mardi 30 mars 2010

Venezia (1): apprendre à respirer


J'ai médis avant de partir. Vu les talents culinaires des tchèques, j'avais parié sur une variante du goulasch comme repas dans l'avion... Finalement, c'était tout à fait mangeable et les boissons étaient à volonté. Vue superbe lors du trajet, sur Munich et Innsbruck, malgré une arrivée un peu nuageuse.

Un petit aéroport bondé et esquiché, comme on dit chez nous, sur un bord de mer. Une arrivée rapide et simplissime Piazzale Roma (le temps et la solitude de l'instant ne se prêtaient pas à un transfert en vaporetto). Une fois la valise confiée aux bons soins de la consigne de la gare, j'ai fait un grand tour en forme de repérage (j'ai cette fâcheuse tendance de faire le tour d'une ville en une demi-journée pour comprendre comment elle s'agence ; un petit tour du propriétaire que j'ai aussi effectué le lendemain de mon arrivée à Prague...).

Où l'on entend un groupe d'anglaises se féliciter d'arriver à leur hôtel pour le tea-time... Et où l'on tombe sur le tournage d'une série B, fou-rire assuré tant la scène était nunuche. Un bel éphèbe (sans quoi je n'aurais pas prêter attention à l'attroupement) nonchalamment accoudé à un pont, censé être en train de dessiner. Une jeune fille, sortie de nulle part, qui lui saute dessus pour l'embrasser (ah la garce !) avant de s'enfuir le long d'un canal (ah l'ingrate !)... Vu de l'extérieur, c'était absolument ridicule et risible mais j'admire le sérieux des jeunes acteurs qui tentent de jouer ça de façon crédible devant un tas de touristes amusés.

Après, je me suis fait dégager par un vigile et j'ai enfin commencé ma visite de façon attentive. Du coup, au lieu de tourner en rond, je me suis mis à suivre les panneaux et j'ai été rapidement englouti par la masse de touristes de la place Saint Marc. Sorti de mon paisible trou pragois, j'ai vite suffoqué au milieu de cette atmosphère de fourmilière bruyante.


Vivaldi, aussi discrètement fêté que Monteverdi à Venise (on est loin du tapage Mozart à Salzburg), entendu dans une église...

jeudi 25 mars 2010

Où l'on brocarde la franchouillardise

En rentrant ce soir, dans le métro. Un couple avec poussette qui bloque le passage dans l'escalator. Les tchèques sont rustres mais se rangent toujours soigneusement sur leur droite dans les escaliers mécaniques. Un jeune manifestement pressé demande pardon et fait comprendre qu'il aimerait passer pour continuer à gravir les escaliers.

Car il pourrait très bien passer si la jeune femme ne se mettait pas à gauche de la poussette pour faire la niaise devant son bébé. Elle s'offusque, le jeune ne se démonte pas et insiste. Elle finit par s'incliner et à se ranger derrière son mari et la poussette.

Quand je les rejoins, je l'entends qui grogne "non mais vraiment, il ne pouvait pas attendre ce petit con ? Putain qu'ils sont rustres !"

Je me suis ardemment retenu de ne pas intervenir parce que j'étais pressé et que je n'avais pas envie d'argumenter avec une touriste française lambda en lune de miel avec son gosse et son mari.

Je me moque des tchèques, je reste parfois effaré de leur rusticité. Mais ils ne sont pas malpolis et s'il y a quelque chose d'absolument remarquable chez eux, c'est leur sens de l'intérêt collectif. Qui écrase le petit intérêt individuel égoïste.

L'intérêt collectif dans cette situation, c'était que la mère se range sur la droite pour ne pas obstruer le passage et nuire à l'intérêt de toutes les autres personnes. Cette française qui m'a fait honte, n'a vu, elle, que son petit intérêt personnel de mère cruche émerveillée devant son petit enfant roi.

Du coup, je crois bien que je suis pris du syndrome de Stockholm, je me tchéquise !!

