samedi 25 septembre 2010

Gné ?!

A chaque fois que j'en relis la page de garde, je me demande comment j'en suis arrivé là, comment je suis parvenu à devoir rédiger un mémoire sur "Le roman-feuilleton français et le thème "Vengeance et Pardon" (1836-1866)" ?!

Retour en arrière. Nous sommes au début de l'année 2009 et j'apprends avec stupeur que je suis censé trouver un sujet de mémoire (et le directeur qui va avec). C'est l'heure d'une première funeste illumination: "Cioran, Cioran, Cioran... Il y a quelque chose à creuser par là... Des écrits aussi déprimants qu'une nuit sans lune à Sedan flattent bien mon côté masochiste de mec qui se plait à se torturer mentalement jusqu'à déprimer ; ainsi donc, si je faisais un mémoire sur Emil Cioran et ses foutus aphorismes ?".

Ni une ni deux, je prends contact avec une professeur calée en littérature qui me renvoit au fichier national des mémoires et des thèses pour voir ce qui s'est déjà fait dans le domaine. Tout, ou à peu près en fait. D'autres névrosés sont passés avant moi et ont labouré le terrain. Le seul sujet qui s'offre serait fondé sur les récentes révélations sur ses accointances avec le fascisme dans sa prime jeunesse. Sans façons.

S'ensuit une longue ellipse: je ne dépose pas de sujet de mémoire quand je suis enjoins à le faire et je n'ai pas de directeur de mémoire attitré. Plus d'un an plus tard, en avril 2010, on me rappelle une première fois à l'ordre et je ne réponds pas non plus. Complètement aboulique, il y a du Oblomov en moi.

Dans le temps, j'ai lu le Comte de Monte-Cristo et le récit de son implacable vengeance et mon inconscient de détraqué mental s'est imprégné d'une série de films qui reposent sur les ressorts de la vengeance, et du pardon, qui sait ? Ainsi, mon autre moi, celui de fouine cynique revancharde, fomente dans les tréfonds de mon être un complot terrible: une subtile alliance entre la brutalité sublimée du vengeur masqué et la galanterie efféminée du roman dix-neuvième. "Vengeance et Pardon dans le roman français du 19ème siècle". C'est que ça sonne rudement bien !

Je refais appel à la professeur de littérature. Un mail laconique pour me répondre "que c'est trop large". Et là, quelques mois plus tard, mon esprit s'emballe encore et a une dernière illumination: réduire le champ des investigations au roman-feuilleton. Personne ne s'y intéresse (ah bon ??): c'est de la "paralittérature". La professeur fait la moue mais signe le papier de dépôt de sujet de mémoire (année 2008-2009). Lundi, je le remets à la scolarité ; comment dit-on déjà ? Mieux vaut tard que jamais, c'est ça !

Maintenant que j'ai ce sujet sur les bras, il me reste cinq mois pour pondre une centaine de pages dessus. Ça s'annonce palpitant ! Vieux et fourbu, il sera l'heure de se demander sérieusement pourquoi ne pas avoir fait de mémoire sur l'œuvre du Caravage ou sur les idées politiques de Verdi, à travers ses opéras...

mercredi 22 septembre 2010

Mon voisin le chanteur

J'ai connu précédemment les joies affriolantes de la colocation. Je m'adapte aujourd'hui aux contraintes du proche voisinage. Le problème se pose parce que la saison et les températures sont encore douces, ce qui fait que mes fenêtres restent ouvertes.

Je n'ai pas encore identifié l'appartement de ma rue où se produit l'épigone de Jaroussky mais nous tenons à coup sûr un talent prometteur. Donc, pour être clair, j'ai un contre-ténor pour voisin. Acharné. Il lui arrive de faire des vocalises à une heure du matin, comme si les étudiants imbibés d'alcool qui trainassent dans la rue la nuit étaient sensibles aux charmes baroques.

Ma douleur est atténuée en journée où il se contente plus souvent d'écouter des disques dudit Jaroussky (son récital Vivaldi pour être précis), qui font, ma foi, aussi partie de ma discothèque personnelle. J'économise l'électricité de ma platine-cd... Je subis davantage quand il tente ensuite de l'imiter, ça couine déjà plus...

