jeudi 11 mars 2010

L'homme du métro

Il se tient là. Sur le passage. Inexorablement. A n'importe quelle heure, il est là. Oh, bien sûr, il n'est pas de ceux qu'on remarque. Il n'est pas très beau en somme. Il a un bel embonpoint et revêt des vieilles fringues héritées d'une autre époque. Mais on ne peut s'empêcher d'y faire attention parce qu'on croise inévitablement, sans qu'on le veuille, son regard. On entend ses paroles lancinantes qu'on aimerait ignorer. On va parfois jusqu'à faire un pas de côté pour l'éviter.

Le vendredi, en passant à 7h40, on se dit qu'il ne sera pas là. Et pourtant, il y est. Le soir à 19h largement passées, il est toujours présent. C'est à croire qu'il vit dans sa bouche de métro. Ligne B, couleur jaune. La station Karlovo Namesti ne serait pas ce qu'elle est sans cet homme.

Debout toute la journée avec sa sacoche sur le côté. Et des magazines dans les mains. Il se démène toute la journée pour en vendre quelques uns. Si je lisais le tchèque, j'aurais fini par lui en prendre un, histoire de cerner le contenu.

Le jour où ce monsieur n'arpentera plus ce couloir froid et venteux, ce ne sera plus pareil. J'aurai un pincement au cœur. Parce que je me trouve bien con tous les matins quand je le vois. Petit privilégié en villégiature forcée à Prague, déconnecté des réalités.

2 commentaires:

Tambour Major a dit…

N'est-ce pas là au fond l'ébauche d'un petit rituel de réconfort ?

Kynseker a dit…

Je n'irais pas jusque là mais ce matin j'affichais un niais sourire quand j'ai croisé mon homme.

Je me disais qu'il ne savait pas quelle célébrité je lui ai faite sur mon blog confidentiel ^^