vendredi 24 décembre 2010

Veille nocturne

En fouillant un peu dans des tiroirs, j'ai retrouvé ce jour des vieilles cartes téléphoniques. Une joie d'enfant qui était celle de collectionner les plus originales, les plus rares. Certaines étaient, en effet, tirées à un très petit nombre d'exemplaires et la rareté suscite toujours l'envie. Je m'en souviens d'une qui représentait l'affiche d'un film d'Almovodar, d'autres étaient plus quelconques. La vraie richesse, c'était la carte 120 unités au tirage de moins de 5000 exemplaires. Mais je crois qu'aujourd'hui, la vraie richesse c'est de continuer à collectionner les cartes de téléphone.

Sinon, il paraît que c'est Noël. Le plan de table est établi selon les préceptes appris aux réceptions de l'ambassadeur, les cadeaux sont savamment disposés sous le sapin et la magie est censée opérer toute seule. Magie de la famille qui chasse la déprime intimement liée à cette saison (pour avoir fait un travail de recherche jadis au lycée sur le suicide, les statistiques sont éloquentes: méfiez-vous des soirées d'hiver de décembre, elles tuent) ; mais dans vingt ou trente ans, quelle famille ?



mardi 21 décembre 2010

Rendez-vous

Ni rendez-vous galant avorté, ni le film de Téchiné (que devient Wadeck Stanczak, d'ailleurs ?). Voici l'histoire: avant de m'expatrier à Prague, en septembre 2009, j'avais lu dans l'Obs une critique de Jérôme Garcin, me semble-t-il, d'un livre qui paraissait crépusculaire. La critique était bonne, le thème (suicide et mal de vivre) avait tout pour me plaire. Mais je ne suis pas parvenu avant mon départ à me procurer ce livre, de José Alvarez, intitulé Anna la nuit.

Curieusement, il n'est revenu à mon bon souvenir qu'en janvier 2010 ; lors de ces longues vacances hivernales où j'ai eu le loisir d'écumer toutes les pages Internet du Bibliobs pour retrouver ladite critique. J'avais, en effet, oublié et le titre et l'auteur. Fort de ces retrouvailles, je me suis dès cette date mis en quête de l'objet et j'étais alors ravi d'apprendre que l'Institut Français de Prague l'avait en sa possession. Hélas, je ne l'ai jamais trouvé dans les rayonnages. Je suis allé pendant six mois, à chaque visite, à la lettre A du rayon romans et je ne l'ai jamais vu. Bêtement, et un peu par défi ou superstition, je n'ai jamais questionné la documentaliste sur cette absence. Anna la nuit s'était évanouie dans son brouillard.

Ne reculant devant rien, je marquai la page Amazon de l'ouvrage, sans but précis puisque je ne la consultais jamais. Secrètement, j'espérais que le livre sorte en poche, sans espoir puisqu'il doit probablement faire partie de ces mauvaises ventes qui n'atteignent que tardivement le seuil critique qui autorise le passage en poche. Et puis, il y a quinze jours, en cliquant maladroitement sur mon marque-page, j'ai vu le livre en occasion à 3€ comme neuf, port compris. Ni une ni deux, c'est ici que s'achevait ma longue quête.

Et hier soir, je prenais le livre entre mes mains, sa couverture jaune encore raidie, la tête chauve de l'auteur sur le bandeau, la tranche grisâtre. Un peu plus de 200 pages, c'est lu en une soirée. Les pages s'égrènent, je fais connaissance avec les personnages. Un narrateur apparemment bisexuel (si j'ai bien compris) dont on ne saura jamais de quoi il vit mais probablement très riche puisqu'il passe son temps à voyager (Alvarez a eu le bon goût de ne choisir que des lieux que je connais ou que j'apprécie), une femme dépressive pour des raisons mystérieuses, des maîtresses et des amants pervers ou louches, des amis improbables (Helmut Newton, rien que ça), etc. Le style est un peu baroque mais a une touche incisive que j'ai su aimer. Ma rencontre improbable avec Anna a donc enfin eu lieu, je l'attendais tellement.

Et ce qui devait arriver, n'a pas manqué d'arriver: ce livre est une grosse daube. Il accumule tous les tics d'une écriture contemporaine faussement décadente et perverse, avec ce qu'il faut d'homosexualité (je n'étais pas venu pour ça, pour une fois), de maniaqueries psychotiques, de névrosées poudrées à la cocaïne... Absolument risible de bout en bout et mal construit. Les premiers chapitres, qui précèdent un long flashback mal agencé, sont d'un intérêt limité et ne doivent leur existence qu'à la volonté de l'auteur de décrire une tempête, une Porsche (ou une Jaguar, j'ai déjà oublié) et un mari soumis mais qui, ô comble de virilité, finit par s'émanciper de sa vilaine femme (et j'ai toujours pas pigé si le narrateur avait couché ou non avec ce mari soumis). La crédibilité temporelle relève du néant, tout comme la crédibilité matérielle de l'action. Le summum de la crétinerie est atteint dans les derniers chapitres où le narrateur et sa femme déprimée, en villégiature (toute façon, ils sont tout le temps en villégiature) à la montagne, papotent avec Maria Callas qui perce en un coup d'œil les raisons du mal être de madame et lui souhaite de ne pas finir comme elle, avec sa voix usée et ses amours ratées. Consternant. 3€, c'était presque trop.

lundi 20 décembre 2010

J'erre en ce monde comme une prostituée dans une ville sans trottoirs*

* aucune idée de titre, Emil Cioran est alors toujours d'un grand secours. Cet aphorisme en particulier parce que je l'ai joyeusement recasé dans une dissertation de Culture Générale, histoire de réveiller le correcteur au milieu d'un flot d'inepties. Et franchement, à le relire et en connaissant le sujet, je me demande vraiment à quoi je l'ai relié ?!

J'ai achevé la semaine dernière, absolument dantesque, à grand-peine. Éreinté, j'ai fini par en voir le bout. Entre les examens, les sujets mirifiques, les heures passées entre brouillons multicolores et copies couvertes de pattes de mouche, ma faible constitution était déjà malmenée. S'ensuivit un long et beau mariage. Mais j'étais bien trop esseulé pour en profiter comme il aurait fallu ; enfin, j'ai quand même toujours autant de plaisir à discuter avec celui qui fut un de mes profs de lycée, cousin de la mariée. Quand je le vois joyeusement alcoolisé ou complètement déchainé sur une piste de danse, je me dis que des amis paieraient très cher pour voir ça, eux qui ne le connaissent que ponctuel et sévère.

Ceci étant, je crois que le bonheur des autres me déprime, en l'occurrence ce qui est censé être le plus beau jour d'une vie. Pas parce que le mariage m'est interdit (et si un jour il m'est permis, je ferais ça, à condition de trouver un mari, alla tchèque: 25 personnes pas plus et surtout pas la famille !) mais parce qu'il me renvoie à mes propres incapacités. Je me demande bien ce qu'est le plus beau jour d'une vie, si tant est qu'il y en ait un ; le jour où j'ai fait l'amour pour la première fois ? Celui où j'ai réussi pour la première fois un concours ? Le jour où je deviendrai Garde des Sceaux ? Curieusement, à choisir le plus beau jour d'une vie, je prends une journée presque banale ; celle qui me vient toujours spontanément à l'esprit est celle passée à Dresde en janvier dernier. Mon émerveillement, risible aux yeux des amis qui m'accompagnaient, devant la Frauenkirche. La vue de cette église m'a procuré beaucoup plus d'émotions et de souvenirs que celle des pyramides du Caire. Allez savoir pourquoi...