Étrangement, plus que n'importe quel musicien, il adore la répétition. Ainsi, une introduction improvisée de guitare dans l'enregistrement de "Dido&Aeneas" de Purcell par Teodor Currentzis (que j'apprécie moi-même beaucoup et c'est pour ça que je l'ai identifiée tout de suite) tourne en boucle sur sa platine-cd à lui. Plus dur, il tente également de la reproduire sur son piano.

Parce qu'il a un piano. Donc, il chante à gorge déployée (je vous garantis que pour un contre-ténor il a du coffre !) en tambourinant sur son piano. Ça m'agace déjà nettement plus. Et je ne suis pas le seul ! Hier soir, la nuit retentit d'un tonitruant "ta gueule ! tu vas la fermer oui ?! c'est nul ta musique ! t'es ridicule !". Je n'aurais pas dit ça comme cela mais le commentaire était justifié: notre pauvre homme s'époumonait en vocalises à 23h.

Ma résolution: fureter au conservatoire et trouver le registre des chanteurs pour débusquer celui qui habite ma rue. Ou sinon jouer ce qu'il chante en même temps que lui sur ma flûte; au demi-ton inférieur, bien sûr, pour rire un peu (blague de musicien, inside).

Jaroussky dans ses oeuvres: Ariodante, Scherza Infida (maudit récitatif !):


samedi 18 septembre 2010

Il y a un an...


... j'avais déjà enregistré en bagage à soute mes 32 kilos de vie française qui avaient le droit de m'accompagner dans mon périple tchèque. J'attendais, un peu crispé, un avion retardé de Brussels Airlines qui devait m'emmener vers le superbe aéroport de Bruxelles. Dans l'immense hall, je mangeai quelques reliquats de gastronomie française familiale en observant passionnément l'effervescence contrôlée de l'endroit. Puis j'embarquais à nouveau dans un little jumbo pour Prague.

C'était une journée ensoleillée de septembre et le survol des forêts allemandes me rappelait les innombrables balades familiales de mon adolescence dans les alpes autrichiennes ou suisses. Les sous-bois, l'eau qui court, une fourmilière... L'aéroport de Prague est bordé de vertes prairies, qui ne sont jamais aussi envoutantes que quand elles sont recouvertes de neige.

Je ne peux pas m'empêcher de passer au présent, un an c'était hier ; je change un peu d'argent en attendant ma valise, j'achète un ticket de transport et je tente un timide non-merci en tchèque aux chauffeurs de taxi qui m'assaillent. En montant dans le bus, j'ai l'impression d'être le seul voyageur du lot. Impression erronée évidemment, que je n'aurais jamais plus lors de mes multiples passages suivants à l'aéroport. La voix automatique du véhicule débite des phrases incompréhensibles en tchèque. Et c'est comme irréel car on pourrait se croire en France, je ne m'attendais pas à tant de modernité.

Arrivé au terminus, mon parcours se poursuit avec le métro. La station est indiquée accessible aux handicapés, donc pourvue d'un ascenseur qui descend jusqu'au quai. Je le cherche quelques minutes, en vain. Je dois me résoudre à descendre les escaliers avec ma valise qui emporte ma frêle nature vers le bas. Par la suite, au même endroit, l'ascenseur me crèvera les yeux: en septembre, l'arbre planté au-devant avait encore toutes ses feuilles et me l'avait caché. Je souris toujours de cet aveuglement du voyageur en terre inconnue.

Je m'installe dans la dernière rame du métro et la vingtaine de minutes du trajet m'offre le loisir de détailler les tchèques. Pas si différents de nous, je suis encore plein d'ethnocentrisme. A l'arrivée, je peine à trouver l'arrêt du bus qui doit m'emmener vers ma destination finale: la cité universitaire: le kolej, le block. Au petit bonheur la chance, j'appuie sur le bouton de demande d'arrêt et je finis par descendre là où il fallait. L'endroit n'est pas très riant: un terminus de tramways, des blocs d'immeubles délabrés, quelques terrains vagues.

Je reconnais la façade de la cité universitaire, aperçue dans une brochure envoyée aux étudiants Erasmus avant leur départ. Je pénètre dans le hall, la réception est encore plus hideuse que sur les photos. Réception prétendument ouverte 24h/24, fermée à mon arrivée. Deux heures d'attente avant de pouvoir récupérer les clés de ma cellule 368 et de faire connaissance de mon colocataire (un sympathique slovaque qui n'eut de cesse d'exposer à ma vue de pucelle son gros cul flasque).

