mardi 27 avril 2010

Une flûte désenchantée

Je ne dois pas être le premier à faire ce petit jeu de mot stupide avec le titre de l'opéra de Mozart. J'avais encore hérité d'une place à poteau (bon, vu le prix, c'est justifié...) et des étudiants Erasmus français que je fuis comme la peste étaient de la partie. J'étais donc dans de mauvaises dispositions pour apprécier la représentation, jouée au Théâtre des Etats, là où Mozart créa en son temps Don Giovanni (que je préfère largement à la Flûte).

Ouverture magistralement jouée par l'orchestre du Théâtre National, qui constituera le seul point positif de la soirée. De beaux timbres, pas de problèmes de justesse ni quoi que ce soit. Seulement cette éternelle petite routine. Une belle cylindrée qui ronronne tendrement.

J'étais de côté et j'ai pu apprécier la "flexibilité" salariale à la tchèque: les chanteurs du chœur assuraient non seulement les chorégraphies dévolues aux danseurs (d'où leur lamentable simplicité) mais jouaient aussi aux apprentis machinistes. En effet, personne en coulisse. Quand il fallait actionner les poulies pour agiter l'immonde drap qui couvrait la moitié de la scène, trois chanteurs-danseurs s'éclipsaient de chaque côté et activaient prestement les manivelles. Idem pour les changement de décors !

Décors, si on peut appeler ça des décors, du mauvais goût le plus certain et tape-à-l'oeil, usés jusqu'à la corde. Des costumes taillés en gros et dans des couleurs que n'aurait pas reniées Sonia Rykiel. Mise en scène statique à mourir, avec ce foutu drap jaunâtre en plein milieu.

Seul le rôle titre de Pamina était méritant. Les autres chanteurs se croyaient au cirque et s'embourbaient dans le rythme et les mélodies en toute jovialité. Les premiers hululements de la reine de la nuit m'ont dissuadé de rester après l'entracte pour attendre son fameux air.

Enfin, détail de taille: c'était chanté en tchèque. Je me suis fait piégé, en oubliant que le spectacle était assuré par le Théâtre National qui a conservé cette vieille tradition de tout traduire. Je ne suis guère amoureux de la langue de Goethe mais ses aspérités auraient été bienvenues pour donner un peu de relief à l'ensemble. Et aux récitatifs et aux airs. Le tchèque est finalement assez rond, chanté par les quincaillers du coin.

4 commentaires:

Tambour Major a dit…

Je vais aller écouter cet opéra pour la première fois de ma vie en Juin prochain à Toulouse. Hormis l'ouverture et l'air de la Reine de la Nuit, j'ignore tout de cette oeuvre pourtant majeure parmi la foultitude de celles composées par l'ami WAM. Mais n'étant pas Mozartien dans l'âme (Mozart m'ennuie profondément...) j'espère réussir à apprécier le spectacle et à tenir la petite heure et demi que dure la représentation.

Kynseker a dit…

Oh, il en faut très peu pour que cet opéra fonctionne bien.

Le temps passe très vite pour un peu que la mise en scène soit sympathique et les chanteurs engagés.

Au capitole, avec Joel à la mise en scène, il n'y a pas de raison que ça ne soit pas une bonne soirée !

vartan a dit…

Ça risque d'être à la Halle aux grains. C'est là que je serai demain pour Elektra.
On a eu une Flûte assez marrante à Bordeaux, Reine de la nuit en tenancière de cabaret, blonde platine à boa de plumes et son Papageno allant rabattre pour sa consommation personnelle les "oiseaux de nuit", les gigolos du coin.

Kynseker a dit…

Du temps où je profitais de largesses et passait mes soirées à l'opéra gratuitement, la mode était aussi aux mises scènes actuelles. On se retrouvait éternellement dans une maison close ou dans un hall de gare aux heures les moins fréquentables.

Véritable lubie, non ?