdent un long flashback mal agencé, sont d'un intérêt limité et ne doivent leur existence qu'à la volonté de l'auteur de décrire une tempête, une Porsche (ou une Jaguar, j'ai déjà oublié) et un mari soumis mais qui, ô comble de virilité, finit par s'émanciper de sa vilaine femme (et j'ai toujours pas pigé si le narrateur avait couché ou non avec ce mari soumis). La crédibilité temporelle relève du néant, tout comme la crédibilité matérielle de l'action. Le summum de la crétinerie est atteint dans les derniers chapitres où le narrateur et sa femme déprimée, en villégiature (toute façon, ils sont tout le temps en villégiature) à la montagne, papotent avec Maria Callas qui perce en un coup d'œil les raisons du mal être de madame et lui souhaite de ne pas finir comme elle, avec sa voix usée et ses amours ratées. Consternant. 3€, c'était presque trop.

lundi 20 décembre 2010

J'erre en ce monde comme une prostituée dans une ville sans trottoirs*

* aucune idée de titre, Emil Cioran est alors toujours d'un grand secours. Cet aphorisme en particulier parce que je l'ai joyeusement recasé dans une dissertation de Culture Générale, histoire de réveiller le correcteur au milieu d'un flot d'inepties. Et franchement, à le relire et en connaissant le sujet, je me demande vraiment à quoi je l'ai relié ?!

J'ai achevé la semaine dernière, absolument dantesque, à grand-peine. Éreinté, j'ai fini par en voir le bout. Entre les examens, les sujets mirifiques, les heures passées entre brouillons multicolores et copies couvertes de pattes de mouche, ma faible constitution était déjà malmenée. S'ensuivit un long et beau mariage. Mais j'étais bien trop esseulé pour en profiter comme il aurait fallu ; enfin, j'ai quand même toujours autant de plaisir à discuter avec celui qui fut un de mes profs de lycée, cousin de la mariée. Quand je le vois joyeusement alcoolisé ou complètement déchainé sur une piste de danse, je me dis que des amis paieraient très cher pour voir ça, eux qui ne le connaissent que ponctuel et sévère.

Ceci étant, je crois que le bonheur des autres me déprime, en l'occurrence ce qui est censé être le plus beau jour d'une vie. Pas parce que le mariage m'est interdit (et si un jour il m'est permis, je ferais ça, à condition de trouver un mari, alla tchèque: 25 personnes pas plus et surtout pas la famille !) mais parce qu'il me renvoie à mes propres incapacités. Je me demande bien ce qu'est le plus beau jour d'une vie, si tant est qu'il y en ait un ; le jour où j'ai fait l'amour pour la première fois ? Celui où j'ai réussi pour la première fois un concours ? Le jour où je deviendrai Garde des Sceaux ? Curieusement, à choisir le plus beau jour d'une vie, je prends une journée presque banale ; celle qui me vient toujours spontanément à l'esprit est celle passée à Dresde en janvier dernier. Mon émerveillement, risible aux yeux des amis qui m'accompagnaient, devant la Frauenkirche. La vue de cette église m'a procuré beaucoup plus d'émotions et de souvenirs que celle des pyramides du Caire. Allez savoir pourquoi...

Je dérive, je dérive... Après une très courte nuit suivant ce mariage, je suis reparti en voiture de nuit et sous la pluie (trois éléments qui concourent à ma bonne humeur) vers des horizons provençaux. Définitivement, il n'y a que Michel Berger que je supporte en voiture (et les études de Chopin). Musique au conservatoire en ce dimanche et j'ai fait connaissance avec de nouveaux compagnons de chambre. Ils ont tout de suite été fixés sur ma petite personne: ces jeunes filles en fleur, flutistes émérites, ce bon bassoniste rêveur, l'hautboïste caractérielle, m'ont vu joliment débarquer avec ma chemise rose (encore une que je vais devoir repasser moi-même, à cause du veto maternel), ma tête peinturlurée pour cacher le stress et la fatigue de cette semaine, mes jambes trop croisées et mes blagues intello-subversives. Mes amis concertistes ont achevé de cerner leur nouveau compagnon de musique quand ma très chère professeur de flûte a lâché un: "alors, ce mouvement, mon petit Kynseker, il faut le jouer romantique, tendre et, euh, disons, féminin. En le disant, c'est tout à fait toi, ça, romantique et... fémi... tendre, je suis sûr que tu es un tendre, non... ?". Cette année, c'est concerti da camera di Antonio Vivaldi. Je suis ravi, musique jouissive et directe qui m'a toujours beaucoup touché. J'ai des disques de Vivaldi par centaines, fou que je suis. On a enfin fini de monter une sonate qui aura demandé beaucoup de travail à tout le monde: une sonate pour flûte à bec et basson & basse continue. Une tuerie inter-galactique qui envoie du pâté ! Écoutez plutôt le second mouvement, allegro:


dimanche 12 décembre 2010

Traumatismes d'enfance

J'ai toujours eu un gros complexe de cour de récré. Il ne se passait pas une année sans qu'il revienne. Il portait et porte toujours le doux nom des "Aristochats". Moi, petit garçon propret et plutôt bien élevé, je n'ai jamais vu ces maudits Aristochats. On ne voyait pas de Disney à la maison, on n'achetait pas de cassettes VHS, on se contentait d'enregistrer des films intéressants, quand ils passaient à la télé. Je me souviens qu'on avait seulement le droit de regarder les cartoons de Canal + après le repas, je devais avoir sept ou huit ans. Alors, quand mes petits camarades, des étoiles dans les yeux, de la véhémence dans la voix, se refaisaient le dessin animé en actions enfantines, j'étais à part, frustré. Mon charisme naturel et mon leadership intrinsèque (hu hu hu) faisaient toutefois que je parvenais vite à renverser le cours des choses et à faire basculer nos amusements enfantins vers un autre sujet. Mais n'empêche que je suis resté complexé à cause de ce foutu dessin animé.

J'avais deux bons amis. Un doux rêveur, irrémédiablement perdu pour la rationalité. Je fais une petite parenthèse: je ne sais pas du tout ce qu'il est devenu, il est parti un jour de notre école, dans des conditions aussi troubles que celles dans lesquelles je l'avais connu. J'ai appris, plus tard, dans une interprétation toujours sans fard et sans jugement qui caractérise la vindicte maternelle, que ses parents étaient divorcés (c'était pas si fréquent encore). Son père, très grand, musclé, et à la démarche chaloupée mais virile, portait une boucle d'oreille à l'oreille droite. Ce qui ne cessait pas de m'intriguer, ce devait être le premier homme que je voyais avec une boucle d'oreille. Donc, en gros, un homosexuel qui s'était marié pour se faire un enfant et qui a ensuite divorcé. Je crois l'interprétation plausible. J'en reviens à mes moutons: mon autre ami était plus directif, très ancré dans les choses réelles. Toujours est-il qu'un jour nous décidâmes de mettre en place un jeu cruel dont seuls les enfants ont le secret: exclure de notre trio l'un de nous chaque semaine, de sorte qu'il lui soit interdit de jouer avec les deux autres et de leur parler. J'ai dû cautionner le jeu, au début, parce que je n'étais pas la première victime. Ensuite, quand cela a été mon tour... Un torrent de larmes plus tard, j'étais dispensé. Faiblesse juvénile.

Mais n'allez pas croire que j'étais toujours un dégonflé. Alors que je me désintéressais prodigieusement du foot et que je préférais aller batifoler dans les herbes et ramasser des feuilles de chêne (et j'entretiens toujours une passion farouche pour ces arbres), je fus une fois le héros du jour de l'équipe hasardeuse formée en cours de sport. Comme tous les réfractaires, j'optais en ce temps-là pour le poste de gardien. Il est toujours facile d'accuser la défense de ne pas avoir su protéger le but. D'autant que moi, quand une balle me fonce dessus, je m'écarte et je ne cherche pas à l'arrêter. Mais ce jour-là, malgré toute ma mauvaise volonté, je parvins à arrêter le ballon plus ou moins avec ma tête, ce qui me fit voir trente six chandelles, me valut une bonne tape dans le dos de la part du prof fier de ma prestation, ce qui finit de m'achever et me fit prestement m'écrouler. Peu importe, j'avais sauvé la partie, on avait gagné. C'était bon le temps, ce n'était pas encore l'enfer des cours de sport du collège...

vendredi 10 décembre 2010

Les pensées philo du jour

Entendue à 17h36, dans la rue, celle-ci: "le bonheur, c'est pas une fin en soi ; c'est juste une passion de l'homme moderne". Dite par une anonyme, méchue, manteau rouge vermillon.

Lue à 10h11, dans un train en panne (la SNCF m'aime, je l'ai toujours su), cette autre: "au cours de sa vie, l'individu ne se contente pas d'agir, de parler, de penser ou de rêver -non, il garde le silence sur ce qu'il est, sur ce qu'il est le seul à savoir et qu'il est impossible de communiquer à autrui. Pourtant, il sait bien que l'objet de ce silence est la vérité même. C'est toujours sur nous-mêmes que nous nous taisons". Ecrite par Sandor Marai.

Je ne crains que l'anonyme reste anonyme et que Sandor Marai conserve ses titres de gloire. Je ne résiste pas à l'envie de partager la suite de cette citation: "Mais pourquoi un tel silence ? Dans l'un de ses livres (datant d'une époque où il n'était pas encore l'Ecrivain de la Cour gaullienne, un parvenu se faisant appeler Excellence), Malraux dit que l'homme se croit, tout au long de sa vie, dépositaire d'un Grand Secret. C'est là une erreur: l'homme est le réceptacle de misérables petits secrets qu'il s'obstine à ne pas révéler".

