samedi 31 juillet 2010

Le frissonnement du saccage

Sur une idée lumineuse et amicale, je suis allé écouter un concert classique, donné en plein air. La couleur était annoncée: des tubes, rien que des tubes. Effectivement. Ce fut un festival, qui n'avait que bien peu à voir avec la musique classique.

Des grandes enceintes crachaient un son brouillon et sale, et c'est à peine si on a pu reconnaitre dans les premières notes la Chevauchée des Walkyries. Ca pétaradait salement, les images d'Apocalypse Now tournaient dans nos têtes et les jambes s'agitaient compulsivement.

J'ai commencé à prendre peur avec un melting-pot constitué du début du premier mouvement du premier concerto de Tchaikovsky et d'un peu de Gershwin. Le pianiste, Guillaume Coppola, a aligné un nombre considérable et absolument inouï de fausses notes. Le thème du concerto a été littéralement sabordé. Du jamais vu pour moi. Ce qui me révolte, c'est qu'on veut évangéliser les masses, les ouvrir à la musique savante mais qu'on juge qu'un pianiste médiocre qui ne maitrise aucunement la partition fait l'affaire. C'est mesquin. Le site internet révèle pourtant qu'il a un premier prix du CNSM de Paris. Hallucinant.

Après la première danse hongroise de Brahms et le Beau Danube Bleu, on a vu débarquer trois ténors qui ont voulu nous rejouer le trio mythique formé par Pavarotti-Carreras-Domingo. En lieu et place, nous avions un faux Marlon Brando, un croisement entre Diego Maradona et Luis Mariano et un chanteur normal qui, contrairement à ses compères, n'haranguait pas les foules... Chacun y est allé de son petit numéro et les gens étaient contents. Le spectacle était réjouissant et sans trop de prétention, il est vrai.

J'en suis même venu à être ému par le Nessun Dorma chanté à toutes voix et en tout mauvais goût. Pourtant, je suis peu porté par les grandes messes collectives, les rassemblements autour d'un événement. Sans être agoraphobe, je préfère me tenir éloigné de ce genre festif. Mais quand je viens à participer, je m'étonne toujours non pas d'être porté par l'élan collectif et l'émotion de l'ensemble mais par la faculté à être touché en dépit de la foule, malgré la multitude factice.

C'est bête mais je me suis senti aussi un peu piteux d'être assis dans l'herbe à écouter de la musique en toute liberté et en toute gratuité, alors qu'une série de quatre ambulances criaient leur détresse sur la nationale au loin. Une chance de tous les instants que partageait aussi un jeune homme un peu plus loin sur ma droite. Venu seul, pantalon de costume, chemise finement rose, assis pieds nus sur son plaid tiré de son sac Eastpak et soigneusement déplié. Probablement jeune cadre dans une entreprise, tout dans son attitude respirait la solitude canalisée. On sentait aussi le maniaque, l'intellectuel réfléchi et modeste... N'empêche qu'en étant probablement tout à fait lui-même et avec son physique somme toute banal, il donnait envie de s'intéresser à lui, de découvrir sa vie, ses rêves et ses angoisses. On croise souvent plein de beaux garçons qui sont un régal pour les yeux mais ils sont très rares ceux qui donnent envie de les connaitre. Avec celui d'hier soir, je me suis demandé pourquoi est-ce qu'on s'interdit toujours d'intervenir, de surgir dans la vie des autres. Je suis sûr que ça ferait souvent des heureux, en amitié ou en amour. Je dois être une Amélie Poulain qui s'ignore !

lundi 26 juillet 2010

Appétits primaires

J'ai testé la semaine dernière la troisième version possible d'un moniteur d'auto-école. Celui qui fume et qui boit cannette sur cannette. Fan des Etats-Unis, ça m'a changé de la chasse. Because, aux States, "on en prend plein la vue" et c'est cosmopolite, donc trop génial. Une qualité qui prêtait à sourire dans la bouche de quelqu'un qui ne porte pas spécialement dans son cœur ce qui sort de l'ordinaire blanc hétérosexuel.

