mardi 30 novembre 2010

Instrument(s) de torture

La sonate en la mineur du billet précédent est une œuvre qui a marqué tout mon parcours musical et toutes ses étapes importantes. Je l'ai tellement jouée et écoutée que j'avais fini par la délaisser. La perspective de peut-être la rejouer à un mariage a rappelé à mon bon souvenir un de ces moments clés où je l'ai interprétée.

Je veux parler de la mémorable, de la majestueuse, de la merveilleuse, de la très sérieuse épreuve de musique du baccalauréat. Inscrit en candidat libre, j'ai, à l'époque, tranquillement préparé les deux parties de l'épreuve dans mon coin. D'abord il fallait commenter les œuvres inscrites au programme, ensuite interpréter un morceau de son choix.

Le jour J, je me suis présenté à l'heure convenue ; on m'a attribué un jury et j'ai patiemment patienté sous les pins de ce lycée qui n'était pas le mien. Deux ou trois heures plus tard, mon tour était venu. J'ai pénétré dans la salle qui, dans mon souvenir, est très obscure, petite mais fraîche. J'ai décliné mon identité, posément. C'est à ce moment-là que l'une des deux examinatrices m'a demandé de quel instrument je jouais. Je répondis tout aussi calmement "de la flûte à bec". Gros soupir de mon interlocutrice puis ces mots "ah ?! Bon... Dans ce cas... On va faire une pause, hein, je vais aux toilettes". Un peu décontenancé par tant de mépris larvé, je me tourne alors devant l'autre examinatrice qui devant mon air dépité me dit "oui, bon, hein, moi, je vais fumer une clope".

Une vingtaine de minutes plus tard (j'ai si longuement attendu que j'ai presque cru qu'elles m'avaient oublié), elles étaient de retour. L'épreuve théorique se déroule sans anicroche si ce n'est cette question et cette réponse mémorable: "comment se nomme le motif rythmique qui se répète tout le long du morceau ?". Moi, très sûr: "un ostinato" et j'explique les bases de ce principe. Air interloqué de mon interlocutrice: "non pas du tout. Cela s'appelle un rythme répété". J'ai du me retenir de ne pas pouffer de rire, m'enfin, c'était le jury, fallait rester sérieux.

Ensuite, épreuve pratique. Je commence à contextualiser la sonate que j'ai choisie (l'œuvre retenue devait avoir un rapport avec les morceaux de l'écoute imposée) quand je suis vite coupé par ma clopeuse qui me dit "oui, bon, c'est de la flûte à bec, quoi". Très probablement persuadées que j'avais vaguement appris à en jouer au collège et que je pensais grappiller quelques points avec cette épreuve facultative ou seuls comptaient les points au-dessus de la moyenne, je faisais très mauvaise impression.

Sans me démonter, je lui ai tendu le disque d'accompagnement que j'avais concocté en MAO. L'une des deux pris quand même la peine de régler le volume et je jouai le premier et le dernier mouvement. Et je dois bien avouer que j'ai rarement aussi bien joué cette sonate. Une fois ma petite récréation terminée, quelques longues secondes de silence.

Et mes deux examinatrices de se répandre en excuses pendant 5 bonnes minutes et de me dresser des couronnes de laurier, de m'enjoindre à continuer la musique, la musique baroque, d'en faire mon métier, etc. Totalement surpris par ce revirement de situation, je n'en étais pas peu fier. Une fois mes petites affaires rangées, et alors que je m'apprêtais à partir, dans un dernier au-revoir, l'une des examinatrices de me redire à nouveau "merci de nous avoir fait terminé notre journée aussi agréablement après avoir supporté un horrible violoncelle, des mauvais pianistes et une terrible clarinette".

Et, en juin, sur mon relevé de notes du baccalauréat, je découvris un 20/20. Heureux.

vendredi 26 novembre 2010

Sonate en la mineur


Je suis dans le couloir du château, assis sur une chaise bancale en face de la salle « Fauré ». J’attends, anxieusement, que la porte s’ouvre et de faire connaissance avec ma nouvelle professeur de flûte. J’ai 13 ans.

L’élève précédent sort enfin. Une jeune femme m’accueille d’une voix douce et tendre. Je m’installe et invité par elle, je montre un peu ce que je sais déjà faire. Manifestement beaucoup plus que ce à quoi elle s’attendait de la part d’un brave collégien.