Je dérive, je dérive... Après une très courte nuit suivant ce mariage, je suis reparti en voiture de nuit et sous la pluie (trois éléments qui concourent à ma bonne humeur) vers des horizons provençaux. Définitivement, il n'y a que Michel Berger que je supporte en voiture (et les études de Chopin). Musique au conservatoire en ce dimanche et j'ai fait connaissance avec de nouveaux compagnons de chambre. Ils ont tout de suite été fixés sur ma petite personne: ces jeunes filles en fleur, flutistes émérites, ce bon bassoniste rêveur, l'hautboïste caractérielle, m'ont vu joliment débarquer avec ma chemise rose (encore une que je vais devoir repasser moi-même, à cause du veto maternel), ma tête peinturlurée pour cacher le stress et la fatigue de cette semaine, mes jambes trop croisées et mes blagues intello-subversives. Mes amis concertistes ont achevé de cerner leur nouveau compagnon de musique quand ma très chère professeur de flûte a lâché un: "alors, ce mouvement, mon petit Kynseker, il faut le jouer romantique, tendre et, euh, disons, féminin. En le disant, c'est tout à fait toi, ça, romantique et... fémi... tendre, je suis sûr que tu es un tendre, non... ?". Cette année, c'est concerti da camera di Antonio Vivaldi. Je suis ravi, musique jouissive et directe qui m'a toujours beaucoup touché. J'ai des disques de Vivaldi par centaines, fou que je suis. On a enfin fini de monter une sonate qui aura demandé beaucoup de travail à tout le monde: une sonate pour flûte à bec et basson & basse continue. Une tuerie inter-galactique qui envoie du pâté ! Écoutez plutôt le second mouvement, allegro:


dimanche 12 décembre 2010

Traumatismes d'enfance

J'ai toujours eu un gros complexe de cour de récré. Il ne se passait pas une année sans qu'il revienne. Il portait et porte toujours le doux nom des "Aristochats". Moi, petit garçon propret et plutôt bien élevé, je n'ai jamais vu ces maudits Aristochats. On ne voyait pas de Disney à la maison, on n'achetait pas de cassettes VHS, on se contentait d'enregistrer des films intéressants, quand ils passaient à la télé. Je me souviens qu'on avait seulement le droit de regarder les cartoons de Canal + après le repas, je devais avoir sept ou huit ans. Alors, quand mes petits camarades, des étoiles dans les yeux, de la véhémence dans la voix, se refaisaient le dessin animé en actions enfantines, j'étais à part, frustré. Mon charisme naturel et mon leadership intrinsèque (hu hu hu) faisaient toutefois que je parvenais vite à renverser le cours des choses et à faire basculer nos amusements enfantins vers un autre sujet. Mais n'empêche que je suis resté complexé à cause de ce foutu dessin animé.

J'avais deux bons amis. Un doux rêveur, irrémédiablement perdu pour la rationalité. Je fais une petite parenthèse: je ne sais pas du tout ce qu'il est devenu, il est parti un jour de notre école, dans des conditions aussi troubles que celles dans lesquelles je l'avais connu. J'ai appris, plus tard, dans une interprétation toujours sans fard et sans jugement qui caractérise la vindicte maternelle, que ses parents étaient divorcés (c'était pas si fréquent encore). Son père, très grand, musclé, et à la démarche chaloupée mais virile, portait une boucle d'oreille à l'oreille droite. Ce qui ne cessait pas de m'intriguer, ce devait être le premier homme que je voyais avec une boucle d'oreille. Donc, en gros, un homosexuel qui s'était marié pour se faire un enfant et qui a ensuite divorcé. Je crois l'interprétation plausible. J'en reviens à mes moutons: mon autre ami était plus directif, très ancré dans les choses réelles. Toujours est-il qu'un jour nous décidâmes de mettre en place un jeu cruel dont seuls les enfants ont le secret: exclure de notre trio l'un de nous chaque semaine, de sorte qu'il lui soit interdit de jouer avec les deux autres et de leur parler. J'ai dû cautionner le jeu, au début, parce que je n'étais pas la première victime. Ensuite, quand cela a été mon tour... Un torrent de larmes plus tard, j'étais dispensé. Faiblesse juvénile.

Mais n'allez pas croire que j'étais toujours un dégonflé. Alors que je me désintéressais prodigieusement du foot et que je préférais aller batifoler dans les herbes et ramasser des feuilles de chêne (et j'entretiens toujours une passion farouche pour ces arbres), je fus une fois le héros du jour de l'équipe hasardeuse formée en cours de sport. Comme tous les réfractaires, j'optais en ce temps-là pour le poste de gardien. Il est toujours facile d'accuser la défense de ne pas avoir su protéger le but. D'autant que moi, quand une balle me fonce dessus, je m'écarte et je ne cherche pas à l'arrêter. Mais ce jour-là, malgré toute ma mauvaise volonté, je parvins à arrêter le ballon plus ou moins avec ma tête, ce qui me fit voir trente six chandelles, me valut une bonne tape dans le dos de la part du prof fier de ma prestation, ce qui finit de m'achever et me fit prestement m'écrouler. Peu importe, j'avais sauvé la partie, on avait gagné. C'était bon le temps, ce n'était pas encore l'enfer des cours de sport du collège...

vendredi 10 décembre 2010

Les pensées philo du jour

Entendue à 17h36, dans la rue, celle-ci: "le bonheur, c'est pas une fin en soi ; c'est juste une passion de l'homme moderne". Dite par une anonyme, méchue, manteau rouge vermillon.

Lue à 10h11, dans un train en panne (la SNCF m'aime, je l'ai toujours su), cette autre: "au cours de sa vie, l'individu ne se contente pas d'agir, de parler, de penser ou de rêver -non, il garde le silence sur ce qu'il est, sur ce qu'il est le seul à savoir et qu'il est impossible de communiquer à autrui. Pourtant, il sait bien que l'objet de ce silence est la vérité même. C'est toujours sur nous-mêmes que nous nous taisons". Ecrite par Sandor Marai.

Je ne crains que l'anonyme reste anonyme et que Sandor Marai conserve ses titres de gloire. Je ne résiste pas à l'envie de partager la suite de cette citation: "Mais pourquoi un tel silence ? Dans l'un de ses livres (datant d'une époque où il n'était pas encore l'Ecrivain de la Cour gaullienne, un parvenu se faisant appeler Excellence), Malraux dit que l'homme se croit, tout au long de sa vie, dépositaire d'un Grand Secret. C'est là une erreur: l'homme est le réceptacle de misérables petits secrets qu'il s'obstine à ne pas révéler".

Dans son exil triste, qui s'achève par le suicide, notre écrivain hongrois a su trouver des mots très aimables à l'égard de notre premier Ministre de la Culture ! Reste que ses Mémoires de Hongrie sont un peu décevantes ; Stefan Zweig et Marai, deux phénomènes de mode de la fin du XXe, modes que je suis allégrement, un certain talent, un exil dans les deux cas et un suicide dans les deux cas. C'est ce qu'on appelle un destin, non ?

mercredi 8 décembre 2010

Quand les révisions montent à la tête

Quelques uns de mes amis seraient contents de lire ces lignes (et le premier d'entre eux, celui qui partage -parfois, sûrement trop peu au vu des conventions amoureuses traditionnelles- mes nuits) car voilà, c'est un fait: la réforme constitutionnelle de 2008 voulue par notre bienaimé Président est quand même une œuvre forte, une belle réalisation à mettre à son crédit. Alors, le traître politique, ministre de la culture des grandes heures mitterrandiennes, a bien fait de la voter cette réforme. N'empêche aussi que l'opposition de gauche sait se montrer idiote et partisane plus que de raison. Et c'est regrettable.

Je ne dis pas qu'il n'y a pas un peu de poudre aux yeux dans cette réforme (on confie pleins de contre-pouvoirs à des personnes qui sont en fait nommées par le Président lui-même, c'est risible) mais elle est vraiment ce qu'elle prétend être: un changement dans le bon sens. Je sais bien que la gauche, sans Sénat, ne peut pas mener de réforme constitutionnelle (sauf à passer par le référendum, ce qui n'est pas une mince affaire ; et je ne crois pas, pour ma part, aux vertus de l'appel au peuple. On voit ce que ça a donné pour la Constitution Européenne ; on l'attend encore le fameux "plan B" tant vanté par les nonistes) mais quand même, Lui au moins l'a faite. Grosso modo, je reste toujours aussi émerveillé devant la Question Prioritaire de Constitutionnalité et je me range petit à petit dans le camp de ceux qui veulent un maintien de la Ve République alors qu'il y a encore quelques années, je me serais damné pour une VIe République. Tout ça pour dire que c'est cette réforme que je retiendrai du premier quinquennat (ouais, je mise sur un second) de l'homme protégé contre le lancé intempestif (cf., pour comprendre la mauvaise blague de juriste, l'arrêt CE 1995 Commune de Morsang-sur-Orge).

