jeudi 7 octobre 2010

Rayonnement

Être tiré des bras du beau Morphée par une sonnerie de téléphone qu'on se jure de changer depuis des mois. Depuis qu'on ne supporte plus de souffrir "j'ai cru entendre je t'aime" au réveil. Se mouvoir jusqu'à la salle d'eau et s'émouvoir de sa mine matinale. Écouter les nouvelles enivrantes de France Info en faisant ses ablutions, s'étonner d'entendre déjà "il est 7h45 et...", perdre 5 min à choisir un pantalon pour prendre le plus moche, attraper un petit pain au lait qu'on mangera en descendant l'escalier, à toute allure.

Respirer l'air frais, encore un peu nocturne. Croiser les têtes renfrognées des habitants pressés (dont je fais partie), ne pas jeter un coup d'œil à la boulangerie, idéalement située sur le chemin. Snober aussi la machine à café de "l'espace détente" de l'Institut pour vite échanger les derniers potins sur les uns et les autres (ou apprendre ceux qui circulent sur son propre compte...) et baragouiner de l'anglais pendant deux heures. Se surprendre à défendre le Pape dans un de ces débats artificiels dont seuls les cours de langue ont le secret.

Se dispenser soi-même d'un cours de droit et être interpellé sur le chemin du retour de la maisonnée par deux jeunes qui, apprenant que la place de la ville qu'ils cherchent depuis un petit moment se situe à l'exact contraire de la direction dans laquelle ils s'obstinaient à aller, rient aux éclats de leur déconvenue. Zigzaguer entre les groupes de touristes amerlocains et constater avec soulagement que le patron de la boutique de lingerie de la rue est fidèle au poste. La bedaine en avant, la clope au bec, le bras accoudé sur un mannequin et le regard perdu sur les passants qui défilent.

Faire un détour par la librairie et repartir les bras chargés de volumes... Comme si la pile en attente n'était pas assez haute ! Je lis beaucoup mais pas autant que je le voudrais. Je dois avouer que le cours de culture générale, d'habitude si artificiel et académique, est proprement passionnant cette année. Dispensé par une prof qui donne envie de lire tous les ouvrages qu'elle cite. Vargas Llosa récompensé par le Nobel, encore un auteur à lire pour ne pas se ridiculiser à la fin de l'année dans l'épreuve reine de notre Institut: le Grand Oral.

Je ne travaille pas démesurément mais je suis pleinement investi dans ce que je fais, ce qui me change des deux dernières années. Je suis aussi redevenu un bon petit citadin bourgeois comme cette ville l'impose ; finie la modestie et la sobriété tchèque.

Peut-être aurais-je dû travailler davantage pour un débat en espagnol. J'ai eu l'outrecuidance de penser que je connaissais bien le sujet et que je pouvais me dispenser de préparation. "El matrimonio gay" a vu s'affronter quatre groupes d'étudiants, deux pour, deux contre. Je me réjouissais de défendre les positions LGBT mais ca a viré au carnage et j'ai trouvé le moment éprouvant.

Je hais le principe même de ces débats où chacun s'interrompt et où aucune idée n'aboutit. Tout a dérivé immédiatement sur l'adoption, les enfants, l'église, la famille... Je bouillais intérieurement, je trépignais sur ma chaise et je ne suis finalement presque pas intervenu. J'ai trouvé ça exaspérant ; un débat pour rire, où chacun s'amuse des énormités qu'il dit parce que c'est le jeu, où c'est à celui qui balancera l'argument le plus pernicieux qui soit. Il y avait comme une négation par l'absurde de la réalité. Peut-être que j'ai trouvé malsains aussi les regards à mon endroit de ceux qui débitaient les pires horreurs ; il n'y avait que ceux qui s'étaient rangés du côté des "pour" qui n'étaient pas au courant.

Bien sûr, les étudiants chargés de faire valoir les positions des anti-mariages sont, dans la vraie vie, favorables à cette évolution. Pour être exact, 21 sur 22. Une proportion évidemment différente de celle qu'on trouverait partout ailleurs. La sociologie de l'Institut étant elle-même biaisée. Les statistiques non officielles, établies par les esprits tortueux, laissent à penser que la proportion des minorités sexuelles est de l'ordre de 25% dans une promotion. Loin des 8% de la population générale.

7 commentaires:

Bashô a dit…

25%? Vous êtes sûr? Cela fait une personne sur quatre. Pour la petite histoire, j'ai trois excellents amis qui ont fait science po (et l'Ena). Ils sont tous les trois hétéros (et accessoirement catholiques pratiquants comme moi d'ailleurs).

Cela dit, je vais faire un exposé sur un aspect de la politique américaine devant un groupe de jeunes socialistes majoritairement composés de vos condisciples. Je ferai mes propres calculs statistiques. ;)

Kynseker a dit…

25% pour les individus de type masculin oui, c'est certain. Pour les filles, c'est plus compliqué à déterminer.

S./G.C a dit…

Ce "25%" ne me semble pas excessif.
Kynseker, avez-vous eu mon mail ?
Je vérifie avant de vous en envoyer un autre.

Bashô a dit…

Tout va bien?

Kynseker a dit…

@ S.: oui bien reçu, j'ai cru qu'il n'appelait pas de réponse. Au temps pour moi.

@ Bashô: je dois répondre au votre aussi. Mais là, non, ça va franchement mal, pour toutes sortes de raisons que je ne me sens pas d'expliciter sur ce blog... Mais c'est gentil à vous de prendre des nouvelles :-))

Bashô a dit…

@ Kynseker: J'avais vu votre répondre sur la dernière note de TM donc je suis venu prendre des nouvelles... Mon mail n'a rien d'urgent, vous répondrez quand vous aurez le temps et l'envie. :)
Je vous souhaite bon courage pour ce mois qui semble difficile. Si vous voulez vous changer les idées, vous êtes le bienvenu à mon exposé (en gros de l'histoire de la politique américaine) la semaine prochaine : il y aura des condisciples et donc peut-être des amis à vous dans l'auditoire.

Syl. a dit…

Rien depuis le 7 octobre : vous m'inquiétez.
Sinon, j'ai une bonne nouvelle : bientôt novembre (à Paris, c'est déjà novembre).