Voguer de découverte en découverte

Un petit mot joyeux sur ces quatre derniers jours, avant de m'envoler pour la première et dernière fois avec Czech Airlines, il fallait bien que je teste la compagnie tchèque:

L'ATR-42 qui fait la liaison Prague-Venise

Ces jours ensoleillés et tous agréables, à leur manière. Une douce balade dans le parc de Letna (où trône le fameux métronome géant de Prague qui remplace l'immense statue de Staline qui trainait là auparavant) qui offre une vue splendide sur toute la ville.

Un cours assez percutant hier. La jeune prof est arrivée avec un énorme dossier sous le bras. Qui s'est avéré être le dossier administratif dressé sous l'ère communiste par les services de l'Etat chargés de suivre attentivement tout cadre travaillant pour le compte de celui-ci. Toute la vie de l'employé consignée depuis sa naissance jusqu'à sa mort. Tout postulant voyait sa vie retracée depuis sa maternelle: ses fréquentations, témoignages "d'amis" sur sa moralité et son abnégation communiste, ses résultats scolaires, ses hobbys etc... Mais aussi, l'administration en profitait pour fouiller la vie de ses parents et de ses beaux-parents. Tout était savamment classé et classifié. C'est pour ce genre de cours qui permet de vraiment saisir les enjeux de la vie communiste que j'étais venu à Prague. Dommage que la plupart du temps ce soit si superficiel.

Ajoutez à ça un petit caprice visant à faire un monstrueux détour pour acheter des pains au chocolat Paul à prix d'or et vous avez un excellent début de semaine. Hâte d'être à Venise maintenant !

(J'ai même essayé de me mettre à Wagner, et ça pourrait me plaire, mais si on ne fait pas son travail de découverte dans les règles, les fanatiques et les ayatollahs du wagnérisme vous tombent dessus, pour votre bien, parait-il)

lundi 22 mars 2010

Finalement, je pleurerai dans l'avion

Pour achever en beauté quelques jours déprimants en raison d'une vie pragoise tout à coup exsangue et de celles d'amies prises dans la tourmente, j'ai acheté mon billet d'avion de retour définitif pour la France.

Ça c'est dur. J'ai pris la date ultime, le lundi 31 mai. Même si par grande chance, j'atterrirai directement à Montpellier, ce qui m'évite bien des tracasseries, c'est désormais une course contre la montre pour profiter des dernières semaines qu'il me reste à vivre à Prague.

C'est le moment de se secouer et de faire de chaque jour une fête et une chance. J'ai décidé de commencer demain.

Je me voyais déjà pleurer dans le train (ça me file irrémédiablement le cafard, le train) et bien ce sera dans l'avion. Nettement plus classe de pleurer à 2000 mètres d'altitude.

samedi 20 mars 2010

Mise en bouche vénitienne

Le weekend prochain, nous nous offrons quelques jours à Venise. Un peu de hasard ne nuisant pas à l'affaire, j'écoutais hier soir, en concert, La Madeleine aux pieds du Christ de Caldara (qui est donc vénitien d'origine, pour ceux qui ne verraient pas le lien). Œuvre très rarement donnée alors même qu'un enregistrement de René Jacobs lui a rendue pleinement justice. Cette douce et langoureuse plainte ferait fondre n'importe quel "crucificateur", me semble-t-il:


Ce concert a été magistral comme toutes les productions du Collegium 1704. Bien que les solistes aient été un peu inégaux, l'ensemble était de très haute tenue avec des moments de rare grâce. Un ensemble souvent mal servi au disque qui a l'immense mérite d'exister à Prague. Le partenariat financier avec la ville de Dresde semblant aider considérablement à assainir les finances...

Toujours est-il qu'un petit tchèque d'une cinquantaine d'années m'a été tout à fait agréable. Il m'a demandé l'heure (mais ce n'était pas pour obtenir mon phone dans son cas) et je lui ai tendu mon programme. Après cette bourde initiale, la sympathie s'est installée entre nous et quand il m'a vu griffonner quelques idées de billet sur ledit programme, il m'a aimablement offert une feuille de papier blanc qu'il a sortie de Dieu sait où. Le tout avec le sourire. Comme quoi cette fonction est bel et bien programmée dans les gènes de certains tchèques... Allons, allons, je médis.