De celui de son prédécesseur, j'ai toujours retenu la fin du service militaire -même des trois jours-. Une bénédiction, me semble-t-il. Même la journée d'appel à la défense m'a paru interminable. Des vidéos de propagande pour l'arme nucléaire, des tests idiots visant à repérer les attardés et à leur faire signer vite fait quelques papiers pour un engagement futur. Je me souviens du mauvais steak haché (je déteste ça, les steaks hachés, tout comme la viande rouge d'ailleurs) et des mauvaises frites. Je me souviens de mon voisin de table, en face, qui voulant découper avec force son steak avait fait valser toutes ses frites en dehors de son assiette. Du rire contenu que nous avions eu et du rire gargantuesque qu'on avait déployé à la sortie de cette maudite cantine.

De la cohabitation, je garde une idée de calme et d'insouciance. L'étreinte du travail familial desserrée, des vacances à la montagne (jamais au ski, hélas), l'arrivée d'Internet... Puis je me souviens de cet écrasement sécuritaire, de la peur qui m'étreignais quand je rentrais seul en bus du collège, quand la nuit était noire, quand les phares de certains véhicules étaient encore jaunes, quand j'étais un petit garçon frêle et fébrile.

Toute façon, c'est pas parce que je perds mes cheveux, que j'étudie des choses de grandes personnes que je ne suis plus un petit garçon frêle et fébrile. C'est juste que, maintenant, quand je ne me contrôle pas je parle comme dans les livres du XIXe et que je vacille d'émotion à l'écoute d'une tragédie lyrique.

vendredi 3 décembre 2010

Sans compl(s)exe

Cette vidéo doit déjà être connue dans le milieu (mais lequel ?!), pourtant je l'ai découverte il y a peu. Pourquoi de telles productions scéniques ne sont-elles pas données dans mes contrées ? Avec une telle qualité artistique, euh à tout le moins plastique, j'irais plus souvent à l'opéra ! Voilà, coupez le son et regardez notre beau chanteur vous faire l'offrande de sa plus simple nature...



Par contre, c'est un fait: il chante comme une casserole !

mardi 30 novembre 2010

Instrument(s) de torture

La sonate en la mineur du billet précédent est une œuvre qui a marqué tout mon parcours musical et toutes ses étapes importantes. Je l'ai tellement jouée et écoutée que j'avais fini par la délaisser. La perspective de peut-être la rejouer à un mariage a rappelé à mon bon souvenir un de ces moments clés où je l'ai interprétée.

Je veux parler de la mémorable, de la majestueuse, de la merveilleuse, de la très sérieuse épreuve de musique du baccalauréat. Inscrit en candidat libre, j'ai, à l'époque, tranquillement préparé les deux parties de l'épreuve dans mon coin. D'abord il fallait commenter les œuvres inscrites au programme, ensuite interpréter un morceau de son choix.

Le jour J, je me suis présenté à l'heure convenue ; on m'a attribué un jury et j'ai patiemment patienté sous les pins de ce lycée qui n'était pas le mien. Deux ou trois heures plus tard, mon tour était venu. J'ai pénétré dans la salle qui, dans mon souvenir, est très obscure, petite mais fraîche. J'ai décliné mon identité, posément. C'est à ce moment-là que l'une des deux examinatrices m'a demandé de quel instrument je jouais. Je répondis tout aussi calmement "de la flûte à bec". Gros soupir de mon interlocutrice puis ces mots "ah ?! Bon... Dans ce cas... On va faire une pause, hein, je vais aux toilettes". Un peu décontenancé par tant de mépris larvé, je me tourne alors devant l'autre examinatrice qui devant mon air dépité me dit "oui, bon, hein, moi, je vais fumer une clope".

Une vingtaine de minutes plus tard (j'ai si longuement attendu que j'ai presque cru qu'elles m'avaient oublié), elles étaient de retour. L'épreuve théorique se déroule sans anicroche si ce n'est cette question et cette réponse mémorable: "comment se nomme le motif rythmique qui se répète tout le long du morceau ?". Moi, très sûr: "un ostinato" et j'explique les bases de ce principe. Air interloqué de mon interlocutrice: "non pas du tout. Cela s'appelle un rythme répété". J'ai du me retenir de ne pas pouffer de rire, m'enfin, c'était le jury, fallait rester sérieux.

Ensuite, épreuve pratique. Je commence à contextualiser la sonate que j'ai choisie (l'œuvre retenue devait avoir un rapport avec les morceaux de l'écoute imposée) quand je suis vite coupé par ma clopeuse qui me dit "oui, bon, c'est de la flûte à bec, quoi". Très probablement persuadées que j'avais vaguement appris à en jouer au collège et que je pensais grappiller quelques points avec cette épreuve facultative ou seuls comptaient les points au-dessus de la moyenne, je faisais très mauvaise impression.

Sans me démonter, je lui ai tendu le disque d'accompagnement que j'avais concocté en MAO. L'une des deux pris quand même la peine de régler le volume et je jouai le premier et le dernier mouvement. Et je dois bien avouer que j'ai rarement aussi bien joué cette sonate. Une fois ma petite récréation terminée, quelques longues secondes de silence.

Et mes deux examinatrices de se répandre en excuses pendant 5 bonnes minutes et de me dresser des couronnes de laurier, de m'enjoindre à continuer la musique, la musique baroque, d'en faire mon métier, etc. Totalement surpris par ce revirement de situation, je n'en étais pas peu fier. Une fois mes petites affaires rangées, et alors que je m'apprêtais à partir, dans un dernier au-revoir, l'une des examinatrices de me redire à nouveau "merci de nous avoir fait terminé notre journée aussi agréablement après avoir supporté un horrible violoncelle, des mauvais pianistes et une terrible clarinette".

Et, en juin, sur mon relevé de notes du baccalauréat, je découvris un 20/20. Heureux.

vendredi 26 novembre 2010

Sonate en la mineur


Je suis dans le couloir du château, assis sur une chaise bancale en face de la salle « Fauré ». J’attends, anxieusement, que la porte s’ouvre et de faire connaissance avec ma nouvelle professeur de flûte. J’ai 13 ans.

L’élève précédent sort enfin. Une jeune femme m’accueille d’une voix douce et tendre. Je m’installe et invité par elle, je montre un peu ce que je sais déjà faire. Manifestement beaucoup plus que ce à quoi elle s’attendait de la part d’un brave collégien.

Première partition aux tons bleutés, couleur layette. Désuet, comme ce que j’imaginais. Cette ambiance crépusculaire, dans cette pièce au plafond vouté trop haut et à la moquette poussiéreuse, me ravit.

Les semaines suivantes, les cours se suivent et ne se ressemblent pas. J’apprends énormément et je découvre plein de nouvelles choses. Sans réellement travailler, puisque j’y prends beaucoup de plaisir, je progresse très rapidement. A la fin de l’année, je présente l’examen de 4ème année, directement.

C’est que au cours de l’année, j’ai eu l’outrecuidance de sortir de ma sacoche les sonates de Handel (bible des flûtistes à bec) sous l’œil amusé et attendri de ma prof. Mon bulletin d’évaluation annuel sera gratifié du commentaire suivant : « élève TRES ambitieux ».

S’écoulent ainsi 4 années qui me permettront de décrocher mon diplôme. Toujours entre vouvoiement et complicité, j’abats tout le répertoire de la flûte à bec, tout en snobant la musique contemporaine, que je méprise au plus haut point (j’ai à peine évolué sur cette question).

Un peu frondeur, remettant sans cesse en cause les décisions professorales, je m’amuse et je joue un peu comme je l’entends. Ma professeur en prend son parti, mi amusée mi inquiète. Je grandis mais je ne m’assagis pas, bien au contraire.

Elle me couvera toujours de son regard maternel ; mes premiers poils de barbe ne l’impressionneront pas, pas plus en tout cas que ma haute taille. Quand harassé par les semaines de travail intense de la classe préparatoire, je me montre grognon et mal appliqué, elle reste d’une patience angélique.

Devant mon dédain d’adolescent trop sûr de lui qui fait la moue à la vue de musique renaissance, elle n’affecte aucune crispation et aucune vexation. Elle sait que je viens toutes les semaines, en toute amitié. Elle sait que le savoir qu’elle m’a transmis est précieux et me porte vers le bonheur.

