samedi 29 mai 2010

Le train klaxonne toujours deux fois


Je suis parti un peu en trainant des pieds. La solitude du long trajet en train me pesait par avance. Le train tchèque, c'est du TER français en pire. Wagons vieux de trente ans, avec compartiments. Je me suis vite retrouvé encerclé par une mamie qui tenait assez mal sur l'étroite banquette et qui s'empiffrait de charcutaille, une quadra qui passait son temps à se remettre du rouge devant le miroir et un monsieur qui sommeillait bruyamment. Peu importe, je suis arrivé à Marianské Lazné (Marienbad) à l'heure dite.

J'ai snobé le trolley-bus pour remonter l'avenue centrale tranquillement à pieds (bon, en même temps, je n'avais vraiment rien d'autre à faire). Après avoir dépassé quelques constructions de nos chers cocos qui avaient le chic d'implanter leurs gros immeubles gris et moches dans les endroits les plus délicieux de la terre, j'ai commencé à circuler au milieu d'hôtels luxueux et de vieux bedonnants. Ça n'a pas l'air dit comme ça, mais ça commençait à me plaire ce petit séjour. Je suis rapidement arrivé au bout de l'avenue, ce qui tombait plutôt bien puisque mon hôtel luxueux à moi s'y trouvait.


Une réceptionniste qui s'est mise en quatre pour tenter de parler français mais qui, n'y parvenant pas, me faisait des phrases en allemand-tchèque-italien. Rien en anglais. Que ce soit à Marienbad ou à Karlsbad, tout est écrit en russe ou en allemand. Et personne ne parle anglais. Toujours est-il que j'ai fini par prendre possession de ma chambre, ambiance rococo et marbreries. Belle vue:


Sans m'appesantir, je suis ressorti pour voir la fameuse colonnade et faire un large tour de la bourgade. C'est un monde d'un autre temps et je détonnais, malgré moi. Un pauvre jeune qui déambule tout seul sans siroter son eau thermale, ça interpelle. Je ne cache pas que j'ai cherché à rajouter un peu de mystère en mettant mes lunettes noires, qui ne s'imposaient franchement pas vu le temps orageux.



Revenu à l'hôtel, j'aurais bien fait monter un repas dans la chambre mais je n'ai pas compris la carte. Russe ou allemand ne comptent pas dans mes compétences. Je me suis endormi devant Roland-Garros (retransmis en allemand), j'ai passé la soirée dans la salle d'eau, je suis ressorti propre comme un sou neuf et je me suis rendormi en lisant le Prague Post. Et je n'ai pas touché au mini-bar.

Ce n'est pas au petit-déjeuner du lendemain que j'ai retrouvé un peu de jeunesse. Sous les lustres, entouré de petits vieux et affublé de quinze serveurs, j'ai fait une razzia. Un buffet garni de bonnes pâtisseries ne pouvait pas me résister !

Du coup, alourdi comme j'étais, je n'ai pas snobé une seconde fois le trolley-bus. Et, arrivé à la gare, j'ai embarqué dans un bus sur rails. Un train grand comme un bus, qui fonctionne à l'essence mais qui est posé sur des rails. Un concept dont je suis définitivement fan.

Je fais mon malin mais le trajet restera un de mes meilleurs souvenirs de voyage. Ce petit tchou-tchou nous a trimballés une heure durant au milieu des sapins ou en bordure de lacs... Il s'arrêtait devant ce qui semblait être des gares, les gens descendaient directement dans les champs, pas de quai, pas de contrôleur. Le train klaxonnait à chaque croisement de chemin et ça résonnait dans toute la vallée. Absolument folklorique, des lignes aussi perdues que celle-là ont totalement disparu en France. Inoubliable et indescriptible.


Je rêvassais paisiblement quand il a fallu descendre au terminus: Karlovy Vary. Trois fois plus grand que Marianské Lazné, trois fois plus peuplé. Peuplé de nouveaux riches russes. Pas de panneaux indicateurs en tchèque, tout en cyrillique. J'ai remonté toute la vallée dans laquelle est encastrée la ville et j'ai consciencieusement, ou presque, goûté à toutes les sources. Pour être tout à fait honnête, l'eau a un goût atroce. D'œuf pourri (pour ne pas dire autre chose). Et à 30° minimum, c'est encore plus imbuvable. Celle à 72° est infecte.


C'était pourtant réjouissant de voir tous ces gens déambuler avec leurs petits pots contenant le précieux breuvage. Je me demande comment on peut siroter une horreur pareille en ayant l'air d'être heureux. Eux aussi doivent se rattraper au petit-déjeuner de leur hôtel... Je ne me suis pas trop attardé. C'est une très belle ville mais trop touristique et en perte d'authenticité.


2 commentaires:

Syl./GC a dit…

Billet fort intéressant avec de superbes photos.
J'étais "l'année dernière à Marienbad".
C'est faux : juste pour le plaisir de la référence cinématographique !
Il y a bien un festival de cinéma à Karlovy Vary ?

Kynseker a dit…

En effet pour le festival de Karlovy Vary, ça doit être très couru... Je connaissais surtout la ville pour ce qu'on en voit dans "Casino Royale".

J'avoue que le petit détour par Marienbad valait surtout pour pouvoir dire plus tard "ah, Marienbad, j'y suis allé..." alors que le film de Resnais/Robbe-Grillet n'a pas été tourné dans cette ville !