Première partition aux tons bleutés, couleur layette. Désuet, comme ce que j’imaginais. Cette ambiance crépusculaire, dans cette pièce au plafond vouté trop haut et à la moquette poussiéreuse, me ravit.

Les semaines suivantes, les cours se suivent et ne se ressemblent pas. J’apprends énormément et je découvre plein de nouvelles choses. Sans réellement travailler, puisque j’y prends beaucoup de plaisir, je progresse très rapidement. A la fin de l’année, je présente l’examen de 4ème année, directement.

C’est que au cours de l’année, j’ai eu l’outrecuidance de sortir de ma sacoche les sonates de Handel (bible des flûtistes à bec) sous l’œil amusé et attendri de ma prof. Mon bulletin d’évaluation annuel sera gratifié du commentaire suivant : « élève TRES ambitieux ».

S’écoulent ainsi 4 années qui me permettront de décrocher mon diplôme. Toujours entre vouvoiement et complicité, j’abats tout le répertoire de la flûte à bec, tout en snobant la musique contemporaine, que je méprise au plus haut point (j’ai à peine évolué sur cette question).

Un peu frondeur, remettant sans cesse en cause les décisions professorales, je m’amuse et je joue un peu comme je l’entends. Ma professeur en prend son parti, mi amusée mi inquiète. Je grandis mais je ne m’assagis pas, bien au contraire.

Elle me couvera toujours de son regard maternel ; mes premiers poils de barbe ne l’impressionneront pas, pas plus en tout cas que ma haute taille. Quand harassé par les semaines de travail intense de la classe préparatoire, je me montre grognon et mal appliqué, elle reste d’une patience angélique.

Devant mon dédain d’adolescent trop sûr de lui qui fait la moue à la vue de musique renaissance, elle n’affecte aucune crispation et aucune vexation. Elle sait que je viens toutes les semaines, en toute amitié. Elle sait que le savoir qu’elle m’a transmis est précieux et me porte vers le bonheur.

Mais après six années de collaboration, je romps le contrat. Je pars faire mes études ailleurs. Je la sens triste quand je lui fais part de mon hésitation entre Strasbourg et Aix. J’étais depuis si longtemps son dernier cours de la semaine, dans la nuit du vendredi soir, et avec le temps, son meilleur élève. Sur le ton de la confidence, elle glisse que ce bonheur professoral lui manquera. Elle riait de mes réflexions spontanées et j’aimais la surprendre, l’air de rien. Elle jouait le jeu.

Elle a eu la joie de faire de moi un musicien accompli et passionné, là où mon professeur de trompette avait échoué. Lequel professeur avait du faire son mea culpa, dans une effusion émotionnelle que je ne lui avais jamais connue, après un concert que j’avais donné avec ma professeur. J’adorais donner des concerts avec elle, même si je lui donnais des sueurs froides tant j’étais imprévisible. Une fois, complètement déchainé (et c’est bien la seule fois où l’énervement m’a fait accomplir des prodiges), je jouais comme une furie une sonate italienne impétueuse, ce qui me valut les rappels de la salle. Toute la fierté était pour moi.

L’année suivant mon départ, j’étais repassé la voir à l’improviste. La surprendre, toujours. J’avais évoqué Prague et mon prochain départ, entre excitation et angoisse. Je n’avais pas tant changé, se disait-elle.

A mon retour de Prague, je n’avais pas pu trouver le temps de passer à nouveau. La semaine dernière, je lui ai envoyé un mail pour lui signifier mon envie de prendre des nouvelles en chair et en os. Dimanche, j’interrompais ma professeur de flûte aixoise avec qui je jouais des bêtises. Une envie subite de rejouer une sonate que j’avais jadis travaillée avec mon ancienne professeur.

Le lendemain, j’apprenais qu’alors que j’avais eu cette envie fugace, mon ancienne professeur s’éteignait, terrassée par un cancer. J’ai 22 ans et j’espère atteindre la quarantaine qu’elle n’a pas connue.

jeudi 25 novembre 2010

Télégramme

1) C'est l'hiver. Mais même par 35° à l'ombre ma directrice de mémoire serait glaciale et réfrigérante.

2) Potiche. Ozon revient à son meilleur après quelques menus égarements. Rythmé, incisif, soigné, chansonnier, acteurs au top. La bonne humeur retrouvée !