Mais après six années de collaboration, je romps le contrat. Je pars faire mes études ailleurs. Je la sens triste quand je lui fais part de mon hésitation entre Strasbourg et Aix. J’étais depuis si longtemps son dernier cours de la semaine, dans la nuit du vendredi soir, et avec le temps, son meilleur élève. Sur le ton de la confidence, elle glisse que ce bonheur professoral lui manquera. Elle riait de mes réflexions spontanées et j’aimais la surprendre, l’air de rien. Elle jouait le jeu.

Elle a eu la joie de faire de moi un musicien accompli et passionné, là où mon professeur de trompette avait échoué. Lequel professeur avait du faire son mea culpa, dans une effusion émotionnelle que je ne lui avais jamais connue, après un concert que j’avais donné avec ma professeur. J’adorais donner des concerts avec elle, même si je lui donnais des sueurs froides tant j’étais imprévisible. Une fois, complètement déchainé (et c’est bien la seule fois où l’énervement m’a fait accomplir des prodiges), je jouais comme une furie une sonate italienne impétueuse, ce qui me valut les rappels de la salle. Toute la fierté était pour moi.

L’année suivant mon départ, j’étais repassé la voir à l’improviste. La surprendre, toujours. J’avais évoqué Prague et mon prochain départ, entre excitation et angoisse. Je n’avais pas tant changé, se disait-elle.

A mon retour de Prague, je n’avais pas pu trouver le temps de passer à nouveau. La semaine dernière, je lui ai envoyé un mail pour lui signifier mon envie de prendre des nouvelles en chair et en os. Dimanche, j’interrompais ma professeur de flûte aixoise avec qui je jouais des bêtises. Une envie subite de rejouer une sonate que j’avais jadis travaillée avec mon ancienne professeur.

Le lendemain, j’apprenais qu’alors que j’avais eu cette envie fugace, mon ancienne professeur s’éteignait, terrassée par un cancer. J’ai 22 ans et j’espère atteindre la quarantaine qu’elle n’a pas connue.

jeudi 25 novembre 2010

Télégramme

1) C'est l'hiver. Mais même par 35° à l'ombre ma directrice de mémoire serait glaciale et réfrigérante.

2) Potiche. Ozon revient à son meilleur après quelques menus égarements. Rythmé, incisif, soigné, chansonnier, acteurs au top. La bonne humeur retrouvée !

3) Intenable. C'est moi ! Dopé aux vitamines, je suis absolument ingérable. Déconneur, sarcastique, tout le monde y passe. En face, regard torve et supplique "je n'arrive plus à suivre"...

4) Le summum. (De l'horreur culinaire). Atteint quand je me suis pris à cuisiner du chou. Il était beau et blanc ce gros chou au supermarché. Il m'a fait les yeux doux ; je l'ai massacré.

5) Amsterdam. Je suis censé y fêter le Nouvel An. Mais pour l'instant, à moins de dormir sous les ponts, pas d'hébergement prévu. Et je ne suis pas inquiet. Les vitamines, ça.

6) Paris. En revanche, je sais que je prends le train pour y aller. Et que je serai la veille à Paris. Une bonne âme pour occuper (de toutes les manières possibles) ma soirée du 28 décembre ?

7) Europe. Jubilation de remporter l'enchère intitulée "Revue Europe, 1974, Le roman-feuilleton, papier jauni par le temps mais pas de manques". Si on m'avait dit...

8) Princesse. (Ma mère ou C.). Non, de Montpensier. Demi-succès. Un nom: Raphaël Personnaz. Je vais essayer le crayon noir sous les yeux. Trop hype.

9) Momie. On a connu Théophile Gautier plus inspiré que dans ce Roman de la. Un tiers du livre est composé de descriptions répétitives de palais pharaoniques et de vêtements princiers. How interesting !

10) Culture. Générale: "Quand on écrit, c'est qu'on veut sublimer un manque" + "Hegel: la jouissance de regarder l'art est narcissique" = ma vie s'éclaire entre frustration et narcissisme, sans surprise...

lundi 22 novembre 2010

La Mala Educación

Étant petit, j'étais plutôt dégourdi. Mais parfois maladroit... Aussi, avais-je pour spécialité de renverser les pots à eau ou, plus modestement, les verres. C'est ainsi qu'un jour où j'invitais un ami collégien à la maison, lors du repas, je renversai mon verre et inondai, comme il se doit, la table.

Je me levai tranquillement, sous le regard résigné de ma mère, et j'attrapai une éponge pour effacer les traces de ma gaucherie (ça me fait penser qu'il faudra que j'écrive un billet sur le fait d'être gaucher dans un monde de droitiers).

Quand j'eus fini d'éponger, je me rassis. C'est à ce moment que mon ami collégien, dans toute sa surprise et sa spontanéité, me demanda, sous le regard maternel cette fois-ci interloqué: "mais ta mère ne te frappe pas ?"

Il semblait qu'entre nos deux familles, la façon de concevoir l'éducation des enfants différait quelque peu ! J'eus l'occasion à plusieurs reprises de le constater par moi-même en étant invité chez lui et j'en concevais une certaine reconnaissance envers mes parents. Quand j'appris, il y a quelques mois, que s'étant révélé membre de la confrérie des amitiés particulières, ses parents l'avaient mis à la porte, je n'ai pas été surpris mais j'en ai conçu du dépit. Quelle bêtise ! Quant à moi, quand je fis cette même révélation à mes parents, ils ne m'ont toujours pas frappé. Bienheureux que je suis !

dimanche 21 novembre 2010

20h16, un dimanche soir

A la sortie de chez Paul, devant ma pharmacie préférée. Une première fois. La première fois que je vois quelqu'un utiliser un distributeur de préservatifs. Manifestement je n'étais pas le seul. Le pauvre homme qui introduisait ses pièces dans l'appareil attirait tous les regards. Tous les passants, le sourire jusqu'aux oreilles, se retournaient pour voir s'ils n'avaient pas rêver. Non, il était bien là: 2€ pour un bon moment.

Les autres nouvelles du jour: musique au conservatoire. Sans joie et sans peine. Je crois que je passe de plus en plus pour le mec inconstant et ennuyé, vaguement au courant de ce qu'il fait. Je n'aime pas ça. La musique de chambre a bien des avantages mais je ne supporte pas les pertes de temps inhérentes à sa pratique. Les violes de gambe qui s'accordent en permanence, le claveciniste qui cherche ses accords, les chanteurs leurs notes. Le blabla du professeur au sujet de la traduction et du style. Jouer, je veux jouer. Je joue une fois par mois, pas le temps sinon.

La musique sort peu à peu de ma vie. Je n'aime pas ça. Elle m'a tenu en vie durant des années. Refuge oublié, je l'abandonne. Je vais trop bien pour penser à elle. Alors en cours individuel, j'ai fait un caprice. Ma spécialité, les caprices. Rejouer le répertoire. Déchiffré, appris, joué il y a des années. Le rejouer, arrêter de se perdre dans les œuvres périphériques. Retrouver la grâce des débuts innocents: échec, le frisson n'est plus là. La technique est encore là. Pour combien de temps ? Le souffle, l'originalité de mon jeu qui amuse autant qu'elle déconcerte, aussi. Peur de s'assagir, de devenir scolaire et transparent.

Finalement, on me promet des expériences: "j'ai bien compris comment tu marches, toi, je sais que tu aimes faire des expériences, toujours faire des découvertes". Mais le frisson reviendra-t-il ?

jeudi 18 novembre 2010

Mais à quoi sert ce blog ?

Fondamentalement, à rien. Et c'est ça que j'aime, justement. Mais le petit débat qui anime le microcosme du blog tendance garçons sensibles sur les finalités et les contenus et une conversation nocturne avec des amies blogueuses m'ont amené à m'interroger à mon tour. Une fois n'est pas coutume, je me sens moins tourmenté que mes congénères blogueurs.

Vous êtes accrochés aux stats, vous les couvez d'un regard inquiet, avec un fameux décryptage à tous les niveaux. Je crois bien avoir installé un outil statistique sur ce blog mais je ne l'ai pas consulté depuis juin dernier, me semble-t-il. Ce blog se laisse vivre, les herbes folles poussent aux abords, mais il y a toujours quelques mercenaires qui finissent par s'échouer dans ses pages et ça suffit à mon contentement. Sans besoin de savoir si il y a une majorité silencieuse ou inexistante.