Une soirée agréable qui est venue faire écho à ce proche voyage. Pour continuer à me mettre dans l'ambiance, je m'abreuverai des conseils des voyageurs éclairés mais, au risque d'en décevoir certains, je ne relirai pas La Mort à Venise de Thomas Mann et je revisionnerai encore moins l'adaptation de Luchino Visconti. Film que je qualifie de soporifique comme l'œuvre dont il est tiré. Les lapidations sont permises dans les commentaires !

mercredi 17 mars 2010

Intermède

Billet rédigé sous le regard attentif d'une camarade finlandaise

Je me réveille à Montpellier, je passe la journée à Aix et je me couche à Prague. Il y a quelque chose d'absolument incroyable dans la vie humaine. Utiliser une voiture, le train, le car, l'avion, le bus, le métro et le tramway dans cet ordre pour réaliser cet exploit moderne.

Séjour ensoleillé. C'était diablement agréable de manger un plat du jour sur la place de la comédie baignée de doux soleil. C'était divin de savourer une glace (la première de l'année !) en déambulant sur le cours Mirabeau inondé d'une lumière diffuse.

Comme quoi, on peut courir le monde et découvrir les capitales européennes alors qu'un des bonheurs les plus ineffables, c'est discuter pendant des heures avec la meilleure compagnie qui soit autour d'un verre dans un endroit charmant et doucement ensoleillé.

Et puis, il y a des coïncidences incroyables. Tomber à l'aéroport de Marseille sur le coordinateur du magazine pour lequel j'ai eu travaillé l'année passée. Et l'entendre médire sur la nouvelle équipe dont il prédit une terrible fin. "Beaux yeux" comme on l'appelait, fidèle à lui-même.

Enfin, c'est un peu frustrant de rentrer si précipitamment pour retrouver la grisaille pragoise. Je grimace un peu mais dans le tram me menant à l'université un couple de jeunes hommes un peu tape-à-l'œil m'a fait sourire. Le blondinet avait dû tomber dans une marmite d'auto-bronzant quand il était petit pour avoir une teinte orange pareille et son copain ne ressemblait pas à grand-chose. Tentative improbable de drague à mon endroit de ce dernier en me demandant l'heure qu'il était. Je l'ai doucement remballé en lui faisant remarquer qu'il avait une montre et qu'il y avait une horloge dans la rame de tramway. Son blondinet de copain a ri aux éclats (ils n'étaient pas tchèques, of course) de sa déconvenue. Moi, j'en ris encore !

dimanche 14 mars 2010

Souvenir (narcissique et musical)

Chaque année, je fais un stage de musique. Je reste fidèle pendant quelques années à un puis je change. L'année dernière je participais pour la première fois à un stage et nous avons été filmés. Ça fait de beaux souvenirs. Et comme je ne m'agite pas trop et que je ne me lamente pas non plus, j'ose poster deux très courts extraits de répétition d'une cantate de Telemann pour soprano et flûte à bec. C'est la bêtise musicale du weekend en somme.





samedi 13 mars 2010

Baroque !

Voyage un peu long vers la France mais agréablement conclu par un atterrissage magnifique à Marignane. Alors que le soleil commençait à se coucher et inondait la côte d'une lumière dorée et douce, l'avion a fait le tour des îles au large de Marseille. On apercevait très bien le château d'If, entouré des eaux tourmentées de la méditerranée.

Je pourrais évoquer le con (ce mot a été inventé pour les gens comme lui) qui grommelle d'attendre quelques minutes avant de s'assoir à son fauteuil dans l'avion, le temps que je m'installe, qui ne quitte pas son manteau pour être le premier à ressortir dudit avion, qui rouspète que l'équipage ne parle pas français (nous étions sur un avion Lufthansa...) et qui lit Le Figaro et que par pur sadisme j'ai sciemment énervé en lisant Têtu au lieu de mon Don Quichotte sous ses yeux ébahis et furibonds, mais je ne le ferais pas.

Je délaisse donc les beautés baroques pragoises l'espace d'un weekend mais je compense musicalement. Après une semaine consacrée à Schumann et Beethoven (musique pour piano et musique de chambre), je replonge dans le baroque. Et toujours ce même soulagement d'entendre un clavecin et une basse continue. Cette assise me manquera éternellement dans tous les autres répertoires. Mon côté terre-à-terre et bien ancré, probablement.