3) Intenable. C'est moi ! Dopé aux vitamines, je suis absolument ingérable. Déconneur, sarcastique, tout le monde y passe. En face, regard torve et supplique "je n'arrive plus à suivre"...

4) Le summum. (De l'horreur culinaire). Atteint quand je me suis pris à cuisiner du chou. Il était beau et blanc ce gros chou au supermarché. Il m'a fait les yeux doux ; je l'ai massacré.

5) Amsterdam. Je suis censé y fêter le Nouvel An. Mais pour l'instant, à moins de dormir sous les ponts, pas d'hébergement prévu. Et je ne suis pas inquiet. Les vitamines, ça.

6) Paris. En revanche, je sais que je prends le train pour y aller. Et que je serai la veille à Paris. Une bonne âme pour occuper (de toutes les manières possibles) ma soirée du 28 décembre ?

7) Europe. Jubilation de remporter l'enchère intitulée "Revue Europe, 1974, Le roman-feuilleton, papier jauni par le temps mais pas de manques". Si on m'avait dit...

8) Princesse. (Ma mère ou C.). Non, de Montpensier. Demi-succès. Un nom: Raphaël Personnaz. Je vais essayer le crayon noir sous les yeux. Trop hype.

9) Momie. On a connu Théophile Gautier plus inspiré que dans ce Roman de la. Un tiers du livre est composé de descriptions répétitives de palais pharaoniques et de vêtements princiers. How interesting !

10) Culture. Générale: "Quand on écrit, c'est qu'on veut sublimer un manque" + "Hegel: la jouissance de regarder l'art est narcissique" = ma vie s'éclaire entre frustration et narcissisme, sans surprise...

lundi 22 novembre 2010

La Mala Educación

Étant petit, j'étais plutôt dégourdi. Mais parfois maladroit... Aussi, avais-je pour spécialité de renverser les pots à eau ou, plus modestement, les verres. C'est ainsi qu'un jour où j'invitais un ami collégien à la maison, lors du repas, je renversai mon verre et inondai, comme il se doit, la table.

Je me levai tranquillement, sous le regard résigné de ma mère, et j'attrapai une éponge pour effacer les traces de ma gaucherie (ça me fait penser qu'il faudra que j'écrive un billet sur le fait d'être gaucher dans un monde de droitiers).

Quand j'eus fini d'éponger, je me rassis. C'est à ce moment que mon ami collégien, dans toute sa surprise et sa spontanéité, me demanda, sous le regard maternel cette fois-ci interloqué: "mais ta mère ne te frappe pas ?"

Il semblait qu'entre nos deux familles, la façon de concevoir l'éducation des enfants différait quelque peu ! J'eus l'occasion à plusieurs reprises de le constater par moi-même en étant invité chez lui et j'en concevais une certaine reconnaissance envers mes parents. Quand j'appris, il y a quelques mois, que s'étant révélé membre de la confrérie des amitiés particulières, ses parents l'avaient mis à la porte, je n'ai pas été surpris mais j'en ai conçu du dépit. Quelle bêtise ! Quant à moi, quand je fis cette même révélation à mes parents, ils ne m'ont toujours pas frappé. Bienheureux que je suis !

dimanche 21 novembre 2010

20h16, un dimanche soir

A la sortie de chez Paul, devant ma pharmacie préférée. Une première fois. La première fois que je vois quelqu'un utiliser un distributeur de préservatifs. Manifestement je n'étais pas le seul. Le pauvre homme qui introduisait ses pièces dans l'appareil attirait tous les regards. Tous les passants, le sourire jusqu'aux oreilles, se retournaient pour voir s'ils n'avaient pas rêver. Non, il était bien là: 2€ pour un bon moment.

Les autres nouvelles du jour: musique au conservatoire. Sans joie et sans peine. Je crois que je passe de plus en plus pour le mec inconstant et ennuyé, vaguement au courant de ce qu'il fait. Je n'aime pas ça. La musique de chambre a bien des avantages mais je ne supporte pas les pertes de temps inhérentes à sa pratique. Les violes de gambe qui s'accordent en permanence, le claveciniste qui cherche ses accords, les chanteurs leurs notes. Le blabla du professeur au sujet de la traduction et du style. Jouer, je veux jouer. Je joue une fois par mois, pas le temps sinon.