Par le passé, j'ai créé quatre sites web, aujourd'hui tombés en désuétude ; le web 2.0 leur ayant été fatal. Ce blog aurait pu subir le même sort car son objet premier s'est éloigné dans le temps et l'espace: sa raison d'être initiale a disparu. Mais quand je l'ai créé, je voulais voir aussi si j'étais capable de me livrer à l'exercice, si c'était plaisant ou aliénant.

En voyant la fin de l'aventure arriver, j'ai été pris de pitié et je n'ai pas voulu que ce blog rejoigne le cimetière ou l'orphelinat. J'ai continué à l'alimenter, un peu sous perfusion, mais je goûte le plaisir d'avoir un espace où raconter des inepties, poster des photos futiles et mettre de la musique rebutante. Je suis un petit garçon qui s'amuse beaucoup !

Ça manque de garçons nus et de billets d'humeur politique pour faire exploser l'audience, mais j'en prends mon parti. Moi, ce que j'aime, c'est poster des vieilleries de flûtiste perverti, en étant tout content de voir ça sur Internet alors que fondamentalement, ça ne sert à rien.

[Brahms revisité]

jeudi 11 novembre 2010

Un sciencespoteux à la fac de lettres...

Pour mes petites recherches pour mon mémoire, j'ai du franchir un grand pas dans ma vie: me rendre dans une faculté de lettres dans l'espoir d'y débusquer la bibliothèque universitaire. Première étape: se confronter à la barbarie peace&love de l'endroit. Moi, bien propret tout droit sorti de mon petit Institut d'Etudes Politiques, jeté dans la cage aux lions ! Dédales de couloirs dont tous les murs -sans absolument aucune exception- sont recouverts de plusieurs couches d'affiches électorales, de tracts, de manifestes, de prospectus, etc. Ambiance fumette et bavardages, hall reconverti en salon avec canapés années 70's, foire aux livres d'occasion... Diantre !

La première fois que j'y suis allé, une jeune fille m'a tendu un tract pour une manifestation contre les retraites, tract que j'ai poliment refusé. Et puis j'ai eu du remord quand j'ai été confronté à un choix cornélien entre quatre portes, sans plan sous les yeux. J'ai donc toujours très poliment demandé mon chemin à mon interlocutrice mais dans des termes qui l'ont semble-t-il décontenancée et qui lui ont surement fait se dire dans sa petite tête: "mais il sort d'où ce grand con qui me parle comme à une gueuse ?!". Sésame ouvre toi, j'ai tiré la bonne porte battante et je me suis retrouvé quelques minutes plus tard dans la bibliothèque universitaire.

Une vraie ruche, j'ose dire que je ne pensais pas les étudiants en lettres si assidus, et un classement des ouvrages plutôt cohérent. Endroit moderne et propre qui contraste avec le reste de la fac. Et personnel vraiment aidant et sympathique. L'inconvénient majeur, c'est que mes vieilles références se trouvent toutes en magasin et qu'il faut attendre 20 minutes que les gens de l'accueil aillent les quérir dans la réserve. Mais il est une question qui me taraude, un petit mystère qui me turlupine...

Cette interrogation la voici: au moment de récupérer les ouvrages en magasin commandés, je demande s'ils sont tous empruntables (ce qui est loin d'être le cas, en principe) à la dame qui me les confient, ce à quoi elle me répond "ben, je ne sais pas, allez voir le catalogue sur l'ordinateur". Et là, je dis "oh, je crois qu'ils le sont" (ce qui est complètement irrationnel puisque je viens précisément de demander s'ils le sont effectivement, ce qui dénote ma totale absence d'informations sur le sujet) et je rajoute "je souhaite les emprunter". La dame s'exécute, les enregistre sur mon compte et je pars avec. Vérification faite, l'un des ouvrages est exclu du prêt.

Encore plus fou, une autre fois, je réceptionne un ouvrage toujours tout droit venu des rayonnages du magasin. Je demande à l'emprunter alors qu'il est tamponné en gros dessus "exclu du prêt". Le monsieur tente de l'enregistrer mais se rend compte qu'il n'a pas de code-barres (normal puisqu'il n'est pas empruntable) et au lieu de comprendre qu'il est exclu du prêt, il ouvre son tiroir, en sort un code-barres vierge et le colle royalement juste au-dessous du tampon "exclu du prêt". Incroyable, je pars avec mon bouquin sous le bras. Spécificité locale ou bien... ?

mercredi 10 novembre 2010

Les jours simples et heureux

Un weekend passé entre "mémorisation" (petit nom intime pour sublimer le travail dévoué au mémoire, travail addictif et bien plus intéressant que prévu) et randonnée. Ces fameuses randonnées...


Il s'agissait de découvrir les vraies calanques, pas les endroits à touristes de Cassis et de la Ciotat. Entre rochers, petits chemins boisés et ports de pêche paisibles, une superbe journée entre amis déglingués. Avant de se laisser aller à nos travers respectifs en fin de journée -logorrhée sans queue ni tête, entrecoupée d'imitations de Ève Ruggeri présentant feu "Musiques au coeur", en ce qui me concerne-, matinée dans le brouillard, ambiance mystérieuse et fin du monde. Véronique Sanson à fond dans la voiture sur le chemin vers le point de rencontre, voix trop haut perchées, sonorités distendues, paroles écornées.

"Ambiance mystérieuse et fin du monde"

A la pause déjeuner, on se fait passer pour un "ange" (quoique cet ancien surnom revienne en grâce chez les amis) sous l'œil avisé d'un photographe aguerri. On lorgne sur une maison à la vue imprenable et dont le jardin cachait un trésor oublié: une poupée mal en point qui a réveillé nos vieilles pulsions maternelles enfouies...

"On se fait passer pour un ange"

"Maisonnée à la vue imprenable"

Notre Olympia

Je vous conte la fin de la journée en vidéo:

video

mercredi 3 novembre 2010

Anniversaire, amitiés et absences

Si je devais me faire un cadeau pour mon anniversaire, je serais bien embêté. Vraiment, si je devais offrir quelque chose à quelqu'un comme moi, je serais en panne totale d'idées. Je laisse cette tâche ardue aux autres et je me contente de former un vœu pieux. Voir, l'espace d'une soirée, toutes ces existences, ces amitiés, ces personnalités qui ont traversé mes dernières années réunies. Les relations amicales ont tout du deuil. Les circonstances et les impératifs forcent à s'éloigner et ces rencontres se retrouvent dans les limbes aux relents de naphtaline d'Internet. Je m'attache vraiment aux gens qui gagnent mon estime et j'en suis d'autant plus dépité quand je les perds de vue.

Il y a comme ça les amis avec qui on partageait le quotidien et que l'éloignement oblige à voir une fois l'an. C'est regrettable parce qu'à chaque rencontre, on se rend compte que rien n'est changé et que chaque jour séparés est un jour qui aurait pu être intéressant.
Il y a ceux qu'on rencontre au cours d'un événement spécial qui dure plusieurs jours. Une complicité étroite et forte se crée, on se promet de la faire perdurer et fructifier en dépit de la distance et elle finit immanquablement par s'étioler. Que d'occasions manquées de s'enrichir humainement et durablement...

Dans un autre genre, je n'aurais de cesse aussi de m'étonner de ces connaissances avec qui on partage le temps d'une ou de plusieurs soirées un repas, un verre et des émotions et qui quelques mois plus tard, quand on se recroise, vous accueille d'un regard de travers teinté de dédain. On croit lire de la peur chez ces personnes: celle de constater qu'elles ont pu quelque temps auparavant partager un moment agréable et sympathique avec des gens qui ne leur ressemble pas et qui ne font pas partie de leur cercle naturel d'amis proches.

Il y a d'autres rencontres, établies sur des bases plus floues mais intenses, qui se sont désagrégées rapidement et que je regrette parce qu'elles étaient prometteuses. Par exemple, un garçon pour qui j'ai traversé la France entière pour venir à sa rencontre. Il m'a fait découvrir sa ville, ses centres d'intérêt, ses habitudes. Je garde un souvenir impérissable d'un restaurant japonais et d'une débauche de porcelaine chez un pâtissier célèbre et je lui suis reconnaissant de m'avoir accueilli chez lui, dans des conditions qui étaient pourtant précaires. Depuis, je n'ai plus de nouvelles. Je l'ai peut-être éconduit un peu maladroitement mais je ne m'étais engagé à rien et je pense qu'on aurait pu, dans nos rapports, passer au-delà de cet accroc.
Un autre aussi, par le biais d'Internet et sans que je ne demande rien, m'a invité à l'opéra, très gracieusement. De compagnie agréable et de conversation charmante, c'est une rencontre impromptue qui n'a plus de suite sans que je sache si c'est par désintérêt, manque de temps ou rancœur. Certes, je l'ai aussi éconduit. Oh, dans sa joie alcoolisée, il ne demandait pas grand-chose et cela aurait été tout à mon plaisir mais mon caractère n'est pas aussi aventureux que ne l'étaient ses mains.

