lundi 8 mars 2010

Les tchèques sont-ils tristes ?

Devoir surveillé du lundi. J'ai eu le temps d'un superbe concert pour réfléchir à la question. Programmation osée avec la symphonie n°1 de Beethoven, souvent jugée avec condescendance. Une œuvre joviale qui me met irrémédiablement de bonne humeur. J'affichais un éclatant sourire (vive le détartrage remboursé par la Sécu) mais je faisais face à une assemblée triste comme à un enterrement. J'étais placé sur les gradins en hauteur, derrière l'orchestre. J'avais donc tout le loisir d'épier le parterre. Cette œuvre lumineuse n'a pas réussi à décocher un sourire chez mes acolytes.

Alors, sont-ils si tristes que ça, ces tchèques ? Sans ambages, la réponse est oui. Le grand jeu des premières semaines de notre installation à Prague pour moi et tous les étudiants Erasmus, c'était de faire sourire un tchèque, une caissière ou n'importe qui avec lequel on pouvait entrer en contact. Soyons francs: personne n'y est parvenu.
Dans les transports en commun, dans la rue et dans la vie en général, ce qui est frappant, c'est le mutisme ambiant. Ils parlent peu, s'expriment discrètement à voix basse. Et jamais, ô grand jamais, je n'ai surpris d'éclat de rire. Même chez les plus jeunes.
La plupart des gens sont ternes et monotones. On ne les surprendra jamais à se plaindre car tous semblent résigner à la vie qui est la leur, qu'ils doivent trouver parfaitement satisfaisante, d'ailleurs. Pas de lassitude ni d'entrain. Une totale neutralité d'humeur.
Je ne peux pas dire à quoi cela est dû. Je ne suis ami avec aucun tchèque, les étudiants Erasmus n'étant pas du tout intégrés à la vie de l'université. Lors du cours en français, où des étudiants tchèques sont présents, je me suis hasardé à dire que les tchèques, en dépit d'un pays en progression économique et sociale constante, ne semblaient pas si heureux que ça. L'opprobre général a été la seule réponse. Peut-être tenterai-je de questionner une amie mariée à un tchèque pour en savoir davantage. Elle conserve un œil assez critique sur le peuple qui l'a accueillie.

Pour revenir sur le concert, la seconde partie était consacrée au concerto pour piano n°1 de Brahms avec Yefim Bronfman. Un incroyable pianiste ; une armoire à glace qui creuse les notes et qui offre au public un son diablement propulsé.
La philharmonie de Prague a connu quelques problèmes de justesse dans le premier mouvement. Souvent considérée comme inférieure à l'orchestre philharmonique, c'est pourtant une excellente formation avec des vents splendides. La symphonie de Beethoven de la première partie était à cet égard tout simplement parfaite. Le chef y croyait et savait communiquer son enthousiasme et sa précision à l'orchestre. En fait, le problème avec cette formation est souvent celui-là: perfection en première partie et relâchement traître en seconde partie et donc baisse de qualité et d'engagement.


Pour le concert le plus cher de la saison du Rudolfinum, la salle était plus clairsemée qu'à l'accoutumée. Un petit rappel du niveau de vie encore incertain des tchèques. Et c'est un phénomène curieux mais constant: peu importe la qualité du concert, l'applaudimètre est fonction croissante du prix de la place. Vraiment étrange.

4 commentaires:

Tambour Major a dit…

Cela doit finir par être très pesant de ne jamais croiser un regard souriant.

N'étant pas passé par ici depuis un ptit bout de temps, je viens de lire quelques uns de tes derniers billets qui offrent un bel aperçu kaléïdoscopique de ton pays d'accueil.

Kynseker a dit…

Mais c'est pour ça que je vais en Italie une fois par mois: pour voir des gens heureux et souriants !

J'espère toutefois que l'aperçu ne dissuade pas de venir découvrir ce beau pays :-S

vartan a dit…

Quand on vous fait comprendre dès l'enfance que vous serez Metamorphosé en cancrelat, l'objet d'un Procès inique et la victime d'une exécution à la sauvette après avoir été mené en bateau par le seigneur du Château et réduit à l'état d'éternel prisonnier... Je ne sais pas, vous, mais moi je ne ne vois là aucune raison franche de me marrer ! Même un petit peu. :-(((

Kynseker a dit…

Sans compter une prédisposition naturelle à tomber par les fenêtres !

Sinon, Kafka est largement célébré mais dans un but essentiellement touristique. Je ne suis pas sûr que tous les tchèques aient parcouru un seul de ses ouvrages...