Après une blague qui visait à pouvoir conclure par un tonitruant "tu fais Sciences Po mais tu es quand même une sacrée buse en mathématiques", j'ai écouté avec un immense intérêt la réponse à cette question carambar "connais-tu la différence entre une bille et un clitoris ?". Évitant de parler de ce que je ne connais pas, j'ai tout de suite donné ma langue au chat, ce qui s'est traduit par un "eh ben continue de jouer aux billes alors !". J'y comptais, oui...

S'ensuivit une âpre discussion sur la beauté des tchèques. Je me suis bien amusé, car si lui parlait des tchèques à longues tresses, moi je répondais en parlant des tchèques à pectoraux. Un petit jeu mental tout simple avant de répondre pour faire des phrases qui ne permettent pas de définir à coup sûr le sexe de l'objet de la conversation. Il faut dire que je suis assez entrainé à ce jeu-là puisque je suis un spécialiste des phrases ou des questions qui n'utilisent ni le "tu" ni le "vous". J'ai énormément de mal avec le tutoiement imposé par une personne que l'on connait ni d'Ève ni d'Adam et qui tient absolument à ce qu'on la tutoie. Comme je suis incapable de tutoyer et que je n'ai donc pas le droit de vouvoyer, je fais des phrases sans "tu" ni "vous".

Mais c'est encore avec mon chasseur que je m'amuse le plus. Il faut croire qu'il est insatiable -ou gourmet-. Loin de se contenter des volatiles et du gibier, il fait aussi la chasse aux bons coins. Ici ou là, il repère des pommes, des pêches ou n'importe quel fruit ou légume bientôt mûr et promet de venir y repasser pour faire quelques provisions à l'œil. Un chasseur voleur en somme. De mieux en mieux.

Les fondamentaux ne changent pas: sa conversation est toujours aussi spirituelle. En passant près d'une petite aire de repos de campagne où était stationnée une voiture, il s'est fendu d'un "en voilà un qui est en train de se faire pomper par une black". Candidement, je lui ai demandé pourquoi ce serait forcément une noire. Royal, il a fait éclaté au grand jour mon ignorance: "mais enfin! ici, c'est toujours la même fille noire!". Je l'ai cru sur parole ! Il devrait rendre une petite visite à cette professionnelle, ça m'éviterait peut-être d'entendre à chaque leçon un "pouah ! mignonne la demoiselle ! je m'en serais bien servi pour me vider les couilles !". Immensément distingué.

samedi 24 juillet 2010

Tiraillements intérieurs

Des bribes d'existences mille fois inventées, mille fois rêvées, mille fois sublimées. Toujours les mêmes situations, les mêmes problématiques, qu'il est peut-être temps de retranscrire pour en garder une trace. On verra si les années qui suivent ressemblent à ces anticipations. Billet d'exercice (le "il" est de pure forme, ayant trop peur que ce soit vraiment moi) prétexte à un partage de musiques que j'adore, intimes pour la plupart. De celles qui font vibrer, pleurer parfois.



Passé par la magistrature, il a été vite obligé de se rendre compte, de s'avouer tel un prévenu, qu'il n'avait pas les reins assez solides pour supporter la charge de travail. Sans être en paix avec lui-même, il n'était pas capable de faire la part des choses, de supporter la dimension émotionnelle de ce métier. Il a du vite renoncer. Son cursus, somme toute assez brillant, lui a permis de devenir professeur en classe préparatoire, en remplacement en province. Il met beaucoup d'ardeur au travail et parvient à nouer quelques liens assez forts avec certains élèves. Mais un matin, hagard, épuisé de solitude, de renoncements et de frustrations, il reste hébété au volant de sa voiture les yeux perdus dans le vague et les mains crispées sur le volant. Il trouvera les ressources pour jouer une nouvelle fois la comédie du professeur jeune et dynamique mais avant, il ne peut s'empêcher de pleurer derrière son pare-brise. Tandis qu'au loin s'avance l'élève, celui qui se démarque des autres, le différent, ses multiples remplacements lui ont appris qu'il y en a toujours au moins un par classe, qui initie un geste d'impuissance et de compassion. La seule réponse qu'il pourrait lui retourner serait celle, niaise peut-être mais non dénouée de fondement, de Charlotte à Sophie:

Va! Laisse couler mes larmes
Elles font du bien, ma chérie!
Les larmes qu'on ne pleure pas,
Dans notre âme retombent toutes.
Et de leurs patientes gouttes
Martèlent, le cœur triste et las!
Sa résistance enfin s'épuise;
Le cœur se creuse et s'affaiblit:
Il est trop grand, rien ne l'emplit;
Et trop fragile, tout le brise, tout le brise...

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Lui qui veille, étendu en travers du lit, comme à chaque fois que son compagnon est de garde en pédiatrie à l'hôpital. Il a hérité du prétendu mauvais sommeil de sa grand-mère et ne parvient que rarement à dormir paisiblement, surtout seul dans le grand lit froid. Il traverse ces nuits d'absence en musique et en pensées. Il a toujours cru que le piano se prêtait assez bien à l'ivresse solitaire nocturne mais cette nuit-là, il a choisi d'écouter un trio de Dvorak. Ce seul fait le projette dans une des pièces du musée de Prague consacré au compositeur. Il en sent alors la douce chaleur -les boiseries, le chat qui vagabonde à pas feutrés- et la mélancolie monte en lui. Il a honte, honte d'avoir renié quelques ambitions du passé, honte de s'être laissé enfermer dans un emploi surpayé dans un bureau d'une banque. Au moment de se choisir un avenir, il avait fait le choix de la raison et non du cœur. Ces longues nuits nourrissent sa jalousie envers un compagnon qui se sacrifie pour un travail qu'il aime. Au moment où celui-ci rentre enfin, à l'aube naissante, la mesquinerie est plus forte et il lui reproche plus violemment qu'à l'accoutumée son refus obstiné à ne pas chercher un quelconque moyen d'avoir un enfant, lui qui soigne ceux des autres. Mais il ne croit plus vraiment à ce qu'il dit, il pense seulement que sa vie cesserait d'être vaine; il s'est sacrifié sur l'autel de l'aisance matérielle, il serait peut-être temps d'en faire profiter un autre que lui.

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Les arcanes du pouvoir, les amitiés opportunistes lui ont permis après de vaines tentatives de devenir un personnage public, un homme politique. Relégué à un obscur secrétariat d'état sous la tutelle du ministère de la justice, il œuvre avec obédience à sa tâche. Ses tribulations pour faire adopter quelque projet restent souvent lettre morte. Il a compris depuis un certain temps qu'il fait office de figurant, prompt à endosser les erreurs d'appréciation dans la politique menée au niveau gouvernemental. Il ne s'en offusque pas, il se prépare un avenir meilleur, c'est certain. Mais ses absences exaspèrent celui qui partage sa vie, ses forfaitures peinent sa famille qui lui avait transmis des valeurs toutes autres, son exposition médiatique le ronge. Il se sent bien seul ce soir-là quand il rentre chez lui, l'autre déjà endormi profondément. Il a pénétré à pas feutrés dans la chambre et s'adosse à la porte, dans un geste de lassitude. Il observe, mieux il contemple. Plus que les quelques mètres qui le séparent de l'être aimé, ce sont les trahisons et la résignation à une vie qui ne tient pas ses promesses malgré les sacrifices accomplis qui creusent un fossé infranchissable. Une peur narcissique de disparaitre de la scène publique, du retour à l'anonymat, de l'oubli sont autant de raisons qui justifient de continuer à jouer la comédie. Reviennent alors en mémoire ces quelques couplets fatals de Pagliaccio... Vesti la Giubba...

