lundi 6 septembre 2010

Têtu, moi ?

Avoir travaillé pendant quelques mois pour un grand hebdomadaire aurait dû m'immuniser contre les manières un peu triviales des journalistes. Au moins, cette fois-ci, j'en ai ri. Il se trouve que, plus par défi que par intérêt, j'ai témoigné pour l'une des fameuses enquêtes du principal média LGBT. Ils recherchaient comme des âmes en peine des récits "d'amour à distance". L'année que je venais de vivre s'inscrivait donc parfaitement dans leur démarche. Je me suis alors fendu d'un petit témoignage.

C'était vers mars dernier, me semble-t-il. Le mail que je leur ai envoyé était un regard sincère mais, je l'avoue, calibré pour être cité dans leurs pages. Phrases péremptoires et conclusions tranchées enrobées d'une fausse lucidité sur les choses de la vie. Je suis assez fier de moi parce que je n'ai pas raté ma cible. Ce petit con de R. 21 ans s'affiche en caractère gras et violet en haut de la page avec une magnifique citation de sagacité juvénile.

Passé ce moment d'exaltation où l'on feuillette ardemment les pages pour voir si on y est, on se met à lire (normalement) l'ensemble de l'enquête pour voir un peu ce qu'il s'y dit. Tiens, c'est sympa, ils racontent ma petite vie d'étudiant expatrié... Et puis là, je tique un peu "R a souvent été tenté par d'autres garçons, la capitale tchèque étant réputée très gay-friendly". Ils sont mignons chez Têtu mais ils manient l'art de l'extrapolation avec un grand savoir-faire apparemment. Bande de briseurs de couple !

C'est de bonne guerre quoique le petit "les soupçons étaient difficiles à supporter des deux côtés" est tout de même de la pure invention journalistique. Ça m'amuse mais ça renforce également ma défiance envers toutes ces enquêtes témoignages où la tentation est souvent grande pour les journalistes qui les réalisent de faire dire ce qu'ils veulent aux messages qu'ils reçoivent.

5 commentaires:

Bashô a dit…

Ce qu'ils cherchent avant tout, c'est raconter une *bonne* histoire, la vérité devient forcément secondaire. Allez-vous garder précieusement l'article pour vos mémoires? ;)

Kynseker a dit…

Oh oui, ça fera un bon souvenir... Il faut juste que je le range précieusement ou que je l'emporte chez moi pour éviter qu'il ne disparaisse à cause des velléités de rangement maternelles...

Tambour Major a dit…

Comment ça ? Aucune tentation ? Aucune coucherie ? Aucune tromperie ? Pas d'effusions de larmes ni de happy-end à raconter ?
Comment veux-tu que les journalistes puissent faire proprement leur travail ensuite, hein ? :D

Audrey a dit…

C'est drôle, en voyant justement ce numéro de Têtu devant les magasins de journaux j'ai pensé à toi et m'étais dis intérieurement "ah ah voilà un numéro auquel Romain aurait pu participer!".
Maintenant, j'ai envie d'aller lire cet article, mais j'ai encore quelques réticences à aller feuilleter ce journal...Prendre un air décontracté "oui oui je suis une fille hétéro et je lis Têtu, et alors?", détaché, intéressé, comme si tu lisais le monde des religions, essayer de cacher la page de garde...Bon allez, dans les jours à venir je fais fi de ces blocages et vais lire ta prose déformée ;-)
(Et si tu es bonne âme ayant pitié de moi, tu peux aussi juste me scanner l'article...!)

Kynseker a dit…

J'hésite, j'hésite... Mon premier Têtu m'avait été offert par une amie, parce que j'étais plein de préjugés sur cette revue et que je refusais de la lire.

Quoi qu'il en soit, lorsqu'elle l'avait achetée en kiosque, le vendeur s'était montré très indiscret: "c'est pour vous ?? mais qu'est-ce que vous allez en faire ? ah ? vous êtes sûre que vous voulez acheter ça ?"...

Il faudra que je parle des divers ressentis des buralistes vis-à-vis des acheteurs de cette revue ; j'ai dressé une petite typologie !