Pour la suite, il faut revenir à la page une de ce blog. Je ne l'écrirais pas comme ça aujourd'hui. Mais elle est là et tous mes souvenirs aussi. C'est inestimable.

mardi 14 septembre 2010

Comme un air de déjà vu

Entre autres joies, j'ai revu avant de partir pour mon lieu d'étude, au supermarché, mon si distingué professeur d'auto-école. En train de tâter le raisin blanc, il appuyait sa bedaine sur les caisses en bois et agitait ses mains bardées de breloques en or. J'ai entr'aperçu sa femme, petit gabarit aux mèches blondes (c'est qu'il aime les blondes le bougre), évoluant dans l'ombre de son tonitruant mari.

Sans le vouloir, j'ai été acteur d'un (mauvais) remake de la scène de la feuille de la sécu du Père Noël est une ordure lors d'une traditionnelle réinscription au conservatoire. Comme dirait l'autre, ce que je voulais mettre "ne rentrait pas dans les cases". J'ai répondu à côté à toutes les questions ; il fallait mettre un oui, j'avais mis un non et vice-versa. Dans le cadre réservé à l'explication de la demande de dispense de certaines disciplines, j'avais répondu trop succinctement (étant donné que c'est la troisième année que je demande à être dispensé et que mes raisons sont toujours les mêmes) et chapeauté par la secrétaire, nous nous sommes lancés dans un exercice de réécriture digne du "burelier, éboueur etc." Au final, un vrai torchon, la dame de l'administration "a tout salopé ma feuille" !


Le Père Noel est Une Ordure - Zézette épouse X

Pour tout le reste, j'élude, je n'ai pas envie de jouer les pleureuses ! Rentrée intense et je retrouve les petits éléments rassurants de routine (les distrayantes nouvelles de France Info à une heure du matin, par exemple)...

samedi 11 septembre 2010

Malte (#2): en partance pour Gozo


Gozo est la troisième île de Malte (Comino, la seconde, n'étant qu'un rocher inhabité), accessible par ferry pour un prix modique. Sans vouloir jouer les routards bobos, nous sommes partis explorer ce bout de terre, présenté comme un espace rural préservé et authentique.

Depuis La Valette, il faut un peu plus d'une heure de bus (qui datent tous des années 59-61, j'y reviendrai) pour rejoindre l'embarcadère du ferry. Et encore une grosse demi-heure de ferry pour accéder à l'esprit maltais véridique. Le port d'arrivée n'a guère d'intérêt, en dépit d'une petite église gothique accrochée sur un flanc de colline.


Toujours est-il qu'en s'éloignant du port pour explorer le fort en ruine qui se cachait derrière l'église, nous nous sommes également éloignés du terminus de bus qui devait nous emmener à la capitale de cette île: Victoria. Il faut savoir que même si une ligne de bus (fréquence: toutes les heures) comporte plusieurs arrêts, il n'est pas dit que le bus s'y arrête. S'il est plein dès son départ du terminus, il snobe tous les arrêts sur sa route. Aussi, après un terminus de ferry nous n'avions aucune chance de monter dans le bus au second arrêt. Échoués comme nous l'étions avec un couple d'italiens, nous avons accepté la proposition d'un taxi qui passait par là.

Rien que pour écouter le baratin du chauffeur, ça valait le coup de monter à bord ! Durant le petit quart d'heure qu'a duré le trajet, il a vainement tenté d'être embauché pour la journée. D'innombrables tentatives pour nous convaincre qu'il était le meilleur taxi pour nous faire faire le tour de l'île et nous promener de recoin secret en attraction touristique majeure. Malgré des offres de prix toujours en baisse, nous nous sommes montrés inflexibles, jusqu'à que l'italien dans un soupir d'homme las mais déterminé lui dise de nous emmener à Victoria et que ça irait bien comme ça.


Une fois rendus à Victoria, une des nombreuses villes fortifiées de Malte, nous nous sommes lancés à l'assaut de sa citadelle. Sans perdre de temps, nous pénétrons dans la cathédrale, relativement lumineuse. Le musée attenant sent l'anti-mite et n'a absolument aucune espèce d'intérêt. La balade sur les remparts, plus que ventée, s'avère très agréable en dépit d'une vue pour le moins aride. Pendant que l'amoureux trainasse, je noue contact avec une bande de jeunes français quand ils me demandent dans un bel anglais de les prendre en photo...

