samedi 31 juillet 2010

Le frissonnement du saccage

Sur une idée lumineuse et amicale, je suis allé écouter un concert classique, donné en plein air. La couleur était annoncée: des tubes, rien que des tubes. Effectivement. Ce fut un festival, qui n'avait que bien peu à voir avec la musique classique.

Des grandes enceintes crachaient un son brouillon et sale, et c'est à peine si on a pu reconnaitre dans les premières notes la Chevauchée des Walkyries. Ca pétaradait salement, les images d'Apocalypse Now tournaient dans nos têtes et les jambes s'agitaient compulsivement.

J'ai commencé à prendre peur avec un melting-pot constitué du début du premier mouvement du premier concerto de Tchaikovsky et d'un peu de Gershwin. Le pianiste, Guillaume Coppola, a aligné un nombre considérable et absolument inouï de fausses notes. Le thème du concerto a été littéralement sabordé. Du jamais vu pour moi. Ce qui me révolte, c'est qu'on veut évangéliser les masses, les ouvrir à la musique savante mais qu'on juge qu'un pianiste médiocre qui ne maitrise aucunement la partition fait l'affaire. C'est mesquin. Le site internet révèle pourtant qu'il a un premier prix du CNSM de Paris. Hallucinant.

Après la première danse hongroise de Brahms et le Beau Danube Bleu, on a vu débarquer trois ténors qui ont voulu nous rejouer le trio mythique formé par Pavarotti-Carreras-Domingo. En lieu et place, nous avions un faux Marlon Brando, un croisement entre Diego Maradona et Luis Mariano et un chanteur normal qui, contrairement à ses compères, n'haranguait pas les foules... Chacun y est allé de son petit numéro et les gens étaient contents. Le spectacle était réjouissant et sans trop de prétention, il est vrai.

J'en suis même venu à être ému par le Nessun Dorma chanté à toutes voix et en tout mauvais goût. Pourtant, je suis peu porté par les grandes messes collectives, les rassemblements autour d'un événement. Sans être agoraphobe, je préfère me tenir éloigné de ce genre festif. Mais quand je viens à participer, je m'étonne toujours non pas d'être porté par l'élan collectif et l'émotion de l'ensemble mais par la faculté à être touché en dépit de la foule, malgré la multitude factice.

C'est bête mais je me suis senti aussi un peu piteux d'être assis dans l'herbe à écouter de la musique en toute liberté et en toute gratuité, alors qu'une série de quatre ambulances criaient leur détresse sur la nationale au loin. Une chance de tous les instants que partageait aussi un jeune homme un peu plus loin sur ma droite. Venu seul, pantalon de costume, chemise finement rose, assis pieds nus sur son plaid tiré de son sac Eastpak et soigneusement déplié. Probablement jeune cadre dans une entreprise, tout dans son attitude respirait la solitude canalisée. On sentait aussi le maniaque, l'intellectuel réfléchi et modeste... N'empêche qu'en étant probablement tout à fait lui-même et avec son physique somme toute banal, il donnait envie de s'intéresser à lui, de découvrir sa vie, ses rêves et ses angoisses. On croise souvent plein de beaux garçons qui sont un régal pour les yeux mais ils sont très rares ceux qui donnent envie de les connaitre. Avec celui d'hier soir, je me suis demandé pourquoi est-ce qu'on s'interdit toujours d'intervenir, de surgir dans la vie des autres. Je suis sûr que ça ferait souvent des heureux, en amitié ou en amour. Je dois être une Amélie Poulain qui s'ignore !

5 commentaires:

Syl./G.C. a dit…

Très surprenant ce que vous dites de Coppola (le pianiste, pas l'autre !).
Ce pianiste a produit récemment un album Liszt en tous points remarquable que j'ai l'intention de me procurer.
Sans doute "cachetonnait"-t-il ici.
On sait combien le métier est difficile ; à quelques grandes exceptions près, on est un "jeune" pianiste à 35 ans.
A l'opposé des critères d'un certain "milieu"...
On me compare à Peter Pan et vous vous assumez en Amélie Poulain.
Fort bien : nous avons la faculté de rêver, nous !

Kynseker a dit…

Je fais la même analyse que vous pour Coppola. J'en ai lu que du bien et il était invité pour un concert -en conditions normales- pour le festival radio France. Il doit être très bon quand il répète...

Peter Pan ? En y réfléchissant, ça pourrait aussi s'appliquer à moi. Mais je vous le laisse, je me sens quand même plus proche d'Amélie !

Bashô a dit…

Mais si Coppola était aussi bon que cela, le fait de bâcler à ce point ne trahit-il pas un profond mépris pour les spectateurs?

Syl./G.C. a dit…

Laissez-lui une chance !
:)

Kynseker a dit…

Je ne parlerais pas de mépris pour les spectateurs mais plus d'une sous-estimation de l'événement (il y avait du monde) et de la difficulté d'exécuter ce concerto en direct...

Un orgueil facteur d'impréparation, peut-être ?!