lundi 30 novembre 2009

Feuilleton: "Les joies de la colocation" (Chapitre 4)

Le bougre ne saisissait pas bien l'importance de quitter ses chaussures à l'entrée pour les troquer contre des pantoufles. Il ne voyait pas ce qu'il y avait d'inconvenant à se promener dans les chambres, la cuisine et surtout la salle de bain avec ses souliers.

Nous finîmes par lui faire entendre raison quand vint se greffer un autre problème. Fumer. Où fumer dans cet appartement ? Telle fut sa question. Mon sang ne fit qu'un tour, les cheveux de Andrea se hérissèrent. Le propriétaire indiqua alors timidement le mini balcon de la cuisine. Mais notre gaillard ne fut pas très convaincu par la proposition de fumer dehors, étant donné le froid qui règne dans la capitale. Puis, dans un élan de générosité, il nous fit part de l'intense réflexion qui l'agitait: fumer dans la chambre et non dans les parties communes, voilà quelque chose de tolérable, non ? Andrea frisait l'évanouissement, mes yeux menaçaient de sortir de leurs orbites mais le propriétaire s'offusquait à peine de cette bêtise inter-galactique.

Enfin, l'intriguant finit par partir. Andrea dans un hurlement à demi-étouffé dont elle a le secret interrogea vivement le propriétaire pour savoir où il avait débusqué un pareil idiot. J'abondais dans son sens. Mais notre cher Richard (oui c'est son petit nom) nous assura que non vraiment, il ne voyait pas où était le problème avec ce charmant jeune homme. Il s'ensuivit une très âpre discussion pour le faire renoncer à accepter l'ogre comme notre nouveau colocataire. Nous avons dû le menacer de quitter l'appartement pour qu'il prenne acte de notre mécontentement. En bon homme d'affaires, gagner un loyer mais en perdre deux dans un court laps de temps s'avérait moins rentable qu'en perdre un encore quelques semaines... Depuis cette mémorable visite, Richard nous a gratifié de nombreux sms pour nous enjoindre de trouver à sa place le troisième colocataire et nous rappeler combien nous avons été bornés et méprisants à l'endroit de la bête humaine. Nous restons persuadés, moi et Andrea, que lui-même se serait montré "discriminant" s'il avait dû vivre avec et non se contenter de percevoir son loyer.

Ce feuilleton s'interrompt ici pour l'instant, le temps, pour l'alimenter à nouveau, de comprendre pourquoi ma chère colocataire brésilienne va toutes les nuits à 1h et 3h aux toilettes. Et l'arrivée prochaine d'une nouvelle colocataire, mexicaine probablement, ne manquera pas non plus de donner matière à divagations.

dimanche 29 novembre 2009

L'horreur architecturale à Prague, c'est possible !

C'est du moins ce qu'a décrété le Daily Mail, qui a établi un classement des bâtiments censés être artistiques les plus hideux du monde. Figure donc dans ce joyeux palmarès la Tour de Télévision de Prague, située à Zizkov. Elle s'accapare même la seconde place ! La première étant occupée par le Théâtre Technique de Baltimore.

Pourtant, moi je l'aime bien cette tour. Même si elle a suscité beaucoup de commentaires lors de sa construction, les pragois l'ont plus ou moins adoptée. De fait, elle est un excellent référent géographique, une véritable boussole. Sans y prendre garde, on la cherche souvent du regard pour se rassurer, surtout moi qui n'habite pas si loin d'elle.

D'un point de vue architectural, il est vrai qu'on peut la croire échappée d'un James Bond (je pense à Moonraker) ou de Star Trek. Mais on y trouve une certaine audace. Ces petits bébés noirs et carrés qui grimpent sur elle sont si touchants...


samedi 28 novembre 2009

Fou d'Amandine

Moi, j'aime bien le premier rang. Quand il s'agit d'aller écouter un concert, s'entend. Il flatte mon côté "perruques poudrées", je me crois Roi, le concert est donné en mon honneur. On est en relation intime avec les artistes, leur respiration, leurs mimiques. D'aucuns dénigrent l'acoustique étouffée et brouillonne. Je vais au concert d'abord pour y voir, ensuite pour entendre bien (les disques sont là pour ça, surtout quand les tousseurs sont de sortie). D'ailleurs, le premier rang m'évite de sortir mes lunettes de bigleux. Et puis, s'il arrivait qu'un artiste tombe de la scène, je me précipiterais à son secours (sans oublier de lui donner ma carte de visite au passage, aucun rapport objecterez-vous. Si fait ! Mais j'entends au loin une voix qui me blâme de ne pas avoir de tels sésames)... Donc, vous l'aurez compris, le premier rang a tout pour flatter mon égo.

