mardi 10 août 2010

Elucubrations

Des passants ordinaires. Qu'il est bon de prendre le temps de s'assoir et d'observer! A la manière des grand-mères de nos petits villages du sud (j'ai beau renier mes origines, je suis bien petit-fils d'agriculteur), l'amoureux et moi étions postés sur un banc au cœur de Montpellier, sur l'esplanade. Abrités par les platanes, tout en devisant sans discontinuer, frappés par la fascination de cet étrange spectacle: les gens et leurs vies qui se croisent sans s'interrompre.

Un jeune homme d'abord, sac-à-dos bringuebalant à l'épaule, qui s'échoue sur un banc. A l'autre extrémité de la barre de bois limée par les milliers de postérieurs déjà égarés ici, une vieille dame aux vêtements chamarrés. Sans but, seule peut-être, bavarde surement, elle est vite intriguée par la lecture qui semble absorber le drôle. Sans ambages, elle l'interpelle et engage la conversation. Elle semble rigolote cette grand-mère ; en tout cas, il rit et répond à ses appels à échanger quelques paroles. Il se lèvera quelques dizaines de minutes plus tard, sourire aux lèvres. Elle restera encore quelques minutes, lasse et décontenancée par les touristes américains obèses qui prennent place à la suite du garçon.

Une ombre ensuite, furtive et incertaine. Une chevelure fine, noire ébène ; un tee-shirt rouge flamboyant accouplé à un pantalon élimé. Squelettique, le tin cireux, l'ombre passe, fuyante et timide. Avec son regard incertain et peureux, on le croirait encore adolescent. Ce garçon passera par deux fois devant notre banc, comme s'il errait sans but, ou sans envie. Les pieds trainent dans la poussière ; l'esprit n'est pas à synchroniser les mouvements, il est absorbé à une réflexion qui nous échappe et nous dépasse. Il y a comme une fulgurance de l'âme.

Enfin, un lycéen en vacances, affublé de son sac Eastpak. Long tee-shirt jaune, bermuda blanc, chaussures grises. Propre sur lui, un air sensible, des ondulations du corps ductiles, il s'assoit sur le banc suivant celui où la grand-mère se demande encore pour l'heure si elle dérange le lecteur. Le lycéen sort de son sac ce qui ressemble à un manga. Il en alterne la lecture avec des envois de messages sur son téléphone. Il serre d'une façon enfantine son sac entre ses jambes. Le dos courbé et les bras ondoyants, il semble attendre quelque chose, ou quelqu'un. Il se lève, il s'en va, puis revient un peu plus tard. En compagnie d'une jeune fille perchée sur ses talons main dans la main avec un métis. Notre intrigant est l'éternel troisième: celui qui assure le divertissement d'un couple incertain, confident à ses heures. Celui dont on sait qu'on ne craint rien, qu'il n'est pas de nature à interférer mais dont on apprécie la compagnie, spirituelle ou enjouée. Il montre le banc où il était assis à ses amis quand ils passent devant.

4 commentaires:

Bashô a dit…

J'ai cru reconnaître un pastiche d'un certain écrivain. Est-ce aussi un exercice d'écriture?

Kynseker a dit…

Pas d'écrivain en particulier. Un exercice d'écriture, sans doute.

Quitte à écrire quelques petites choses sans importance sur ce blog, autant y mettre un peu de style. Qui vaut ce qu'il vaut, il n'y a pas de prétention littéraire.

Vous pensiez à quel écrivain ?

Syl.G.C a dit…

Mon grand-père était berger.
Et sans doute dans la même région.
Et peut-être dans le même village.
Comme on disait encore il y a peu : ça m'interpelle quelque part.

Bashô a dit…

Kynseker> I would not prefer to. :o)
Plus sérieusement, il s'agit plutôt de réminiscences littéraires, ou d'intertextualité si on aime le jargon kagneux (et/ou pédant).