La musique sort peu à peu de ma vie. Je n'aime pas ça. Elle m'a tenu en vie durant des années. Refuge oublié, je l'abandonne. Je vais trop bien pour penser à elle. Alors en cours individuel, j'ai fait un caprice. Ma spécialité, les caprices. Rejouer le répertoire. Déchiffré, appris, joué il y a des années. Le rejouer, arrêter de se perdre dans les œuvres périphériques. Retrouver la grâce des débuts innocents: échec, le frisson n'est plus là. La technique est encore là. Pour combien de temps ? Le souffle, l'originalité de mon jeu qui amuse autant qu'elle déconcerte, aussi. Peur de s'assagir, de devenir scolaire et transparent.

Finalement, on me promet des expériences: "j'ai bien compris comment tu marches, toi, je sais que tu aimes faire des expériences, toujours faire des découvertes". Mais le frisson reviendra-t-il ?

jeudi 18 novembre 2010

Mais à quoi sert ce blog ?

Fondamentalement, à rien. Et c'est ça que j'aime, justement. Mais le petit débat qui anime le microcosme du blog tendance garçons sensibles sur les finalités et les contenus et une conversation nocturne avec des amies blogueuses m'ont amené à m'interroger à mon tour. Une fois n'est pas coutume, je me sens moins tourmenté que mes congénères blogueurs.

Vous êtes accrochés aux stats, vous les couvez d'un regard inquiet, avec un fameux décryptage à tous les niveaux. Je crois bien avoir installé un outil statistique sur ce blog mais je ne l'ai pas consulté depuis juin dernier, me semble-t-il. Ce blog se laisse vivre, les herbes folles poussent aux abords, mais il y a toujours quelques mercenaires qui finissent par s'échouer dans ses pages et ça suffit à mon contentement. Sans besoin de savoir si il y a une majorité silencieuse ou inexistante.

Par le passé, j'ai créé quatre sites web, aujourd'hui tombés en désuétude ; le web 2.0 leur ayant été fatal. Ce blog aurait pu subir le même sort car son objet premier s'est éloigné dans le temps et l'espace: sa raison d'être initiale a disparu. Mais quand je l'ai créé, je voulais voir aussi si j'étais capable de me livrer à l'exercice, si c'était plaisant ou aliénant.

En voyant la fin de l'aventure arriver, j'ai été pris de pitié et je n'ai pas voulu que ce blog rejoigne le cimetière ou l'orphelinat. J'ai continué à l'alimenter, un peu sous perfusion, mais je goûte le plaisir d'avoir un espace où raconter des inepties, poster des photos futiles et mettre de la musique rebutante. Je suis un petit garçon qui s'amuse beaucoup !

Ça manque de garçons nus et de billets d'humeur politique pour faire exploser l'audience, mais j'en prends mon parti. Moi, ce que j'aime, c'est poster des vieilleries de flûtiste perverti, en étant tout content de voir ça sur Internet alors que fondamentalement, ça ne sert à rien.

[Brahms revisité]

jeudi 11 novembre 2010

Un sciencespoteux à la fac de lettres...

Pour mes petites recherches pour mon mémoire, j'ai du franchir un grand pas dans ma vie: me rendre dans une faculté de lettres dans l'espoir d'y débusquer la bibliothèque universitaire. Première étape: se confronter à la barbarie peace&love de l'endroit. Moi, bien propret tout droit sorti de mon petit Institut d'Etudes Politiques, jeté dans la cage aux lions ! Dédales de couloirs dont tous les murs -sans absolument aucune exception- sont recouverts de plusieurs couches d'affiches électorales, de tracts, de manifestes, de prospectus, etc. Ambiance fumette et bavardages, hall reconverti en salon avec canapés années 70's, foire aux livres d'occasion... Diantre !

La première fois que j'y suis allé, une jeune fille m'a tendu un tract pour une manifestation contre les retraites, tract que j'ai poliment refusé. Et puis j'ai eu du remord quand j'ai été confronté à un choix cornélien entre quatre portes, sans plan sous les yeux. J'ai donc toujours très poliment demandé mon chemin à mon interlocutrice mais dans des termes qui l'ont semble-t-il décontenancée et qui lui ont surement fait se dire dans sa petite tête: "mais il sort d'où ce grand con qui me parle comme à une gueuse ?!". Sésame ouvre toi, j'ai tiré la bonne porte battante et je me suis retrouvé quelques minutes plus tard dans la bibliothèque universitaire.