Je compense visuellement aussi, j'ai enfin fait mon achat de l'année... Depuis que j'en parlais ! L'excellent ouvrage et magnifique objet des éditions Taschen consacré au Caravage est désormais en ma possession. Ma parentèle lève les yeux au ciel devant cet achat inconsidéré consacré à un si mauvais peintre (et en plus, tu le sais, la maison est pleine, alors ce truc qui tient une place monstre, tu vas le mettre où ?). Je m'en fiche, moi, je me suis bien amusé à transporter l'immense carton judicieusement équipé d'une poignée à travers la ville en flânant sur la place de la comédie...

Avec mon manteau et mon écharpe, je détonnais un peu dans cette ambiance d'été avant l'heure et j'ai apprécié plus que de coutume l'éclat des façades en pierre calcaire. Demain, je me rendrai aux urnes pour adouber (ou pas) le trublion Frêche...

vendredi 12 mars 2010

La malédiction pragoise

Je suis victime d'une terrrrrrrible malédiction. Comme si le ciel savait que je m'apprêtais à le polluer, dès que je dois prendre l'avion au départ de Prague, il neige. C'est systématique. Et c'est agaçant de tirer sa valise dans la poudreuse en se prenant des flocons dans la figure et en dérapant sur une motte. J'ai l'air d'un bibendum un peu ivre qui ferait des sauts de gazelle en écoutant cette musique:

jeudi 11 mars 2010

L'homme du métro

Il se tient là. Sur le passage. Inexorablement. A n'importe quelle heure, il est là. Oh, bien sûr, il n'est pas de ceux qu'on remarque. Il n'est pas très beau en somme. Il a un bel embonpoint et revêt des vieilles fringues héritées d'une autre époque. Mais on ne peut s'empêcher d'y faire attention parce qu'on croise inévitablement, sans qu'on le veuille, son regard. On entend ses paroles lancinantes qu'on aimerait ignorer. On va parfois jusqu'à faire un pas de côté pour l'éviter.

Le vendredi, en passant à 7h40, on se dit qu'il ne sera pas là. Et pourtant, il y est. Le soir à 19h largement passées, il est toujours présent. C'est à croire qu'il vit dans sa bouche de métro. Ligne B, couleur jaune. La station Karlovo Namesti ne serait pas ce qu'elle est sans cet homme.

Debout toute la journée avec sa sacoche sur le côté. Et des magazines dans les mains. Il se démène toute la journée pour en vendre quelques uns. Si je lisais le tchèque, j'aurais fini par lui en prendre un, histoire de cerner le contenu.

Le jour où ce monsieur n'arpentera plus ce couloir froid et venteux, ce ne sera plus pareil. J'aurai un pincement au cœur. Parce que je me trouve bien con tous les matins quand je le vois. Petit privilégié en villégiature forcée à Prague, déconnecté des réalités.

mercredi 10 mars 2010

Les fantômes

Il suffit que vous soyez à des milliers de kilomètres de votre lieu de résidence habituelle et des gens que vous n'avez pas côtoyer depuis deux ans ressurgissent... La conversation est restée agréable mais ce revenant vous renvoie à une période que vous auriez préféré oublier (vous commenciez à bien y arriver, d'ailleurs !). D'un pas, vous passez de vos pires souvenirs d'adolescence à vos pires souvenirs d'enfance. Et comme si ça ne suffisait pas, vous sombrez dans Schumann qui vient hanter vos nuits avec ses sublimes mélopées:


Vivement que je reparte en vadrouille pour m'aérer l'esprit !

mardi 9 mars 2010

L'autre Prague


Je n'étais encore jamais allé me promener dans le parc situé au bas de ma rue. C'est pourtant l'un des plus grands de la ville. Mais le froid et l'enneigement m'avaient dissuadé jusqu'alors. Grand parc donc, mais sans charme. Seules les grandes terrasses, surplombant des vignes, qui offrent une vue gigantesque sur le banlieue sud de Prague ont un attrait particulier. On peut "contempler" les banlieues, les immeubles gris, les cheminées, les buildings, le pont qui a défiguré Vysherad. L'autre Prague, celui dans lequel 100 000 personnes vivent, là dans ces immeubles au fond de la photo, au milieu:



lundi 8 mars 2010

Les tchèques sont-ils tristes ?

