samedi 25 septembre 2010

Gné ?!

A chaque fois que j'en relis la page de garde, je me demande comment j'en suis arrivé là, comment je suis parvenu à devoir rédiger un mémoire sur "Le roman-feuilleton français et le thème "Vengeance et Pardon" (1836-1866)" ?!

Retour en arrière. Nous sommes au début de l'année 2009 et j'apprends avec stupeur que je suis censé trouver un sujet de mémoire (et le directeur qui va avec). C'est l'heure d'une première funeste illumination: "Cioran, Cioran, Cioran... Il y a quelque chose à creuser par là... Des écrits aussi déprimants qu'une nuit sans lune à Sedan flattent bien mon côté masochiste de mec qui se plait à se torturer mentalement jusqu'à déprimer ; ainsi donc, si je faisais un mémoire sur Emil Cioran et ses foutus aphorismes ?".

Ni une ni deux, je prends contact avec une professeur calée en littérature qui me renvoit au fichier national des mémoires et des thèses pour voir ce qui s'est déjà fait dans le domaine. Tout, ou à peu près en fait. D'autres névrosés sont passés avant moi et ont labouré le terrain. Le seul sujet qui s'offre serait fondé sur les récentes révélations sur ses accointances avec le fascisme dans sa prime jeunesse. Sans façons.

S'ensuit une longue ellipse: je ne dépose pas de sujet de mémoire quand je suis enjoins à le faire et je n'ai pas de directeur de mémoire attitré. Plus d'un an plus tard, en avril 2010, on me rappelle une première fois à l'ordre et je ne réponds pas non plus. Complètement aboulique, il y a du Oblomov en moi.

Dans le temps, j'ai lu le Comte de Monte-Cristo et le récit de son implacable vengeance et mon inconscient de détraqué mental s'est imprégné d'une série de films qui reposent sur les ressorts de la vengeance, et du pardon, qui sait ? Ainsi, mon autre moi, celui de fouine cynique revancharde, fomente dans les tréfonds de mon être un complot terrible: une subtile alliance entre la brutalité sublimée du vengeur masqué et la galanterie efféminée du roman dix-neuvième. "Vengeance et Pardon dans le roman français du 19ème siècle". C'est que ça sonne rudement bien !

Je refais appel à la professeur de littérature. Un mail laconique pour me répondre "que c'est trop large". Et là, quelques mois plus tard, mon esprit s'emballe encore et a une dernière illumination: réduire le champ des investigations au roman-feuilleton. Personne ne s'y intéresse (ah bon ??): c'est de la "paralittérature". La professeur fait la moue mais signe le papier de dépôt de sujet de mémoire (année 2008-2009). Lundi, je le remets à la scolarité ; comment dit-on déjà ? Mieux vaut tard que jamais, c'est ça !

Maintenant que j'ai ce sujet sur les bras, il me reste cinq mois pour pondre une centaine de pages dessus. Ça s'annonce palpitant ! Vieux et fourbu, il sera l'heure de se demander sérieusement pourquoi ne pas avoir fait de mémoire sur l'œuvre du Caravage ou sur les idées politiques de Verdi, à travers ses opéras...

5 commentaires:

Tambour Major a dit…

Hi hi, c'est rudement compliqué le choix d'un sujet de mémoire (ou de thèse) ! On se pose toujours à un moment la question : "mais qu'est-ce qui ma pris de choisir un sujet pareil ?". Mais c'est trop tard... il faut continuer.
Bon travail !

Florent a dit…

Pourquoi t'as pas choisi un sujet de Droit ?

Bashô a dit…

Pour moi, ce fut mon directeur de thèse qui me choisit, ainsi que le sujet de thèse. Donc je n'ai pas eu ces affres.

Kynseker a dit…

@ TM: ça promet d'être intéressant mais comme le choix du sujet était libre, je me dis que j'aurais pu prendre quelque chose de plus osé. Mais comme il faudra expliquer le choix du sujet aux oraux des concours administratifs, un sujet tel que "les gays en République Tchèque" n'aurait pas été aisément présentable !

@ Florent: mes heures de droit public par semaine se comptent en dizaines, le sujet de mémoire est aussi là pour aérer l'esprit ! Et c'était l'unique occasion de ma vie d'étudiant de faire quelque chose de vraiment littéraire.

@ Bashô: vous étiez si brillant que les directeurs de thèse s'entretuaient pour vous avoir comme thésard ? Ou alors votre directeur n'avait trouvé aucune bonne âme pour plancher sur un sujet important que lui-même avait la flemme de traiter ?

Bashô a dit…

@ Kynseker : Il est vrai que mon patron est un des "grands noms" dans son domaine. Un exemple significatif : il a eu son habilitation à diriger les recherches un an après sa thèse. Mais je doute fortement obtenir un jour la médaille Fields, ou avoir l'habilitation aussi vite que lui. Disons que, après eu un refus du ministère de l'EN (pour me laisser passer l'agrégation), j'avais dû commencer plus tôt que prévu à réfléchir sur une thèse et il m'avait alors appelé (alors que je ne le connaissais pas à l'époque.) Disons que le milieu normalien est très protecteur...