Dans son exil triste, qui s'achève par le suicide, notre écrivain hongrois a su trouver des mots très aimables à l'égard de notre premier Ministre de la Culture ! Reste que ses Mémoires de Hongrie sont un peu décevantes ; Stefan Zweig et Marai, deux phénomènes de mode de la fin du XXe, modes que je suis allégrement, un certain talent, un exil dans les deux cas et un suicide dans les deux cas. C'est ce qu'on appelle un destin, non ?

mercredi 8 décembre 2010

Quand les révisions montent à la tête

Quelques uns de mes amis seraient contents de lire ces lignes (et le premier d'entre eux, celui qui partage -parfois, sûrement trop peu au vu des conventions amoureuses traditionnelles- mes nuits) car voilà, c'est un fait: la réforme constitutionnelle de 2008 voulue par notre bienaimé Président est quand même une œuvre forte, une belle réalisation à mettre à son crédit. Alors, le traître politique, ministre de la culture des grandes heures mitterrandiennes, a bien fait de la voter cette réforme. N'empêche aussi que l'opposition de gauche sait se montrer idiote et partisane plus que de raison. Et c'est regrettable.

Je ne dis pas qu'il n'y a pas un peu de poudre aux yeux dans cette réforme (on confie pleins de contre-pouvoirs à des personnes qui sont en fait nommées par le Président lui-même, c'est risible) mais elle est vraiment ce qu'elle prétend être: un changement dans le bon sens. Je sais bien que la gauche, sans Sénat, ne peut pas mener de réforme constitutionnelle (sauf à passer par le référendum, ce qui n'est pas une mince affaire ; et je ne crois pas, pour ma part, aux vertus de l'appel au peuple. On voit ce que ça a donné pour la Constitution Européenne ; on l'attend encore le fameux "plan B" tant vanté par les nonistes) mais quand même, Lui au moins l'a faite. Grosso modo, je reste toujours aussi émerveillé devant la Question Prioritaire de Constitutionnalité et je me range petit à petit dans le camp de ceux qui veulent un maintien de la Ve République alors qu'il y a encore quelques années, je me serais damné pour une VIe République. Tout ça pour dire que c'est cette réforme que je retiendrai du premier quinquennat (ouais, je mise sur un second) de l'homme protégé contre le lancé intempestif (cf., pour comprendre la mauvaise blague de juriste, l'arrêt CE 1995 Commune de Morsang-sur-Orge).

De celui de son prédécesseur, j'ai toujours retenu la fin du service militaire -même des trois jours-. Une bénédiction, me semble-t-il. Même la journée d'appel à la défense m'a paru interminable. Des vidéos de propagande pour l'arme nucléaire, des tests idiots visant à repérer les attardés et à leur faire signer vite fait quelques papiers pour un engagement futur. Je me souviens du mauvais steak haché (je déteste ça, les steaks hachés, tout comme la viande rouge d'ailleurs) et des mauvaises frites. Je me souviens de mon voisin de table, en face, qui voulant découper avec force son steak avait fait valser toutes ses frites en dehors de son assiette. Du rire contenu que nous avions eu et du rire gargantuesque qu'on avait déployé à la sortie de cette maudite cantine.

De la cohabitation, je garde une idée de calme et d'insouciance. L'étreinte du travail familial desserrée, des vacances à la montagne (jamais au ski, hélas), l'arrivée d'Internet... Puis je me souviens de cet écrasement sécuritaire, de la peur qui m'étreignais quand je rentrais seul en bus du collège, quand la nuit était noire, quand les phares de certains véhicules étaient encore jaunes, quand j'étais un petit garçon frêle et fébrile.

Toute façon, c'est pas parce que je perds mes cheveux, que j'étudie des choses de grandes personnes que je ne suis plus un petit garçon frêle et fébrile. C'est juste que, maintenant, quand je ne me contrôle pas je parle comme dans les livres du XIXe et que je vacille d'émotion à l'écoute d'une tragédie lyrique.

vendredi 3 décembre 2010

Sans compl(s)exe

Cette vidéo doit déjà être connue dans le milieu (mais lequel ?!), pourtant je l'ai découverte il y a peu. Pourquoi de telles productions scéniques ne sont-elles pas données dans mes contrées ? Avec une telle qualité artistique, euh à tout le moins plastique, j'irais plus souvent à l'opéra ! Voilà, coupez le son et regardez notre beau chanteur vous faire l'offrande de sa plus simple nature...



Par contre, c'est un fait: il chante comme une casserole !