Ils m'expliquent, sans même que je les questionne, qu'ils ont pris un vol Ryanair et qu'ils se "laissent guider là où leurs pieds les amènent" et qu'ils ne savent pas où dormir ce soir. Devant mon apparente décontraction solitaire, ils concluent prestement que je voyage avec mes parents dans le cadre d'un voyage organisé. Ils sont pour le moins étonnés quand je leur explique que je voyage avec mon ami, que nous logeons en guesthouse à Malte et que nous passons une journée à explorer Gozo. Je sais désormais définitivement que j'ai une tête d'enfant qui voyage avec papa-maman (on me demande encore si je passe le baccalauréat à la fin de l'année).


Sur ces entrefaites, après avoir hésité quelques instants à rejoindre Xlendi à pieds, nous prenons un bus pour ce village de bord de mer où j'ai repéré quelque restaurant alléchant et une belle balade à faire. Une fois un délicieux risotto aux champignons et un gâteau estouffe-bourre avalés, nous entamons notre petit périple, qui constituera mon plus beau souvenir de ce voyage. Nous longeons la corniche, au départ bétonnée puis prolongée sous forme de chemin de terre, nous passons ensuite un pont étroit qui permet de rejoindre une autre rive et arrivons enfin sur un plateau aride près d'une tour de garde.

En marchant sur la corniche

Vue depuis le petit pont

Sur le plateau

En contrebas de ce plateau, se trouvent des salines et une immense étendue de pierre sableuse d'un jaune rayonnant et absolument magnifique. Il y a des bouts de roche qui se sont détachés et qui s'effritent sous les doigts. L'un d'eux à justement la forme d'un pied et j'ai immortalisé mon attachement fugace à cet roche en m'y cachant du soleil en toute symbiose...

Les salines

Un rocher en forme de pied...

Un petit garçon au creux d'un rocher rassurant

Puis il a fallu entamer le chemin du retour. Prendre un bus pour retourner à Victoria d'où un autre bus nous a ramenés à l'embarcadère du ferry ; effectuer la traversée en bateau et prendre encore un bus pour rejoindre la Valette. Une journée harassante et bien remplie, riche de souvenirs et de rencontres.

jeudi 9 septembre 2010

Clins d'oeil du quotidien

Flâner chez le libraire et apercevoir sur un présentoir parmi toutes les nouveautés parues en poche, un vieil exemplaire (ancienne collection) des Lunettes d'or de Giorgio Bassani. Il y a bien longtemps que je cherche à en voir l'adaptation cinématographique avec Philippe Noiret et Rupert Everett mais j'ignorais la publication du livre en français. Aussitôt acheté, aussitôt lu malgré l'éternel folklore du train qui me ramenait de Marseille. Plaisant et assez peu licencieux.

Accompagner l'amoureux s'inscrire à la médiathèque d'Aix et décider de s'inscrire en même temps. Passer premier au bureau des inscriptions et voir l'employé fermer sa caisse au nez et à la barbe de l'amoureux, gentiment prié de "revenir la semaine prochaine". Je ris encore de son air déconfit et de sa sourde colère, contre l'employé qui quitte son travail un quart d'heure avant l'heure prévue et contre moi qui me retrouve inscrit à sa place !

S'attendre à être culpabilisé par un SDF pour ne pas lui avoir donné de pièce et recueillir à la place, au moment de passer à sa hauteur, un tonitruant "hey, t'as un beau cul tu sais ?!". Le tout sous l'air consterné du pater familias. Moi, le sourire jusqu'aux oreilles.

Constater l'indécence des journalistes, on en parlait. Postés avec leurs caméras sur le pont d'un village rendu célèbre par de terrifiantes inondations, en 2002. Après avoir crié au loup aux informations de 13h, prédisant une catastrophe similaire cette année, ils attendaient penauds une hypothétique montée des eaux. Un air désabusé: rien à faire, pas de drame à l'horizon, pas d'habitants terrifiés ou affolés, pas de dégâts annoncés. Ils erraient sur les berges et même les commères du village ne voulaient pas répondre à leur micro-trottoir. Des charognes.

lundi 6 septembre 2010

Têtu, moi ?

