lundi 17 mai 2010

Emotion contenue

J'assistais hier soir à mon premier concert du Festival du Printemps de Prague (qui donna son nom aux événements que l'on sait). Radu Lupu interprétait du Janacek, l'appassionata de Beethoven et la D960 de Schubert.

Piano manquant un peu de chair et trop fouillis. Personnage assez discret, concert enchainé selon les canons du genre (vague salut, je débite mes œuvres, salutations, je bisse et je m'en vais). Guère mémorable.

En revanche, je me souviendrai longtemps de ces deux-là. Je veux parler des deux hommes assis devant moi. Nous étions dans les gradins de côté et mes yeux ont vu des choses, à cause de la vue de plongée, qu'ils n'auraient pas du voir, imperceptibles.

Celui à ma gauche, à peu près 43 ans, cheveux coupés très courts. Assez carré, costume-cravate. Programme soigneusement posé devant lui, applaudissements discrets du bout des doigts, la main gauche tapant la main droite (donc gaucher). Son acolyte, enfoncé dans son siège sur ma droite, chemisette (le comble de l'horreur) et pantalon de marche. Cheveux coupés à la tondeuse au plus long possible, un peu plus foutraque dans l'ensemble. Une petite trentaine.

Je ne voyais pas vraiment le rapport entre les deux quand après un signe d'impatience du jeunot, le plus âge a tourné imperceptiblement la tête vers lui et lui a tapoté la cuisse du bout des doigts, du genre "ca va passer vite mon chéri, ne fais donc pas l'enfant".

Il faut bien voir que le quadra, probablement cadre dans une banque, prenait littéralement son pied en écoutant le pianiste roumain débiter sa litanie de notes. Je l'imaginais très bien fougueux, un soir d'orage, faire l'amour sur sa sonate préférée. Surement pianiste, ses mains pianotaient virutellement et suivaient réellement la musique (pas comme le pédant du coin qui s'agite dans tous les sens pour bien montrer que lui, il connait le morceau par cœur). Mais je l'imaginais aussi bien, gants en latex rose aux mains, récurer sa cuisine en formica en écoutant du Schumann.

Toujours est-il qu'à intervalles réguliers, le mélomane aguerri rassurait son compagnon néophyte d'un soir sur la durée de son supplice par de petites tapes discrètes dont seuls les homos voulant rester discrets ont le secret. Il y avait un vilain contraste entre ce couple, charmant au demeurant, contraint aux esquisses de gestes tendres et le couple assis à leur droite, la demoiselle amoureusement lovée dans les bras de son tendre.

A l'entracte, je me suis mis en filature et j'ai outrageusement suivi les deux tourtereaux. Ils se sont vite précipités dehors et se sont promenés sur les bords de la Vlatva en regardant le coucher de soleil rosé. Je crois bien que j'ai été repéré et durant la seconde partie du concert, les ébauches sentimentales se sont faites plus précises, l'éraste osant barrer les lèvres de son éromène de son index quand celui-ci a laissé échapper un gros soupir d'ennui (que je partageais d'ailleurs).

C'était mignon tout plein cette jambe costumée qui se frottait à cette autre jambe impatiente ; mignon tout plein ce regard éperdu et triste de voir l'éphèbe s'éloigner et sortir de la salle alors que le bis commençait. Le piano ou l'amoureux, il fallait choisir. Et sans hésiter, notre homme s'est rassis.

Tout ça pour dire que c'était étrange de se retrouver dans le rôle du spectateur et de se projeter dans la tête de ceux qui voient notre petit manège. Parce que je crois bien être beaucoup moins discret que ces messieurs quand je suis en bonne compagnie malgré toutes les réticences que j'ai à être démonstratif (au grand dam de mon compagnon à moi).

2 commentaires:

vartan a dit…

En gros, le concert était ch...
Quand on commence à s'intéresser au spectacle de la salle plus qu'à celui qui a lieu sur scène, c'est pas bon signe. Beau compte-rendu de spectacle. :-))

Kynseker a dit…

Oui et je me retiens de dire que Radu Lupu est une escroquerie. Être un ours mal léché ne suffit pas à faire un génie.

Second concert avec lui absolument lamentable. Même le pianiste du coin aurait mis plus de vie, d'intentions et de joie à jouer le concerto de Schumann.

Ce monsieur se moque du monde.