Devoir surveillé du lundi. J'ai eu le temps d'un superbe concert pour réfléchir à la question. Programmation osée avec la symphonie n°1 de Beethoven, souvent jugée avec condescendance. Une œuvre joviale qui me met irrémédiablement de bonne humeur. J'affichais un éclatant sourire (vive le détartrage remboursé par la Sécu) mais je faisais face à une assemblée triste comme à un enterrement. J'étais placé sur les gradins en hauteur, derrière l'orchestre. J'avais donc tout le loisir d'épier le parterre. Cette œuvre lumineuse n'a pas réussi à décocher un sourire chez mes acolytes.

Alors, sont-ils si tristes que ça, ces tchèques ? Sans ambages, la réponse est oui. Le grand jeu des premières semaines de notre installation à Prague pour moi et tous les étudiants Erasmus, c'était de faire sourire un tchèque, une caissière ou n'importe qui avec lequel on pouvait entrer en contact. Soyons francs: personne n'y est parvenu.
Dans les transports en commun, dans la rue et dans la vie en général, ce qui est frappant, c'est le mutisme ambiant. Ils parlent peu, s'expriment discrètement à voix basse. Et jamais, ô grand jamais, je n'ai surpris d'éclat de rire. Même chez les plus jeunes.
La plupart des gens sont ternes et monotones. On ne les surprendra jamais à se plaindre car tous semblent résigner à la vie qui est la leur, qu'ils doivent trouver parfaitement satisfaisante, d'ailleurs. Pas de lassitude ni d'entrain. Une totale neutralité d'humeur.
Je ne peux pas dire à quoi cela est dû. Je ne suis ami avec aucun tchèque, les étudiants Erasmus n'étant pas du tout intégrés à la vie de l'université. Lors du cours en français, où des étudiants tchèques sont présents, je me suis hasardé à dire que les tchèques, en dépit d'un pays en progression économique et sociale constante, ne semblaient pas si heureux que ça. L'opprobre général a été la seule réponse. Peut-être tenterai-je de questionner une amie mariée à un tchèque pour en savoir davantage. Elle conserve un œil assez critique sur le peuple qui l'a accueillie.

Pour revenir sur le concert, la seconde partie était consacrée au concerto pour piano n°1 de Brahms avec Yefim Bronfman. Un incroyable pianiste ; une armoire à glace qui creuse les notes et qui offre au public un son diablement propulsé.
La philharmonie de Prague a connu quelques problèmes de justesse dans le premier mouvement. Souvent considérée comme inférieure à l'orchestre philharmonique, c'est pourtant une excellente formation avec des vents splendides. La symphonie de Beethoven de la première partie était à cet égard tout simplement parfaite. Le chef y croyait et savait communiquer son enthousiasme et sa précision à l'orchestre. En fait, le problème avec cette formation est souvent celui-là: perfection en première partie et relâchement traître en seconde partie et donc baisse de qualité et d'engagement.


Pour le concert le plus cher de la saison du Rudolfinum, la salle était plus clairsemée qu'à l'accoutumée. Un petit rappel du niveau de vie encore incertain des tchèques. Et c'est un phénomène curieux mais constant: peu importe la qualité du concert, l'applaudimètre est fonction croissante du prix de la place. Vraiment étrange.

dimanche 7 mars 2010

Un manque

Je n'ai pas trouvé encore à Prague de rituel réconfortant. Celui qu'on accomplit quand on veut s'éviter de déprimer (pratique à laquelle les gens comme moi aiment bien s'adonner) ou quand on a envie, encore plus que les autres jours, d'être seul avec soi-même.

A Aix, les jours ensoleillés, je descendais par les petites rues vers le Cours Sextius avant de faire le tour du parc et du pavillon Vendôme. Puis je remontais vers le Cours Mirabeau et je flanais longuement dans les diverses librairies mais je finissais toujours par acheter un livre à la librairie de Provence, ragaillardi par les vendeuses affables et compétentes.

