samedi 14 août 2010

Chacun son île

En attendant de faire mes propres valises pour Malte, j'enjambe ici ou là dans la maison familiale devenue hôtel-restaurant pour voyageurs en transit (plus ou moins long) celles de mon frère en partance pour l'Islande et celles de mes parents en direction de Madère.

J'ai enjoins ces derniers à faire très attention à ma valise fétiche, celle qui m'a accompagné au Caire, à Munich, à Bruxelles, à Rome etc. Pleine de souvenirs et élégante, j'y tiens beaucoup. Mais ce soir, plus que l'exotisme d'une destination, elle a fait resurgir le visage d'un tchèque dans le métro pragois. Je m'en souviens assez bien mais je ne saurais pas le décrire.

Ce devait être en mars, je l'ai peut-être déjà évoqué ici furtivement, et je partais pour Rome. J'avais mis une chemise de prix (celle qui avait interpellé l'amoureux quand il ne me connaissait pas encore et celle aussi qui trouvait grâce aux yeux de ma folle colocataire brésilienne), je me tenais bien droit contre la porte du métro tout en tenant nonchalamment ma valise. Le tchèque était assis sur ma gauche, en bleu de travail plein de cambouis. Les mains calleuses et desséchées. Durant les huit minutes de notre trajet commun dans les entrailles de la terre, il n'a pas cessé de me dévisager avidement.

Je n'arrivais pas à soutenir son regard et je ne jetais que des coups d'œil furtifs en sa direction. La situation était troublante ; je ne lisais pas d'envie ni de réprobation. Je percevais davantage son attitude comme interrogative et non inquisitrice. Son corps respirait la lassitude, il devait approcher les soixante ans et il se demandait pourquoi j'étais là et pourquoi le hasard avait voulu que j'ai la chance d'être habillé comme je l'étais et de prendre l'avion pour voyager.

Je me souviens parfaitement m'être senti confus et penaud devant la criante distance qui séparait nos vies. J'ai regretté un court instant d'avoir choisi cette chemise alors que je me percevais comme un vil privilégié.

Ce monsieur n'avait vraisemblablement jamais pris l'avion et ne le prendrait sûrement jamais. Ce soir, je me suis dit qu'il n'avait aussi peut-être jamais quitté la Tchécoslovaquie et la République Tchèque. Et la mer ? A-t-il seulement vu la mer ?

Ça m'a fait du bien de penser à ce monsieur, de relativiser mes mérites et ma propre situation au lendemain d'un probable échec à l'examen du permis de conduire (2 chances sur 3 de ne pas l'avoir ; ma conduite un peu culottée n'étant pas forcément du goût de l'examinateur!).

2 commentaires:

Syl.G.C a dit…

Joli billet.

Kynseker a dit…

Merci :-)