lundi 16 août 2010

Improbable mais vrai

Alors que je prophétisais dans mon dernier billet mon échec au permis de conduire (le pessimisme est une tare communément partagée dans la famille), il se trouve que je suis heureux possesseur du précieux sésame ce soir. Le vendredi 13, jour d'examen, aurait-t-il été pour quelque chose dans ce succès ? Mon scepticisme devant toute forme de superstition m'interdit de répondre à cette question...

La petite mamie en 206 rouge qui a voulu s'arroger la priorité dans une voie d'insertion et que j'ai presque à coup de pare-choc empêcher de passer n'a pas eu raison du sang-froid de l'examinateur. J'en suis fort aise ! J'écope d'une mauvaise note en "adaptation aux situations" et d'une note moyenne avec un 20.5/30 mais l'essentiel est accompli.

Je n'ai pas perdu mon été, une bonne chose de faite pour l'avenir. Je commençais à me désespérer de moi-même devant la médiocrité ambiante qui animait ce début d'été. Ce mois d'août promet de bien se terminer avec une semaine à Malte que j'attends désormais avec impatience (je consultais hier soir le catalogue complet des œuvres du Caravage pour être sûr de n'en louper aucune sur place).

Pour me féliciter moi-même, je vais acheter quelques gros ouvrages bien lourds des éditions Taschen qui prendront place dans le coffre de la voiture. C'est quand même plus pratique qu'un scooter !

L'embêtant dans tout ça, c'est que je n'ai plus de raison de me plaindre et d'enquiquiner mon monde autour de moi. Sous quel prétexte fallacieux vais-je pouvoir ronchonner ?

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Pour conclure cet épisode auto-école, je vous livre en vrac les dernières perles de mes différents moniteurs. D'abord, le patron (l'homme aux cannettes) qui m'a relaté en long, en large et en travers son démêlé avec l'un de mes voisins qui refuse depuis des mois de régler les dernières leçons qu'il doit. J'aurais préféré qu'il se laisse aller aux confidences jusqu'à la fin de la leçon au lieu de se répandre en remarques méchantes et de trépigner d'indignation sur son siège. Leçon qui fut notre dernière ensemble à cause d'une incompatibilité pédagogique criante (pas très ouvert aux critiques sur sa façon d'exprimer les choses, le monsieur...).

Mon ami chasseur a multiplié avec toujours plus de vigueur les saillies machistes et vulgaires. Un vrai festival ponctué d'un "oh ! elle a des paillettes qui brillent sur ces chaussures ! j'adore les paillettes ! tu crois qu'elle a la foufoune qui clignote aussi ?!" mémorable. J'ai aussi pu lui faire part de ma petite théorie sur la récrimination "pédé" à l'aune de laquelle il a convenu que cette insulte était déplacée et inadaptée, "qu'elle ne [voulait] rien dire et qu'il [aurait] mieux fait de dire connard".

Et pour finir, la femme du patron que je n'avais encore jamais eu l'occasion d'avoir jusqu'à cette dernière semaine. Un peu écervelée et qui raconte des choses incroyables sans qu'on l'y invite. "Je suis raciste et j'ai plus honte de le dire ; regarde, hier, un jeune originaire de Mantes-la-Jolie n'a pas pu passer son code parce qu'il n'avait jamais apporté les deux photos d'identité nécessaires ; comme je ne pouvais pas le présenter à l'examen, il m'a dit que j'allais pas m'en tirer comme ça et qu'il fallait qu'il me casse quelque chose ; il m'a pété le rétro de la voiture et quand mon mari l'a appelé pour lui demander une explication, il a répondu "soit je tapais votre femme, soit je cassais la voiture, j'ai choisi la bagnole". Attends, moi maintenant, je le dis, ma fille, je lui ai interdit de me ramener un arabe. Si elle m'en ramène un, je m'en fous, je la renie, n'importe quoi mais je veux pas d'arabe à la maison". Conclusion en beauté d'un séjour dans la beaufitude et l'ignorance ordinaires.

6 commentaires:

Tambour Major a dit…

Félicitations ! Voilà une bonne chose de faite !
Tu verras, tu les regretteras tes moniteurs et leur beaufitude, si insupportable qu'elle t'ait semblé :)

Bashô a dit…

Toutes mes félicitations. Dans mon cas, j'avais eu la chance de passer juste après un candidat qui avait frôlé deux fois un accident, la deuxième fois, sans le freinage d'urgence de l'examinateur, on était mûr pour l'hôpital.

Kynseker a dit…

Non leur beaufitude n'est pas si terrible ; j'ai beaucoup ri aux bêtises de l'ami chasseur quand même: c'était des bons moments !

Sinon, il m'est arrivé à peu près la même chose qu'à Bashô, les deux candidats qui me précédaient ont conduit lamentablement et l'examinateur a du planter quelques coups de freins pour épargner une mamie et ne pas rentrer dans un camion de pompiers. Il a du être, malgré ma conduite un peu trop volontaire, soulagé de ne pas avoir à intervenir avec moi !

Gouli a dit…

Le livre de Dominique Fernandez sur la vie du Caravage est un régal.

Syl.G.C a dit…

Bravo, jeune ami virtuel.
Et Gouli a raison ; mais je présume que vous avez lu ce livre.
Venez donc étrenner votre permis à Paris : c'est un régal !

Kynseker a dit…

Oui, j'ai beaucoup aimé ce livre de Fernandez qui relate -invente ?- les conditions de création d'un certain nombre de tableaux du Caravage.Je l'avais dévoré blotti sous ma couette pragoise...

Merci Sylvain mais Paris, en voiture, ce sera pour une autre vie... Il faut d'abord que je fourbisse mes armes !