mercredi 10 février 2010

Les raisons d'un choix



J'avais treize ans. Je me forçais à écouter les tubes à la mode et je persistais à jouer de la trompette. Je m'habillais comme un collégien doit l'être pour passer inaperçu (même si moi, manifestement, je n'y parvenais pas): jeans trop grands, chaussures Vans, sac Eastpak.

Le personnage de composition d'alors a commencé petit à petit à se fissurer. La comédie ne cessera pourtant que cinq années plus tard. La musique dite "classique" a remplacé les chansons éphémères avec l'achat fondamental de la bande originale du film Amadeus, de Milos Forman. La virilité fantasmée et simulée de la trompette a fait place à la douceur et à la délicatesse de la flûte à bec. Les vêtements perdurent, au moins pendant la première année de lycée.

L'achat frénétique de disques de musique classique débute en classe de première. Il faut obtenir les félicitations du conseil de classe à chaque trimestre pour pouvoir emprunter la carte bancaire paternelle. A cette date, le cornet à pistons a été soigneusement relégué au fond d'un placard, pour ne jamais plus en sortir. Il doit rouiller en paix à l'heure actuelle. Le hautbois a fait une timide apparition pendant une année. Puis a laissé durablement sa place au traverso dont j'ai commencé l'apprentissage en autodidacte pendant les révisions du bac.

Pendant ce temps, le faux intérêt porté aux choses de mon âge a été balayé par un esthétisme tourné vers la peinture. D'abord "abstraite", avec Kandinsky et Miro qui prennent place sur les murs de ma chambre. Ils remplacent mes savants découpages de voitures dernier cri dans les magazines et les maquettes de Ferrari. S'ils sont encore en place, mon prochain appartement aixois va lui se parer de reproductions de Van Eyck, Bruegel et Caravage.

L'adolescent faussement rebelle va ensuite voir sa stupide carapace de snobisme, de sarcasme et de misanthropie éclater. C'est désormais un garçon sensible qui va porter des chemises parfaitement cintrées sur un fond de musique baroque en feuilletant un ouvrage sur Hans Holbein.

J'utilise un raccourci dans la mesure où deux années de classe préparatoire aux grandes écoles, expérience immensément formatrice, révélatrice et enrichissante (j'y reviendrai tant les fantasmes négatifs entourent ces formations), ont retardé le développement de certains intérêts artistiques.

C'est donc au fil de ces années qu'une forte envie d'aller à Prague ou d'y vivre s'est ancrée en moi. L'art baroque s'y illustre, sous toutes ses formes. J'ai vérifié à plusieurs reprises que la grande école que je souhaitais intégrer proposait bien un partenariat avec l'Université Charles dans le but d'y faire une année Erasmus.

J'ai pourtant réfléchi à ce choix au moment de le porter sur le dossier de candidature. Mais je suis incapable de vivre en Afrique, en Asie ou en Amérique Latine. Je ne me départis pas d'un certain mépris envers la culture anglo-saxonne, hors de question donc d'aller aux Etats-Unis ou dans tout pays où l'on parle anglais. Je louche plutôt du côté des anciens pays communistes, avec une certaine fascination pour des villes comme Saint-Pétersbourg, Moscou, Riga ou Minsk. J'aurai pu tout autant aller à Rome, vu le nombre de voyages que j'y fait. Hélas, je ne parle pas italien et malgré mes origines méditerranéennes, j'ai un peu de mal avec l'expressivité de ce peuple.

Prague, donc. Idéalement située en plein cœur de l'Europe, ce qui permet toutes les audaces quand on veut voyager. Un petit fond de communisme, un peuple calme. Et baroque. J'assume ce choix, porté et espéré depuis des années.

5 commentaires:

vartan a dit…

Merci pour ce Telemann, élégant, sensible et grave.

Kynseker a dit…

Oui, ça change un peu du reste de sa production...

Je ne m'en lasse pas et je désespère que ce soit un jour édité en partition. Encore un manuscrit qui traine dans une obscure bibliothèque allemande :-(

Lalka a dit…

Fait quand même attention de pas péter plus haut que ton cul mon frère !

Kynseker a dit…

Tu es diablement mal placé pour me donner des leçons de morale !

Je prépare un autre billet où je te tresse des couronnes de lauriers. Patience...

Lalka a dit…

J'y crois à mort :D