Mets ton costume
Et poudre toi le visage.
Les gens paient
Et ils veulent rire.
Transforme en blagues tes larmes
Et ta peine.
En grimaces, tes sanglots
Et ta douleur.
Ris Pagliaccio
De ton amour brisé!
Ris-donc de la douleur
Qui t'empoisonne le cœur!


Ces histoires sont une photographie d'un instant rêvé de façon récurrente. Je sais qu'elles finissent mal et que ces musiques sont tristes. Je sais aussi que je rêve fréquemment que tout homme amené à partager ma vie durablement est appelé à mourir tragiquement dans un accident de voiture ou foudroyé par un cancer. Je ne sais pas si je dois le raconter aussi... Je me prépare au pire, la vie ne peut que me réserver des bonnes surprises, sans doute...

mardi 13 juillet 2010

Les supermarchés, ces grands meurtriers

Après une petite interruption, j'ai repris cette semaine mes leçons de conduite. D'abord avec une jeune monitrice. Une enquiquineuse de première ! Sous ses Ray-Ban et ses cheveux rouges (à la mode tchèque !) se cache une bavarde perfectionniste. Avant toute chose, on a fait un détour par une pharmacie pour acheter du paracétamol. Elle n'en avait plus, de l'air de dire qu'elle en prend comme d'autres mâchent un chewing-gum, pour se détendre. Grande reine, comme on propose une rasade d'eau fraîche, elle m'a dit "t'en veux pas un ? non ? t'es sûr ? tu sais, avec cette chaleur, ça fait du bien !"

J'essayais de faire abstraction, tant bien que mal, de son flot ininterrompu de considérations diverses et palpitantes sur le sens de la vie en période caniculaire. Et je me suis étonné du calme et de la sérénité que j'ai su garder, notamment dans une séance un peu longuette de démarrages en côte. Avec mon beauf, tant qu'on ne cale pas tout va bien, même si c'est un peu brusque ou précipité. Avec elle, il faut du millimétré et une douceur digne d'un optimiste naviguant sur les eaux calmes d'un lac artificiel. Au final, pour en finir, j'ai du faire un sourire glacial ; ça tombait bien, elle avait si chaud...

Aujourd'hui, j'ai retrouvé mon amour de beaufitude. Il a été très calme. Trop, alors je l'ai un peu asticoter (en tout bien tout honneur, rassurez-vous) pour rire un peu. J'ai posé quelques questions stupides pour lui donner l'occasion de briller un peu. C'est ainsi qu'en demandant benoitement pourquoi tous les automobilistes se garent en marche avant alors que c'est dangereux, j'ai eu droit à un superbe exposé sur la recherche de profits des supermarchés qui mène à un délitement de la sécurité collective. C'était pas dit comme ça, mais c'était l'idée. En gros, si les supermarchés ne faisaient pas des places si serrées et si malcommodes, les gens pourraient charger leurs voitures garées en marche arrière. Tout irait bien. Mais comme la grande distribution cherche à faire toujours plus de profits, elle maximise l'espace pour les parkings (donc plus de clients) et en jouant sur le fait que les gens se garent en marche avant, elle flatte l'appétit de consommation de ses clients car ils peuvent facilement bourrer leur voiture et donc acheter plus. L'explication, pas nécessairement logique, a bien duré 20 minutes mais on peut la résumer grosso modo comme cela.