Mais pour ne pas désespérer de toutes ces anicroches, je considère aussi toutes les personnes que je connais un peu à travers le prisme numérique et que je dois rencontrer un jour ou l'autre. Majoritairement rassemblées à Paris, c'est presque aisé de concrétiser ces amitiés mais le temps manque. Et si je me disais que pour fêter le rendu de mon mémoire en mars je m'offrais quelques jours à Paris ; ce ne serait pas une bonne idée ?!

lundi 1 novembre 2010

Malte (#3): Périple en mer


Défiant nos amis du Routard, nous nous mîmes en route un matin pour la Grotte Bleue. On pensait se jeter dans la gueule d'une infernale machine dévoreuse de touristes. Que nenni ! Pas de cars remplis de japonais ni de vendeurs ambulants prêts à nous assaillir. Pas de queue à l'embarcadère ; le temps de s'acquitter du prix du bon de transport, nous fûmes embarqués sur une petite barque en compagnie de deux dames âgées pas très rassurées et d'un petit quota de jeunes allemands en vadrouille linguistique au pays de l'anglais maltais.


On serait bien allé jusqu'à l'îlot de Monte-Cristo mais notre pêcheur, qui nous tenait lieu de guide, a suivi le chemin conventionnel jusqu'aux diverses grottes réputées pour la couleur exceptionnelle de leurs eaux. Nous avons donc pénétré au fur et à mesure dans chacune de ces grottes où le calme et la pénombre se disputaient la palme de l'angoissant.


Le conducteur de l'embarcation n'était pas avare en anecdotes et explications et nous a emmenés au plus profond des entrailles de la roche là où d'autres barques se contentaient d'un petit tour rapide. L'excitation des petits allemands le poussait à les surprendre et à leur faire peur autant que possible. En tout cas, on a pu s'approcher au mieux des coins où l'eau est effectivement d'une couleur invraisemblable et où ses reflets sont proprement hallucinants.


La dernière grotte fut donc la plus belle ; arnachés dans nos gilets de sauvetage de fortune, nous étions bien ballottés car cette grotte était la plus en mer ; mais j'ai tout de même essayé de prendre quelques photos (assez peu représentatives toutefois de la couleur et des reflets réels de l'eau).


lundi 25 octobre 2010

Vieux cartons


Une pensée soudaine pour les lieux et les personnages de mon enfance ; c'est assez rare et assez confus. C'est quelque chose qui se décrit relativement mal tant tout est question d'odeurs et de sensations. En plongeant dans mes archives numériques, j'ai exhumé un texte d'un pédantisme syntaxique abominable où je décrivais un de ces souvenirs des sens:

"Je quittais Montpellier définitivement lors d’une de ces belles journées de septembre. Où la lumière diffuse et douce relève la beauté des traits humains plutôt qu’elle ne les marque. Ces journées ne sont pas sans me rappeler ce qui est peut-être mon plus beau souvenir d’enfance. Une sensuelle évocation d’une fin d’après-midi d’une journée d’été languissante. La tonalité en est orangée et le tableau est parfaitement composé. Mon grand-père a tracé une rigole dans la terre encore chaude de l’ensoleillement intense du jour ; il y fait couler sous mes yeux de l’eau froide tirée du puits. Ce mélange provoque toujours une sorte d’écume et l’eau, si pure, se trouble de reflets marron qui ne sont pas, le moins du monde, disgracieux. Si mes parents sont absents de la scène, probablement dans mon dos, dans la fraîcheur préservée de l’appartement d’été, mon frère en est retiré. Je ne peux que l’imaginer hors de mon champ de vision, sur ma droite, non loin du verger où rutilent mille fleurs soignées amoureusement. Ma grand-mère est soit accoudée au balcon en fer forgé et observe –supervise même- les travaux, soit assise sur banc de plastique blanc où elle s’alanguit après avoir arraché à la terre ses mauvaises pousses. Armé d’un bambou, je suis planté au milieu de cette cour et j’observe."

Soudaine envie de humer l'air du jardin, en automne, quand la vigne-vierge et la végétation opulente de l'été s'abandonnent et se teintent de couleurs rouges et jaunes. Avant que les aïeux ne soient terrassés, cette saison était l'époque où l'on brulait les vieilles traverses de chemin de fer qui encombraient la cave. Dans les cendres, le soir, on glissait quelques pommes de terres et le repas qui s'ensuivait était dantesque.



Il était, en fin d'après-midi, précédé du thé à l'orange, pris dans la microscopique cuisine nichée dans un coin de l'immense bâtisse. Quelques années encore auparavant, les weekends étaient l'occasion de faire des fastueux barbecues à une époque où ce n'était pas encore -loin s'en faut- le loisir des amis du coin. Les souches des vignes arrachées à l'époque de la prime à l'arrache servaient de combustible et donnaient un goût jamais retrouvé depuis à la viande. Le dessert se composait de multiples douceurs achetées à la boulangerie du village et je revois toujours la gloutonnerie fraternelle prendre à bras le corps un millefeuille. Lors du café, je tendais en vain le bras pour attraper le Midi Libre qui trainait au dessus de l'armoire du couloir. Aujourd'hui, je m'en étonne toujours, parce qu'elle m'a paru si grande pendant des années, mais je la dépasse d'une bonne dizaine de centimètres.


Mais le jardin n'a plus sa splendeur d'antan, les poissons du bassin sont amorphes, la grand-mère restée seule se perd dans les méandres de sa vie et l'herbe de la pampa est livrée à elle-même. Il n'y a plus d'enfants pour faire des mixtures innommables avec les marrons ou pour faire des batailles de kakis. Je ne pourfends plus d'ennemis invisibles avec mon bambou, je ne revêts plus le casque de GI qui traine dans l'écurie, je ne reste plus en arrêt, pensif, devant la caisse vide de grenades allemandes estampillée IIIe Reich.

Honteusement, je n'y suis jamais allé depuis qu'il y est. Mais j'ai quelqu'un à qui rendre visite ce weekend.

mercredi 20 octobre 2010

L'occasion fait le larron

(C'est étonnant que je n'ai pas encore intitulé l'un de mes billets par un proverbe ; ceux qui sont mes amis connaissent bien ma propension à en énoncer un -moins qu'il y a quelques années toutefois- dès que la situation s'y prête.)

L'occasion fait le larron, parce que je n'avais pas du tout prévu de vous parler de ce dont je vais vous parler. Je pensais plutôt ressusciter un des nombreux billets commencés mais jamais achevés. Comme je le disais précédemment, j'ai fait montre de mes maigres talents vocaux sur du Michel Berger en revenant de randonnée. Du coup, par un de ces éclairs d'esprit dont j'ai le secret, je me suis mis à rechercher un autre disque du même pour compléter le répertoire de chansons cultes qui me manquent (le précédent disque m'ayant été offert il y a une dizaine d'années).

Je furète chez mon grand ami Amazon (d'ailleurs, depuis le temps que je l'enrichi, je n'ai jamais eu de chèque cadeau de sa part, ce qui commence à me vexer) et puis l'un dans l'autre à la FNAC. Et ce qui devait arriver arriva. Offre spéciale sur les Best Of de chanteurs. Bien bien. 3 disques pour 20€. Donc la compilation de Michel Berger qui avait attiré mon attention, mais quid des deux autres ? France Gall, allez. Et... Julio Iglesias. Je vais voir demain si l'offre existe aussi en magasin. C'est pas dit que je surmonte ma honte d'acheter du Julio Iglesias.