Avoir travaillé pendant quelques mois pour un grand hebdomadaire aurait dû m'immuniser contre les manières un peu triviales des journalistes. Au moins, cette fois-ci, j'en ai ri. Il se trouve que, plus par défi que par intérêt, j'ai témoigné pour l'une des fameuses enquêtes du principal média LGBT. Ils recherchaient comme des âmes en peine des récits "d'amour à distance". L'année que je venais de vivre s'inscrivait donc parfaitement dans leur démarche. Je me suis alors fendu d'un petit témoignage.

C'était vers mars dernier, me semble-t-il. Le mail que je leur ai envoyé était un regard sincère mais, je l'avoue, calibré pour être cité dans leurs pages. Phrases péremptoires et conclusions tranchées enrobées d'une fausse lucidité sur les choses de la vie. Je suis assez fier de moi parce que je n'ai pas raté ma cible. Ce petit con de R. 21 ans s'affiche en caractère gras et violet en haut de la page avec une magnifique citation de sagacité juvénile.

Passé ce moment d'exaltation où l'on feuillette ardemment les pages pour voir si on y est, on se met à lire (normalement) l'ensemble de l'enquête pour voir un peu ce qu'il s'y dit. Tiens, c'est sympa, ils racontent ma petite vie d'étudiant expatrié... Et puis là, je tique un peu "R a souvent été tenté par d'autres garçons, la capitale tchèque étant réputée très gay-friendly". Ils sont mignons chez Têtu mais ils manient l'art de l'extrapolation avec un grand savoir-faire apparemment. Bande de briseurs de couple !

C'est de bonne guerre quoique le petit "les soupçons étaient difficiles à supporter des deux côtés" est tout de même de la pure invention journalistique. Ça m'amuse mais ça renforce également ma défiance envers toutes ces enquêtes témoignages où la tentation est souvent grande pour les journalistes qui les réalisent de faire dire ce qu'ils veulent aux messages qu'ils reçoivent.

dimanche 5 septembre 2010

Vieille rancoeur

En écoutant un disque consacré aux concertos pour hautbois de Bach, j'ai repensé à mon bref apprentissage de l'instrument, en conservatoire. La fourberie et l'hypocrisie des adultes qui traversèrent cette année m'est revenue à l'esprit dans toute sa grandeur.

J'avais 15 ans, pas encore de téléphone portable et c'était un beau mois de septembre (qui, en dépit des événements qui ne manquent pas de s'y produire est peut-être le plus beau mois de l'année): je présentais les concours d'entrée en classe de clavecin et de hautbois.

Avant toute chose, j'ai du être "testé" en solfège. Sans y être préparé, je me suis retrouvé devant deux examinateurs qui m'ont soumis à toute une batterie de questions. Je me souviens très bien et je n'oublierai jamais leur petit air mesquin, leurs sourires en coin et la façon dont ils pouffaient ironiquement quand je répondais à côté. Surtout, je garde en mémoire la série de questions sur les cadences: un petit air de piano et il faut déterminer si la cadence est parfaite (conclusive) ou une demi-cadence (suspensive). J'ai bien répondu aux deux premières questions, ce qui les a surpris et exaspérés. Je revois ce grand homme chauve s'adresser à sa collègue en parlant de moi à la troisième personne comme si je n'étais pas présent "on va lui poser une troisième question" avec un sourire entendu. Son triomphe était prémédité, je n'avais encore jamais entendu parler d'un troisième type de cadence et c'était légitime au niveau qui nous concernait: la cadence plagale. Leur victoire était acquise: je pouvais être rétrogradé de deux années par rapport au cursus que je suivais en école de musique.

Ensuite, je me rendis dans une autre salle où trônaient le directeur des études, le directeur du conservatoire et le professeur de hautbois. J'appris que j'étais très vieux: comment quinze ans et prétendre commencer un nouvel instrument ?! Sans me démonter, je retraçais mon parcours musical et j'expliquais tant bien que mal que j'aurais surement des facilités dans l'apprentissage du hautbois. La cause fut entendue et j'étais accepté. Quand je fus mis à la porte comme un malpropre à la fin de cette première année, j'appris les vraies raisons qui avaient poussé ces mandarins à m'accepter: il n'aurait pas été question que j'intègre le cursus et les ateliers habituels mais si je parvenais à maitriser correctement l'instrument au bout de deux années, j'aurais été royalement invité à participer à une nouvelle classe qui devait se créer: musique de chambre baroque (titre inepte). Il était en effet couru d'avance qu'elle serait désertée et j'aurais servi à l'animer avec quelques autres péquins, ce qui aurait servi de caution à l'ouverture sur d'autres répertoires que voulait se donner cet honorable conservatoire.