Sans le provoquer, il m'a tout de même donner quelque occasion de nourrir ma prose. Il a reçu un coup de fil et il a joyeusement entamé la conversation comme suit: "salut ma couille !". Puis ça a été un enchainement continu de "putain" "fais chier sa race" etc. Le tout à propos d'une tronçonneuse. J'ai senti à ce moment-là qu'il était chaud et bien lancé, c'est pourquoi j'ai sournoisement demandé: "vous ne deviez pas arrêter de fumer pour acheter une carabine (ou un fusil je sais plus) ?" La suite a coulé de source: "si mais j'ai une cartouche de clopes à finir... et d'ailleurs ça vaut aussi cher que des cartouches pour mon fusil... tu sais combien ça coute des cartouches ? Non ?! Entre 50 centimes et 5€ ! Moi je prends les plus chères parce que j'ai le plus gros calibre du marché ! Quand je charge mon pétard, je charge pour dix euros. Du coup, les potes, ils savent que quand je flingue, c'est pour faire mouche ! Je rate jamais ma cible quoi ! Moi, c'est renard ou sanglier, parce que les lapins si je les tire avec mon flingue, il en reste que dalle, oualou, nada, peanuts ! eh ouais ! déjà que les sangliers je les coupe en deux !"

Vous noterez sans peine le côté subliminal de son gros calibre, mais je vous assure que la fierté qui émanait de cette grande tirade rendait cette faconde enfantine assez attendrissante... Lui Tarzan, moi Jane !

vendredi 9 juillet 2010

Félicité gardoise

En chemin, ce vendredi, sur les vagues traces de mon enfance, à Nîmes. Autrefois, il y eut plus d'une balade dominicale avec mes grands-parents, plus d'une boîte de croquants de Villaret achetée. Mettons que ça fait dix ans que je n'avais pas arpenté les ruelles nîmoises.


La ville a pris des faux airs d'Aix-en-Provence, avec autant de touristes amerlocains, des ruines romaines en plus et du snobisme en moins. J'en gardais un souvenir en noir et blanc, des beaux bâtiments éreintés par les volutes du pollution. Tout ça a bien changé, la rénovation ayant transformé la physionomie de la ville. La Maison Carrée va bientôt resplendir de mille feux. Seules les arènes sont encore noyées dans leur crasse. Ce qui ne m'a pas empêché d'honorer une tradition familiale: boire un Orangina au café de la Bourse. Je tiens sans doute de mes aïeux ma passion inconsidérée pour les après-midis passées à la terrasse d'un café à siroter un panaché en regardant les passants s'activer. Peu de mes amis tiennent le rythme 14-20h (à raison d'un changement de café toutes les deux heures), d'une oisiveté totale et revendiquée.


Pour ce qui concerne le rythme de cette journée, déambuler en fin de matinée dans les jardins de la fontaine s'est avéré tout à fait agréable. On y croise surtout des couples d'amoureux et quelques mamies égarées. Ensuite, après un gueuleton plus ou moins méridional, ma course frénétique à l'achat compulsif n'a hélas pas été productive malgré un certain nombre de magasins visités... Au final, une journée plus qu'agréable que je me suis promis de rééditer dans quelques temps.

mardi 6 juillet 2010

Erasmus Revival

Une réminiscence d'exotisme a ponctué mon weekend. Pour rendre service à une amie, à qui je devais bien ça pour m'avoir gracieusement hébergé au Caire, j'ai servi de guide touristique à deux anglais de passage dans la capitale languedocienne. S'en voulant terriblement de ne pas être présente pour les accueillir, elle m'a confié cette délicate mission. Ce n'est pas la première fois que je me livre à ce genre d'exercice ; j'aime assez jouer les guides (et je monopolise le guide papier à l'étranger pour mener moi-même les manœuvres) mais plutôt en français...

Mes anglais, bien renseignés, m'ont donné rendez-vous à l'endroit qui leur paraissait être le plus évident: la Place de la Comédie. Why not, comme on dit chez eux. Mais c'est que c'est grand et que j'ai du les convaincre de se retrouver sur les marches de l'Opéra. En clin d'œil à ce coin où j'ai fait tant de -surprenantes- rencontres...