Notez que j'ai une tendresse pour ce chanteur un peu dépassé (si peu...) depuis un funeste événement qui m'amena à m'ennuyer profondément dans une chambre d'hôpital pendant une dizaine de jours il y a quelques années. Un soir donc, je regarde une émission animée par Patrick Sébastien qui propose des playbacks par des animateurs/journalites déguisés de la chaine sur des chansons connues. Et voilà Christophe Hondelatte (qui n'avait pas encore fait son caprice, remarquez) qui interprète "Vous les femmes" de Julio dans un superbe costume complètement kitch. Dans le bruit ambiant et l'inconfort de la nuit de ce mois d'octobre (tiens, à y réfléchir, ça 5 ans tout juste), j'ai été transporté par ces fameux "tatatata...ta...tatatata...tatatata...tatatata...ta". Depuis, je garde une nostalgie réconfortante pour cette chanson. Voilà à quoi tient le mauvais goût !

Alors que j'engloutis des sommes considérables dans des disques de musique classique, il ne me vient pas à l'idée de dépenser quelque argent dans de la variété. Mais je crois que si je devais tenir des statistiques d'écoutes, ça donnerait à peu de choses près ceci: 75% de musique dite classique, 15% de musiques de films, 10% autres (variété, tango, musiques du monde, jazz...). Curieux, quelque part. Sur une île déserte, je prends un disque de musique de film. A mon enterrement, on jouera de la musique classique et on lira un texte d'une chanson magnifique écrit par un génie des mots. Drôle de choix.


Pour remonter le niveau, du superbe piano par un de ses plus grands magiciens, encore très jeune à l'époque. Il faut tendre l'oreille mais ça le vaut bien.

dimanche 17 octobre 2010

Pas le temps d'attendre que les bananes mûrissent

Ce weekend achève de me mettre en joie, autant que cela se peut. J'ai pris le temps d'aller voir "Les amours imaginaires" de et avec Xavier Dolan. Aiguillonné par des critiques mitigées, j'ai pu me faire mon propre avis. C'est un film dont on connait la fin dès le début, c'est un film que je ne reverrai pas une seconde fois. Parce qu'il est à usage unique: le gros travail de photographie et d'effets visuels n'a pas assez de profondeur et de "classe" pour supporter un nouveau visionnage sans lasser ou agacer. L'histoire elle-même ne supporte pas une redite, déjà qu'elle est bien mince.

Pourtant, j'ai passé un excellent moment. Au-delà des expressions québécoises amusantes ou touchantes, j'ai aimé ce récit d'une histoire banale magnifiée par l'art cinématographique. Rôles principaux bien tenus, les regards de la fille, les moues de Xavier Dolan. L'éphèbe tant vanté ici ou là m'a profondément déçu: un épigone blond de Louis Garrel sans charme ni magnétisme. J'y ai vu une faille: il est difficile de croire que deux amis sont prêts à se déchirer pour conquérir le cœur d'un être qui n'en vaut pas spécialement la peine (Xavier Dolan se fourvoie d'ailleurs en montant des images du David de Michel-Ange: évidemment, dès le début, la référence nous vient mais en l'explicitant elle perd tout son intérêt et casse notre imaginaire). Le final est gros comme une maison mais s'avère plutôt bien incarné et joué. Restent de très belles images, de magnifiques ralentis (personnellement, j'adore ça) et de savoureuses musiques. Très agréable moment.

Le même dimanche matin a aussi signifié le recommencement (moche, ce mot ?!) de ma pratique musicale. Projets motivants et profs adoucis par le temps, c'est plaisant. J'ai pas trouvé de contre-ténor susceptible d'habiter ma rue mais je vais poursuivre mon enquête !

Une autre pratique musicale a animé notre retour en voiture de randonnée samedi soir. J'avais pris un disque de Michel Berger pour me mettre de bonne humeur et me donner de l'énergie le matin tant la flemme était forte à cause de l'heure matinale et du froid. Au retour, je n'ai pas osé le remettre parce que nous avions un passager. Mais il s'est vite avéré qu'il était également fan. Et voilà comment durant tout le retour on a chanté à tue-tête les grands tubes du tout aussi grand Michel. Et vraiment, c'était bien, j'en ai frissonné... De cette petite émotion de partager quelque chose dans une situation inattendue et incongrue. Un excellent souvenir (finalement, heureusement que le copain n'a pas voulu me laisser conduire SA voiture sans quoi je n'aurais pas pu me trémousser sur mon fauteuil emporté que j'étais par la mélopée!).

Randonnée en elle-même très agréable et facile, de façon surprenante. Hélas, pas de belles photos à partager car c'est notre charmant passager qui tenait l'appareil et qui mitraillait. Dans l'ensemble, malgré mes plaintes incessantes (on voit bien que le prof est un homme, tiens ! Un joli chemin qui s'annonce et non paf! on bifurque pour marcher à l'ombre, sans vue, à flanc de colline...), je ne me suis pas trop fait remarquer. J'ai évité de hurler à nouveau "nous sommes perdus!" avec des tremolos dans la voix, ce qui n'avait pas manquer d'attirer la dernière fois tous les regards sur moi, regards qui se demandaient quel taré s'affolait pour si peu...

Bref, esprit et corps aérés ; une bonne chose. J'ai pris un retard monstrueux dans mon travail mais ça n'a pas tellement d'importance. Non, parce que j'ai déposé un cierge dans la grotte de la Sainte-Baume soi-disant hantée en son temps par Marie-Madeleine. Je suis un impie, au mieux un parpaillot mais j'aime bien mettre des cierges, fascination enfantine pour la flamme et la fumée qui s'en dégagent.

(Rien de passionnant, juste pour donner des nouvelles, billet mal écrit mais spontané. Faudra que je finisse un jour de raconter mes vacances à Malte et accessoirement d'écrire tous les billets qui sont restés en souffrance.)


jeudi 7 octobre 2010

Rayonnement

Être tiré des bras du beau Morphée par une sonnerie de téléphone qu'on se jure de changer depuis des mois. Depuis qu'on ne supporte plus de souffrir "j'ai cru entendre je t'aime" au réveil. Se mouvoir jusqu'à la salle d'eau et s'émouvoir de sa mine matinale. Écouter les nouvelles enivrantes de France Info en faisant ses ablutions, s'étonner d'entendre déjà "il est 7h45 et...", perdre 5 min à choisir un pantalon pour prendre le plus moche, attraper un petit pain au lait qu'on mangera en descendant l'escalier, à toute allure.

Respirer l'air frais, encore un peu nocturne. Croiser les têtes renfrognées des habitants pressés (dont je fais partie), ne pas jeter un coup d'œil à la boulangerie, idéalement située sur le chemin. Snober aussi la machine à café de "l'espace détente" de l'Institut pour vite échanger les derniers potins sur les uns et les autres (ou apprendre ceux qui circulent sur son propre compte...) et baragouiner de l'anglais pendant deux heures. Se surprendre à défendre le Pape dans un de ces débats artificiels dont seuls les cours de langue ont le secret.

Se dispenser soi-même d'un cours de droit et être interpellé sur le chemin du retour de la maisonnée par deux jeunes qui, apprenant que la place de la ville qu'ils cherchent depuis un petit moment se situe à l'exact contraire de la direction dans laquelle ils s'obstinaient à aller, rient aux éclats de leur déconvenue. Zigzaguer entre les groupes de touristes amerlocains et constater avec soulagement que le patron de la boutique de lingerie de la rue est fidèle au poste. La bedaine en avant, la clope au bec, le bras accoudé sur un mannequin et le regard perdu sur les passants qui défilent.

Faire un détour par la librairie et repartir les bras chargés de volumes... Comme si la pile en attente n'était pas assez haute ! Je lis beaucoup mais pas autant que je le voudrais. Je dois avouer que le cours de culture générale, d'habitude si artificiel et académique, est proprement passionnant cette année. Dispensé par une prof qui donne envie de lire tous les ouvrages qu'elle cite. Vargas Llosa récompensé par le Nobel, encore un auteur à lire pour ne pas se ridiculiser à la fin de l'année dans l'épreuve reine de notre Institut: le Grand Oral.

Je ne travaille pas démesurément mais je suis pleinement investi dans ce que je fais, ce qui me change des deux dernières années. Je suis aussi redevenu un bon petit citadin bourgeois comme cette ville l'impose ; finie la modestie et la sobriété tchèque.

Peut-être aurais-je dû travailler davantage pour un débat en espagnol. J'ai eu l'outrecuidance de penser que je connaissais bien le sujet et que je pouvais me dispenser de préparation. "El matrimonio gay" a vu s'affronter quatre groupes d'étudiants, deux pour, deux contre. Je me réjouissais de défendre les positions LGBT mais ca a viré au carnage et j'ai trouvé le moment éprouvant.