Une vraie ruche, j'ose dire que je ne pensais pas les étudiants en lettres si assidus, et un classement des ouvrages plutôt cohérent. Endroit moderne et propre qui contraste avec le reste de la fac. Et personnel vraiment aidant et sympathique. L'inconvénient majeur, c'est que mes vieilles références se trouvent toutes en magasin et qu'il faut attendre 20 minutes que les gens de l'accueil aillent les quérir dans la réserve. Mais il est une question qui me taraude, un petit mystère qui me turlupine...

Cette interrogation la voici: au moment de récupérer les ouvrages en magasin commandés, je demande s'ils sont tous empruntables (ce qui est loin d'être le cas, en principe) à la dame qui me les confient, ce à quoi elle me répond "ben, je ne sais pas, allez voir le catalogue sur l'ordinateur". Et là, je dis "oh, je crois qu'ils le sont" (ce qui est complètement irrationnel puisque je viens précisément de demander s'ils le sont effectivement, ce qui dénote ma totale absence d'informations sur le sujet) et je rajoute "je souhaite les emprunter". La dame s'exécute, les enregistre sur mon compte et je pars avec. Vérification faite, l'un des ouvrages est exclu du prêt.

Encore plus fou, une autre fois, je réceptionne un ouvrage toujours tout droit venu des rayonnages du magasin. Je demande à l'emprunter alors qu'il est tamponné en gros dessus "exclu du prêt". Le monsieur tente de l'enregistrer mais se rend compte qu'il n'a pas de code-barres (normal puisqu'il n'est pas empruntable) et au lieu de comprendre qu'il est exclu du prêt, il ouvre son tiroir, en sort un code-barres vierge et le colle royalement juste au-dessous du tampon "exclu du prêt". Incroyable, je pars avec mon bouquin sous le bras. Spécificité locale ou bien... ?

mercredi 10 novembre 2010

Les jours simples et heureux

Un weekend passé entre "mémorisation" (petit nom intime pour sublimer le travail dévoué au mémoire, travail addictif et bien plus intéressant que prévu) et randonnée. Ces fameuses randonnées...


Il s'agissait de découvrir les vraies calanques, pas les endroits à touristes de Cassis et de la Ciotat. Entre rochers, petits chemins boisés et ports de pêche paisibles, une superbe journée entre amis déglingués. Avant de se laisser aller à nos travers respectifs en fin de journée -logorrhée sans queue ni tête, entrecoupée d'imitations de Ève Ruggeri présentant feu "Musiques au coeur", en ce qui me concerne-, matinée dans le brouillard, ambiance mystérieuse et fin du monde. Véronique Sanson à fond dans la voiture sur le chemin vers le point de rencontre, voix trop haut perchées, sonorités distendues, paroles écornées.

"Ambiance mystérieuse et fin du monde"

A la pause déjeuner, on se fait passer pour un "ange" (quoique cet ancien surnom revienne en grâce chez les amis) sous l'œil avisé d'un photographe aguerri. On lorgne sur une maison à la vue imprenable et dont le jardin cachait un trésor oublié: une poupée mal en point qui a réveillé nos vieilles pulsions maternelles enfouies...

"On se fait passer pour un ange"

"Maisonnée à la vue imprenable"

Notre Olympia

Je vous conte la fin de la journée en vidéo:

video

mercredi 3 novembre 2010

Anniversaire, amitiés et absences

Si je devais me faire un cadeau pour mon anniversaire, je serais bien embêté. Vraiment, si je devais offrir quelque chose à quelqu'un comme moi, je serais en panne totale d'idées. Je laisse cette tâche ardue aux autres et je me contente de former un vœu pieux. Voir, l'espace d'une soirée, toutes ces existences, ces amitiés, ces personnalités qui ont traversé mes dernières années réunies. Les relations amicales ont tout du deuil. Les circonstances et les impératifs forcent à s'éloigner et ces rencontres se retrouvent dans les limbes aux relents de naphtaline d'Internet. Je m'attache vraiment aux gens qui gagnent mon estime et j'en suis d'autant plus dépité quand je les perds de vue.

Il y a comme ça les amis avec qui on partageait le quotidien et que l'éloignement oblige à voir une fois l'an. C'est regrettable parce qu'à chaque rencontre, on se rend compte que rien n'est changé et que chaque jour séparés est un jour qui aurait pu être intéressant.
Il y a ceux qu'on rencontre au cours d'un événement spécial qui dure plusieurs jours. Une complicité étroite et forte se crée, on se promet de la faire perdurer et fructifier en dépit de la distance et elle finit immanquablement par s'étioler. Que d'occasions manquées de s'enrichir humainement et durablement...