Avant toute chose, pour éviter les bourdes, j'ai mis une tête sur leurs noms grâce à un réseau social bien connu. Aussi les ai-je reconnus sans peine à l'espace indiqué. Un petit blond trapu et un petit brun bien en chair. Ma foi, nous avons bien marché et vu plus que l'essentiel. Ma tendance naturelle à fuir les grands axes piétons et à couper par des petites rues charmantes et ombragées ne les a pas plus emballés que ça. Je crois qu'ils ont préféré les côtés majestueux de Montpellier. L'esplanade Charles de Gaulle, les toits du Corum (pour dominer toute la ville) et surtout la promenade du Peyrou (complètement rénovée). L'aqueduc et la statue de Louis XIV les ont beaucoup intéressés.

Malheur à moi qui ait tenté de retracer brièvement les divers régimes politiques de la France depuis le Roi-Soleil. Ensuite, nous n'avons guère oublié d'église mais ils se sont montrés davantage fascinés par la faculté de médecine et par la fameuse rue de l'université. Je les ai vite sentis amateurs de bière, aussi sommes-nous allés dans un pub irlandais qui retransmettait un match de coupe du monde. Évidemment, ils ont été un peu décontenancés par le demi à la française et ont fini tous les deux par boire une pinte chacun. Un peu perturbés également par le fait que je boive une bière belge et non française ; pas si chauvins que ça, ces français ?

En venant, ils s'attendaient à trouver des températures clémentes, de l'ordre de 24°. Les 35° continus depuis le début de la semaine les ont bien surpris. Un peu déçus d'être dans les mêmes eaux qu'au Caire. Avant de les quitter, après une longue et intéressante conversation, je les ai rapidement renseignés sur les bonnes adresses et sur divers détails techniques pour la suite de leur visite. J'ai beaucoup ri en constatant que la moitié des bars et clubs répertoriés et conseillés dans leur guide touristique étaient... gays ! Eux, ça les a beaucoup moins fait rire.

Avant de gagner la ville rose puis Bordeaux, ils comptaient passer une journée encore dans la région de Montpellier. Je crois que je les ai dissuadés de se rendre aux Saintes-Maries-de-la-Mer. Il est vrai que c'est un endroit à voir, mais au second degré. L'empire des beaufs (mon moniteur d'auto-école doit y habiter ?!) et du mauvais goût. J'en suis resté marqué à jamais. Ils croyaient retrouver la même ambiance qu'à Cassis. Diantre non ! La mer n'y est pas si belle, pas de somptueuses villas, pas de vieilles dames liftées brûlées par le soleil, seulement de la cellulite en décomposition avancée. Déjà qu'ils n'ont pas été emballés par leur promenade à Palavas-les-Flots, je pense qu'ils n'auraient guère apprécié la distinction toute méridionale des Saintes-Maries !

Dans les derniers instants de notre rencontre, pour me remercier, ils m'ont offert une bouteille de pastis artisanal acheté sur le Vieux Port à Marseille. Geste généreux et touchant qui a fini de me convaincre que j'avais affaire à des gens très sympathiques. Reste que je déteste le Pastis. Si j'ai mon permis du premier coup, j'en connais un qui sera content de le boire à ma place !

samedi 3 juillet 2010

De Luis Mariano au pigeon farci

C'est une caricature du prof d'auto-école, le beauf par excellence. Nouvelle tare: il est chasseur. Il a donc fallu discuter fusil et carabine. Il a bien tenté de m'expliquer les différences fondamentales mais je n'étais pas vraiment concentré sur la bouillie qui sortait de sa bouche, noyée dans une barbe grisonnante. Sa femme non plus, apparemment, n'a pas bien compris. Tout ce qu'elle a vu, cette ingrate, c'est une future dépense inutile. La garce a poussé le vice jusqu'à lui demander d'arrêter de fumer pour financer cet achat avec l'argent économisé sur les cigarettes. Quel outrage !