Je hais le principe même de ces débats où chacun s'interrompt et où aucune idée n'aboutit. Tout a dérivé immédiatement sur l'adoption, les enfants, l'église, la famille... Je bouillais intérieurement, je trépignais sur ma chaise et je ne suis finalement presque pas intervenu. J'ai trouvé ça exaspérant ; un débat pour rire, où chacun s'amuse des énormités qu'il dit parce que c'est le jeu, où c'est à celui qui balancera l'argument le plus pernicieux qui soit. Il y avait comme une négation par l'absurde de la réalité. Peut-être que j'ai trouvé malsains aussi les regards à mon endroit de ceux qui débitaient les pires horreurs ; il n'y avait que ceux qui s'étaient rangés du côté des "pour" qui n'étaient pas au courant.

Bien sûr, les étudiants chargés de faire valoir les positions des anti-mariages sont, dans la vraie vie, favorables à cette évolution. Pour être exact, 21 sur 22. Une proportion évidemment différente de celle qu'on trouverait partout ailleurs. La sociologie de l'Institut étant elle-même biaisée. Les statistiques non officielles, établies par les esprits tortueux, laissent à penser que la proportion des minorités sexuelles est de l'ordre de 25% dans une promotion. Loin des 8% de la population générale.

lundi 4 octobre 2010

Retour à la civilisation

Pour s'aérer, entre deux dissertations dominicales, un petit tour dans la ville ensoleillée. Dans le parc le plus charmant de la bourgade, entre les amoureux étendus sur les murets et les retraités scotchés aux bancs, il a fallu trouver une petite place pour profiter du doux soleil d'automne, ma saison préférée.


Jardin parfaitement taillé et entretenu, pavillon majestueux et sobre à la fois, le bruit du gravier sous les chaussures... Les poissons rouges qui s'affairent dans le bassin, les gamins déchainés, les mères dépassées, les pères blasés.



Jusqu'à que la luminosité baisse et que le gardien nous pousse dehors, on s'attarde et on flâne dans les allées. Puis, on se promène au gré des envies dans les ruelles, jusqu'à en découvrir de nouvelles.


Et enfin prendre en photo une église en ruine qui m'interpelle toujours quand je passe devant, tant elle semble revenue d'un autre temps et renfermer de lourds secrets. Que cache-t-elle ?



samedi 2 octobre 2010

Pénitence aux couleurs de Cézanne

Sport obligatoire. Quand j'avais lu cette mention dans la plaquette d'information de l'école qui m'accueillait comme nouvel étudiant, il y a deux ans, ce fut une profonde désillusion. J'étais renvoyé à mes pires heures de collégien et de lycéen. Refaire du sport. Un véritable chemin de croix !


Pour changer un peu du badminton (une vocation précoce comme en atteste la photo ci-dessus), je me suis inscris pour ce premier semestre en randonnée. Pour retrouver, qui sait, les joies de ce sport pratiqué autrefois en famille dans les montagnes suisses ou autrichiennes.

4 randonnées dans le semestre, trois obligatoires. Un bon plan sans doute. C'était sans compter la détermination de l'encadrement. Aujourd'hui, nous nous sommes attaqués à la Sainte-Victoire. Pas en mode familial, pas tranquille, petite balade du dimanche. Non. Départ 9h, arrivée 17h, 24 kilomètres, 800 mètres de dénivelé. Ouch !


Mis à part les deux kékés de service, plus forts, plus rapides, plus beaux que tout le monde, personne n'a osé prétendre que c'était facile. A peine le temps de se chauffer et on a avalé les 800 mètres de dénivelé d'un coup, à un rythme soutenu. Il s'agissait d'élaguer pour ne pas avoir de mouligasses qui ralentiraient le groupe. Deux filles abandonnent en chemin, tant pis pour elles, on ne s'embarrasse pas d'éléments plus faibles.

L'un dans l'autre, on ne profite pas tellement du paysage et l'appareil photo reste au fond du sac. Seule la pause déjeuner offre l'occasion d'immortaliser ces moments de sueur collective. On rit aussi de se tenir à l'écart du reste du groupe, nous, les trois vierges effarouchées de l'Institut. Peut-être justement parce que le professeur avait précisé dans la réunion d'information qu'il espérait que ceux "de l'Institut ne feraient pas comme d'habitude, à savoir rester entre eux et ne pas se joindre aux autres participants". Réputation non usurpée donc.

La descente aide à socialiser et à faire preuve de bonne volonté envers nos camarades. Et je rencontre une jeune fille, anciennement violoncelliste. Elle a tout arrêté, dégoutée, après deux années au conservatoire de Montpellier. Forcée à passer tous les concours d'entrée aux différents CNSM par son professeur, qui voulait accroitre la notoriété de sa classe et sa propre renommée personnelle. Elle jouait de cet instrument depuis ses 6 ans et maintenant elle ne le voit plus que comme un instrument de torture. Je n'invente rien, hélas.


Les deux derniers kilomètres sont énervants et semblent exciter les ampoules qui commencent à se former. Le chef fait l'appel (à la fin de la journée car des roublards pourraient se débiner au cours de la randonnée) et la pénitence prend fin. Plus que deux !

samedi 25 septembre 2010

Gné ?!

A chaque fois que j'en relis la page de garde, je me demande comment j'en suis arrivé là, comment je suis parvenu à devoir rédiger un mémoire sur "Le roman-feuilleton français et le thème "Vengeance et Pardon" (1836-1866)" ?!

Retour en arrière. Nous sommes au début de l'année 2009 et j'apprends avec stupeur que je suis censé trouver un sujet de mémoire (et le directeur qui va avec). C'est l'heure d'une première funeste illumination: "Cioran, Cioran, Cioran... Il y a quelque chose à creuser par là... Des écrits aussi déprimants qu'une nuit sans lune à Sedan flattent bien mon côté masochiste de mec qui se plait à se torturer mentalement jusqu'à déprimer ; ainsi donc, si je faisais un mémoire sur Emil Cioran et ses foutus aphorismes ?".

Ni une ni deux, je prends contact avec une professeur calée en littérature qui me renvoit au fichier national des mémoires et des thèses pour voir ce qui s'est déjà fait dans le domaine. Tout, ou à peu près en fait. D'autres névrosés sont passés avant moi et ont labouré le terrain. Le seul sujet qui s'offre serait fondé sur les récentes révélations sur ses accointances avec le fascisme dans sa prime jeunesse. Sans façons.

S'ensuit une longue ellipse: je ne dépose pas de sujet de mémoire quand je suis enjoins à le faire et je n'ai pas de directeur de mémoire attitré. Plus d'un an plus tard, en avril 2010, on me rappelle une première fois à l'ordre et je ne réponds pas non plus. Complètement aboulique, il y a du Oblomov en moi.

Dans le temps, j'ai lu le Comte de Monte-Cristo et le récit de son implacable vengeance et mon inconscient de détraqué mental s'est imprégné d'une série de films qui reposent sur les ressorts de la vengeance, et du pardon, qui sait ? Ainsi, mon autre moi, celui de fouine cynique revancharde, fomente dans les tréfonds de mon être un complot terrible: une subtile alliance entre la brutalité sublimée du vengeur masqué et la galanterie efféminée du roman dix-neuvième. "Vengeance et Pardon dans le roman français du 19ème siècle". C'est que ça sonne rudement bien !

Je refais appel à la professeur de littérature. Un mail laconique pour me répondre "que c'est trop large". Et là, quelques mois plus tard, mon esprit s'emballe encore et a une dernière illumination: réduire le champ des investigations au roman-feuilleton. Personne ne s'y intéresse (ah bon ??): c'est de la "paralittérature". La professeur fait la moue mais signe le papier de dépôt de sujet de mémoire (année 2008-2009). Lundi, je le remets à la scolarité ; comment dit-on déjà ? Mieux vaut tard que jamais, c'est ça !

Maintenant que j'ai ce sujet sur les bras, il me reste cinq mois pour pondre une centaine de pages dessus. Ça s'annonce palpitant ! Vieux et fourbu, il sera l'heure de se demander sérieusement pourquoi ne pas avoir fait de mémoire sur l'œuvre du Caravage ou sur les idées politiques de Verdi, à travers ses opéras...