Dans un autre genre, je n'aurais de cesse aussi de m'étonner de ces connaissances avec qui on partage le temps d'une ou de plusieurs soirées un repas, un verre et des émotions et qui quelques mois plus tard, quand on se recroise, vous accueille d'un regard de travers teinté de dédain. On croit lire de la peur chez ces personnes: celle de constater qu'elles ont pu quelque temps auparavant partager un moment agréable et sympathique avec des gens qui ne leur ressemble pas et qui ne font pas partie de leur cercle naturel d'amis proches.

Il y a d'autres rencontres, établies sur des bases plus floues mais intenses, qui se sont désagrégées rapidement et que je regrette parce qu'elles étaient prometteuses. Par exemple, un garçon pour qui j'ai traversé la France entière pour venir à sa rencontre. Il m'a fait découvrir sa ville, ses centres d'intérêt, ses habitudes. Je garde un souvenir impérissable d'un restaurant japonais et d'une débauche de porcelaine chez un pâtissier célèbre et je lui suis reconnaissant de m'avoir accueilli chez lui, dans des conditions qui étaient pourtant précaires. Depuis, je n'ai plus de nouvelles. Je l'ai peut-être éconduit un peu maladroitement mais je ne m'étais engagé à rien et je pense qu'on aurait pu, dans nos rapports, passer au-delà de cet accroc.
Un autre aussi, par le biais d'Internet et sans que je ne demande rien, m'a invité à l'opéra, très gracieusement. De compagnie agréable et de conversation charmante, c'est une rencontre impromptue qui n'a plus de suite sans que je sache si c'est par désintérêt, manque de temps ou rancœur. Certes, je l'ai aussi éconduit. Oh, dans sa joie alcoolisée, il ne demandait pas grand-chose et cela aurait été tout à mon plaisir mais mon caractère n'est pas aussi aventureux que ne l'étaient ses mains.

Mais pour ne pas désespérer de toutes ces anicroches, je considère aussi toutes les personnes que je connais un peu à travers le prisme numérique et que je dois rencontrer un jour ou l'autre. Majoritairement rassemblées à Paris, c'est presque aisé de concrétiser ces amitiés mais le temps manque. Et si je me disais que pour fêter le rendu de mon mémoire en mars je m'offrais quelques jours à Paris ; ce ne serait pas une bonne idée ?!

lundi 1 novembre 2010

Malte (#3): Périple en mer


Défiant nos amis du Routard, nous nous mîmes en route un matin pour la Grotte Bleue. On pensait se jeter dans la gueule d'une infernale machine dévoreuse de touristes. Que nenni ! Pas de cars remplis de japonais ni de vendeurs ambulants prêts à nous assaillir. Pas de queue à l'embarcadère ; le temps de s'acquitter du prix du bon de transport, nous fûmes embarqués sur une petite barque en compagnie de deux dames âgées pas très rassurées et d'un petit quota de jeunes allemands en vadrouille linguistique au pays de l'anglais maltais.


On serait bien allé jusqu'à l'îlot de Monte-Cristo mais notre pêcheur, qui nous tenait lieu de guide, a suivi le chemin conventionnel jusqu'aux diverses grottes réputées pour la couleur exceptionnelle de leurs eaux. Nous avons donc pénétré au fur et à mesure dans chacune de ces grottes où le calme et la pénombre se disputaient la palme de l'angoissant.


Le conducteur de l'embarcation n'était pas avare en anecdotes et explications et nous a emmenés au plus profond des entrailles de la roche là où d'autres barques se contentaient d'un petit tour rapide. L'excitation des petits allemands le poussait à les surprendre et à leur faire peur autant que possible. En tout cas, on a pu s'approcher au mieux des coins où l'eau est effectivement d'une couleur invraisemblable et où ses reflets sont proprement hallucinants.


La dernière grotte fut donc la plus belle ; arnachés dans nos gilets de sauvetage de fortune, nous étions bien ballottés car cette grotte était la plus en mer ; mais j'ai tout de même essayé de prendre quelques photos (assez peu représentatives toutefois de la couleur et des reflets réels de l'eau).