Je passais aussi l'entretien d'entrée en classe de clavecin. Une place unique était proposée, une jeune fille a été choisie alors qu'elle refuserait le bénéfice de l'inscription si elle était prise en classe d'alto (ce qui ne manquerait pas d'arriver). Préférer une candidate qui fut surprise de découvrir le toucher si particulier du clavecin et perturbée par l'ingratitude du timbre. Le professeur de clavecin fut bien désolé mais ne parvint pas à me faire oublier les sous-entendus désagréables des comparses qui l'accompagnaient dans cette audition. "Vous faites de la trompette et vous voulez vous inscrire en clavecin ? Pourquoi pas en trompette, problème de niveau peut-être ? Vous sollicitez plutôt une classe où il y a peu de candidats, je vois..."

Le mépris à tous les niveaux parce que je venais d'une école de musique de village et que je prétendais m'inscrire à un âge diablement avancé au grand conservatoire national de la ville... Je me rends compte en relatant tout ça que je n'ai rien oublié. Je ne pardonne pas non plus aux professeurs de l'école de musique de ne pas m'avoir prévenu et dissuadé de tenter l'expérience. Cet aveu: "ah, ils t'ont mis en dernière année de second cycle de solfège et tu as été recalé à l'examen de fin d'année d'entrée en troisième cycle ? Oh, oui, c'est le coup classique... Ils font ça avec tous les nouveaux qu'ils veulent éliminer au plus vite mais qu'ils ont été obligés de prendre parce qu'il restait une place dans l'une des classes d'instruments demandée. En plus ils font une bonne marge sur les droits d'inscriptions". Je pense que c'est pour ce genre de situation que l'expression "être pris pour un con" a été inventée.

vendredi 3 septembre 2010

Malte (#1): un four à ciel ouvert


A notre arrivée, le temps est moite (entre nous, on dit plus volontiers "ça pègue !") et la chaleur absolument étouffante. Jamais vu ça. Il est 22h, on se promène sur la corniche de Sliema, le regard accroché sur La Valette et il fait 28°. Je m'en veux d'avoir choisi cette destination, moi qui goûte assez peu les joies du farniente. La nuit est épouvantable, ce qui fait que nous nous lançons à l'assaut de la capitale plus tôt encore que prévu.


La Valette est un vrai décor de cinéma avec ces jolies petites avancées colorées sur les façades. Tours et détours par les petites rues pour profiter de l'ombre, tout en faisant attention de ne pas monter et descendre inutilement. On a le temps de croire que c'est une ville paisible, avant d'être détrompés une fois parvenus sur la place principale, bondée de touristes.


La co-cathédrale Saint-Jean ne paye pas de mine de l'extérieur mais l'intérieur est somptueux. Chaque recoin est sculpté ou peint, tout resplendit. Dans le musée attenant, on s'attarde devant les deux Caravage qu'on ne peut malheureusement pas approcher de près. On pioche des explications en espagnol, italien ou anglais quand des guides tentent de captiver de toute leur voix la masse désordonnée qui les suit.


L'après-midi s'annonce mais il n'est pas encore l'heure pour nous de manger. Nous visitons le palais des Grands Maîtres, charmant et aéré. Solennel mais pas surchargé: plaisant. Le musée de l'armurerie compris dans le billet s'est avéré lui trop barbare pour nos âme sensibles, la visite fut donc très brève... Quant aux musées des beaux-arts qui fit suite à notre petit repas, il est d'un intérêt tout relatif. Dispensable, vu la qualité des œuvres exposées, même les Tintoret déçoivent.


La voix de nos grand-mères s'est mise à résonner en nous et nous avons donc fait une longue halte dans un parc pour faire une petite sieste. On a vu des maltais qui dragouillent gentiment des petites maltaises, des touristes français bruyants qui passent rapidement, des anglais qui devisent, l'air las. Ensuite, le temps d'admirer la vue sur la baie depuis un petit jardin, nous filons faire le tour des remparts, prestement pour ne pas rater le dernier bateau pour Sliema.