mercredi 23 juin 2010

La gaieté en musique

A l'occasion de la lecture des nouvelles du jour, j'ai appris que les stages en entreprise en classe de troisième existaient toujours. Censés être une première approche du monde du salariat, il faut que chacun se débrouille pour trouver un employeur qui accepte d'avoir un incapable dans ses pattes pendant une semaine.

Je me souviens que j'avais réussi à effectuer ce qui me semblait une inutile corvée dans un grand magasin de musique de la ville. Librairie musicale, vendeur de pianos et facteur de clavecin réunis dans une grande structure. J'ai plus ou moins passé une journée dans chacun des services. Tenir la caisse du rez-de-chaussée dédié aux pianos et aux guitares s'avéra magistralement ennuyeux tandis que suivre différentes étapes de la fabrication d'un clavecin fut un enchantement. Pour le côté administratif, je passais une journée dans un bureau vide à contempler les affiches puisque le patron était en déplacement. Réceptionner, trier, ranger et facturer des partitions n'était pas du tout le plus désagréable. Les deux vendeurs de la librairie étaient très sympathiques et avaient plus d'une anecdote à raconter. "Jean-Michou" surtout, avec sa démarche chaloupée, faisait l'animation.

Par la suite, pendant plusieurs années, quand je revenais comme simple client, ce cher "Jean-Mi" m'accordait des réductions toutes personnelles, accompagnées d'un clin d'œil. Ce qui n'était pas sans me flatter même si je feignais l'innocence la plus complète. Et puis ce beau magasin a fermé, quittant l'un des plus beaux boulevards de la ville pour rejoindre une atroce banlieue de hangars grisâtres.

Anecdote qui me rappelle aussi mes passages, à cette même époque, dans la boutique Harmonia Mundi de la ville où la tenancière locale, un peu allumée, m'entretenait longuement de la santé de la plante verte de la boutique. Plante qui n'était autre qu'une plante factice en plastique. Je n'avais guère plus de 15 ans et je n'ai jamais croisé plus jeune que moi dans cette échoppe et, sans encore trop m'en rendre compte, j'éveillais la convoitise de messieurs plus ou moins fréquentables selon ma morale adolescente. L'endroit n'était pas si petit, les clients rarement plus de trois et pourtant, parfois, j'avais l'étrange impression de parcourir systématiquement le même bac de disques qu'un autre mélomane...

Ces fréquentations n'étaient pas sans inquiéter la figure maternelle. Parce qu'il est bien connu que ce milieu, surtout celui de la musique baroque, est diablement peuplé de pervers en tout genre. Dans quoi étais-je tombé en commençant l'étude de la flûte à bec?! Il y a toujours un claveciniste ou un chanteur en pantalon blanc qui traine ici ou là, il s'agissait d'être prudent. L'étude anthropologique semblait en effet démontrer que le talent musical, en musique ancienne, ne se départissait pas de l'inversion. J'étais encouragé à acquérir le premier mais pas la seconde. Pourvu d'avoir l'un, dans ma candeur juvénile, j'acceptais volontiers l'autre. Tous, on ne sait que trop bien ce qu'il est advenu !

4 commentaires:

vartan a dit…

Mon Dieu quel malheur ! Quelle fin tragique ! Quelle surprise inconcevable ! Quel funeste trajectoire ! :-(

Kynseker a dit…

J'étais persuadé que cette chute sonnerait trop dramatique.

Je remplace les points de suspension par un point d'exclamation, dans un élan de revendication !

Tambour Major a dit…

C'est donc ainsi que tout a commencé ? ;-)

Kynseker a dit…

Non, tout a commencé bien plus tard, d'un seul coup.

Mais j'étais déjà reconnu par mes pairs comme membre de la communauté, sans le savoir ! :-D