Sans vouloir jouer les vantards, je crois que mes "couilles" le fascinent. C'est fou tout ce qu'il peut menacer de leur faire. Je me tâte encore entre les différents supplices qu'il m'offre. Me les arracher et me les mettre en pendentif aux oreilles ou, dans un élan d'émétophilie, m'y vomir dessus. Ça se discute, non ?!

Je mets toutes ces subtiles paroles sur le compte de son excitation. S'il me prive de climatisation (par 35°, ce ne serait pas toujours du luxe), il est très coulant sur la radio. A condition que ce soit lui qui la fasse lui-même. Entre quelques hululements, j'ai droit à des reprises de Luis Mariano ou de Claude François. Il est assez fier de ses improvisations, je dois dire. Moi, je subis, en silence. N'allez pas croire que c'est un ringard, il se targue de ne pas écouter Nostalgie. Lui, c'est RMC Info, pour le foot.

Son excitation se traduit aussi par des gesticulations et des imitations de tirs assez impressionnantes à la simple vue d'un volatile susceptible d'être mangé. Évidemment, avantage d'habiter le sud, conduire sur les petites routes sillonnant les étangs et les plages de la méditerranée pousse inévitablement à rencontrer des oiseaux de toutes sortes. Misère...

C'est tout de même un bon professeur, toujours prompt à pallier les inévitables bourdes que je ne manque pas de commettre. Mais il y a un hic fondamental. Pour bien doser l'embrayage, un bon conducteur est un conducteur dont le talon de la chaussure est usé. Soit. Mais me demander d'infliger ça à mes chaussures en daim toutes neuves, c'est infâme !

Pour me ramener à mon point de départ initial, on a pris l'élève suivant au passage, qui s'est mis aux commandes. Ils ont l'air de bien s'entendre tous les deux. "Tu as fait des réglages ? Oui ? Alors c'est quand tu veux ma chérie!", "bien mon amour!". Rires gras. Parfois je me dis que les hétérosexuels doivent être bien peu sûrs de leur sexualité pour se sentir si souvent obligés de montrer qu'ils n'en sont pas.

vendredi 2 juillet 2010

En voiture poulette !

Mon moniteur ne m'a pas déçu. Tout à fait comme je l'imaginais. En voilà un qui serait frustré si toutes les filles portaient des burqas ; il n'aurait tout simplement plus rien à raconter. Sur le trajet, il détaille toutes les filles qui marchent sur les trottoirs. Tête, âge, poitrine, hanche, jambes, vêtements.

Attention ! Il a un regard d'expert ! Celle-ci porte une culotte, tiens celle-là un string. Une autre porte un soutien-gorge alors qu'elle n'a pas de poitrine. Une autre encore ferait mieux de porter des vêtements moins moulants... Mais en général, c'est l'été que diable!, dénudez-vous jeunes filles, y'a du moniteur frustré qui veut mater !

Son langage est la distinction même. Je n'ai jamais touché un volant ? "Monte donc, que je te dépucèle !". S'il savait... J'ai intérêt à prendre garde à la boite de vitesses parce que si je l'abime, il "m'arrache les couilles". Bien bien, je prends note. Ce serait quand même dommage puisque, d'après lui, même si les filles reprochent aux hommes d'avoir le cerveau à l'entre-jambe, elles sont souvent bien contentes que nous l'ayons à cet endroit quand on les fait monter au rideau, hein !

Somptueux. Comme la fille de l'autre jour, j'ai mon petit surnom. Moi, c'est "mon poulet". Je crois que j'aurais préféré "ma chérie" ! Un choix murement réfléchi, il ne faut pas croire... Je suis grand, manifestement trop grand pour sa voiture. J'ai les jambes dans le volant et j'ai des "palmes" qui me servent de pieds. Donc, un poulet. J'ai échappé à "mon canard", vous croyez que je devrais me réjouir ?

En voilà un qui va alimenter mes mornes chroniques estivales. Rendez-vous demain. Après deux heures en sa compagnie, j'en aurai de belles à raconter !