Pavillon Vendôme (photo trouvée sur Panoramio.com)

Le cocktail parfait pour me détendre dans une fausse spiritualité, du temps où je vivais à Montpellier, c'était de perdre mon regard dans les immenses tableaux noirs de Pierre Soulages (un artiste que j'estime beaucoup), au musée Fabre avec du Arvo Pärt dans les oreilles. Aspiré par cette étendue noirâtre et apaisé par ces sons lancinants et incandescents. J'en profitais aussi pour rester planté de longues minutes devant ce tableau d'Emile Friant intitulé "La lutte". Il me trouble par sa sensualité (je n'y vois ou je n'y cherche toutefois aucun érotisme) mêlée à une fausse virilité, le tout sur fond de scène quotidienne et anodine.


Le weekend prochain, je passerai par Montpellier et par Aix et je n'aurai pas le temps d'accomplir ces petits rituels que j'aime tant. A moi d'en trouver un équivalent à Prague, avant qu'il ne soit trop tard pour l'apprécier durablement...

samedi 6 mars 2010

Les tchèques, les français

Souvenir d'un gros tchèque bourru, sur un marché de Noël, qui a l'évocation de notre nationalité s'était exclamé "Zidané, Zidané !" (en imitant le fameux coup de boule de la finale du Mondial 2006).

Réduire la France à un footballeur est un peu vexant mais ces fameux tchèques se rattrapent avec leur syndicalisme (transition bidon, je vous l'accorde). Parce que personne ne le sait mais en vrai, il y a eu une grève des transports à Prague. Enfin, il y aurait du y avoir une grève. Elle était prévue, tenez-vous bien, lundi matin de 4h à 9h du matin... Ainsi, quand leur colère est immense, les tchèques font grève 5h dans une journée quand tout le monde dort ou presque. C'est beau ! Et c'est tellement peu dans leur nature qu'ils ont finalement annulé le mouvement pour laisser du temps supplémentaire à leur syndicat pour trouver une solution à l'amiable avec la municipalité. Ils ont ensuite reporté leur grève jeudi face au statu quo imposé par cette dernière et l'ont finalement de nouveau annulée, pour les mêmes motifs. Une telle ferveur m'émerveille !

Je les moque parfois vertement, mes tchèques adorés, mais je dois reconnaître qu'ils ont des qualités et des principes assez estimables. Sinon, leur climat est vraiment pourri ; la ville a repris son manteau neigeux et ses températures négatives. Ça me met en capilotade !

vendredi 5 mars 2010

Petites attentions (ou pas)

Vous en rêviez, il l'a fait. L'énième volume des sujets qui font s'ébaubir l'ingénu de passage (pour longtemps) à Prague. Sur quoi a-t-il porté son attention, le bougre ?

1) La présence de garde-robe dans tous les lieux publics. A l'université, existe donc une préposée aux manteaux qui est chargée toute la sainte journée d'accrocher et de décrocher des portes-manteaux les vestes des étudiants qui les lui confient. Tout étudiant trainant ses guêtres dans l'enceinte de la faculté plusieurs heures se déleste ainsi de son hivernale protection pour ne pas être encombré. Au pire, il y a des rangées de porte-manteaux dans chaque salle. Rien de tout cela en France et c'est pourtant fichtrement pratique ! A l'opéra ou au théâtre, vestiaire de rigueur, efficace et toujours gratuit.

2) Au supermarché (encore ?! oui, c'est une obsession chez moi), n'avoir que rarement le temps de ranger toutes ses courses dans les sacs. Le client suivant ne peut attendre ne serait-ce une dizaine de secondes. Être donc obligé d'attraper malencontreusement toutes les victuailles non emballées et de les transporter jusqu'à l'immense planche fixée au mur quelques mètres plus loin. Planche expressément conçue à cet effet. Des dizaines de clients y déposent leurs achats qu'ils n'ont pas eu le temps d'emballer en caisse et finissent de les ranger dans leurs sacs. Comme quoi la course au rendement n'est pas l'apanage de nos bonnes vieilles sociétés d'Europe de l'Ouest...

jeudi 4 mars 2010

En vrac

Vu ma prose débordante, je me sers de ce blog en perdition comme illustration de la vacuité de ma vie étriquée d'étudiant échoué sur les rives de la Vlatva (même cette phrase est l'œuvre d'un fat). En vrac donc.

Je me propose de rédiger un dossier universitaire sur un sujet subversif (les "gay rights" avant et après 1989 dans les pays d'Europe Centrale) en écoutant de la musique toute aussi scabreuse (Time for miracles d'Adam Lambert).

Je m'enfile tous les livres de Philippe Besson, qu'on tient rarement pour un grand écrivain alors même que chacun de ses ouvrages me touche profondément. En buvant du Earl Grey.

J'entrevois un aspect positif de la perte de mon dossier musique. Ça me force à découvrir de nouveaux horizons (j'ai même écouté du Schoenberg) et de nouvelles partitions (oui, j'ai aussi perdu tous ces feuillets patiemment scannés des heures durant avant le grand départ).

J'actualise mon CV et rédige moult lettres de motivation pour divers jobs d'été. C'est pas que mais faire le globe-trotter ça engendre quelques menues dépenses...

Je désespère de recevoir des nouvelles de ma directrice de mémoire qui, après m'avoir dit une fois de plus que mon sujet de recherches est trop large, fait la morte. La fois dernière, j'ai attendu son mail trois mois. Va-t-elle battre son record de lenteur?

J'ai enfin arrêté la date de mon dernier séjour à Rome. Et pour patienter, je regarde un film sur la vie du Caravage et un documentaire Arte consacré à son immense talent.

J'use à n'en plus finir mes pantalons sur les chaises bancales du Café 35, à l'Institut Français, accoudé au piano dont personne ne joue.

Je constate avec bonheur la disparition totale de la neige et j'en profite pour marche au bon air, loin des effluves nauséabondes des tramways.

Je fais trois supermarchés différents par semaine pour me concocter des menus mangeables.

Le pire, c'est que je regretterai atrocement tous ces menus détails quand je serai plongé dans mes cours de finances publiques l'année prochaine à la même période. Ce sera le bon temps, celui où on faisait des nuits de 12 heures et où on n'avait d'autre angoisse que celle de ne pas trouver le roman chéri dans les rayonnages de la médiathèque. Sort implacable, plus que trois mois de bonheur à venir. Déjà.

mercredi 3 mars 2010

J'ai pensé aux tchèques en...

... relisant mon livre culte Mademoiselle de Maupin, de Théophile Gautier. Je les ai vus personnifiés dans cette longue et puissante description:

"Comme leurs traits sont grossiers, ignobles, sans finesse, sans élégance ! Quelles lignes heurtées et disgracieuses ! Quelle peau dure, noire et sillonnée ! Les uns sont halés comme des pendus de six mois, hâves, osseux, poilus, avec des cordes à violon sur les mains, de grands pieds à pont-levis, une sale moustache toujours pleine de victuailles et retroussée en croc sur les oreilles, les cheveux rudes comme des crins de balai, un menton terminé en hure de sanglier, des lèvres gercées et cuites par les liqueurs fortes, des yeux entourés de quatre ou cinq orbes noirs, un cou plein de veines tordues, de gros muscles et de cartilages saillants. Les autres sont matelassés de viande rouge, et poussent devant eux un ventre cerclé à grand-peine par leur ceinturon ; ils ouvrent en clignotant leur petit œil vert de mer enflammé de luxure, et ressemblent plutôt à des hippopotames en culotte qu'à des créatures humaines. Cela sent toujours le vin, ou l'eau-de-vie, ou le tabac, ou son odeur naturelle, qui est bien la pire de toutes. Quant à ceux dont la forme est un peu moins dégoûtante, ils ressemblent à des femmes mal réussies - voilà tout."

Billet plein de mauvaise foi même si la génération des années 60-70 ressemble plutôt à cette description et celle d'aujourd'hui aux femmes mal réussies. D'autant que moi, je trouve ça très beau un garçon-femme-mal-réussi.