Ainsi jeudi soir, fauteuil onze, j'ai assisté du premier rang a un magnifique concert. Il s'agissait d'entendre Amandine Beyer (violoniste) et Xenia Loeffler (hautbois soliste de l'Akademie für Alte Musik Berlin) dans des concertos de Bach et de Vivaldi.

On peut tomber amoureux d'Amandine Beyer rien qu'en la regardant jouer. Prodigieuse de facilité et d'engagement. Telle une funambule qui se joue de toutes les difficultés et en rie... Quel immense bonheur de la voir tant on sent qu'elle prend plaisir à jouer et à être là. Tellement de solistes internationaux respirent la lassitude de la scène que je n'ai pu que me réjouir de l'ambiance à la fois décontractée et professionnelle de ce concert.

Ainsi, la première partie du concert a été absolument parfaite de bout en bout: un Bach mordant, dynamique mais sans arêtes superflues. Un Vivaldi engagé mais sans crispation ni sécheresse. Et quel dialogue entre les deux solistes dans le double concerto pour hautbois&violon de Bach ! Un vrai régal pour les oreilles et les yeux (c'est qu'elles étaient toutes les deux en beauté, nos jeunes femmes)...

La seconde partie a été plus mitigée, le Collegium 1704 de Vaclav Luks étant moins en place. Les solistes étaient également moins concentrées dans cette symphonie de Zelenka (LE compositeur tchèque baroque) qui faisait tout de même la part belle aux soli. Mais la joie de jouer restait tout aussi communicative.

Un bien beau concert donc qui se place au même rang que mon meilleur souvenir: Hilary Hahn dans le concerto pour violon de Mendelssohn durant le Festival Radio France à Montpellier. Pour ceux qui seraient à Prague le 31 décembre, il ne faut pas rater cette même équipe dans la Messe en si de Bach. Et ça se passe toujours à l'église Saint-Simon-et-Jude.

vendredi 27 novembre 2009

Feuilleton: "Les joies de la colocation" (Chapitre 3)

Pendant que notre golum version géante furetait dans l'appartement pour en apprécier les avantages et les inconvénients, Andrea faisait déjà discrètement part de ses réticences au propriétaire. Pour ma part, j'opinais du chef. Bien décidé à vaincre notre appréhension commune, celui-ci nous enjoint de lui laisser une chance et de faire plus ample connaissance autour d'un petit thé.

Ainsi, nous accueillîmes le furet à notre table et nous entamâmes la discussion. Elle eut le résultat exactement contraire à celui escompté par le propriétaire. Nous n'étions plus angoissés mais terrifiés !

Ne quittant jamais du regard ses pieds, notre animal se prêta difficilement au jeu des questions, usuelles pourtant. Il était peu prolixe. Sauf pour nous asséner encore et encore qu'à son âge, 28 ans, il avait déjà écrit six livres et qu'il enseignait à l'Université Charles (pauvres élèves !, pensais-je). Il se targuait aussi d'apprendre une langue en trois mois seulement, lui qui en parlait déjà sept sans difficulté. Voilà donc une personne aimable et humble...

Les questions d'Andrea, qu'il devait juger bassement matérielles, se firent de plus en plus pressantes et énoncées avec de plus en plus de froideur. A tel point qu'il finit par se sentir obligé de la rassurer quant à sa propreté et à sa discrétion. Nous nous laissions très difficilement convaincre, au regard de sa décrépitude physique, de son inclinaison à la propreté. Il y parvenait peu à peu jusqu'à qu'il s'enquit du caractère obligatoire d'une de nos règles. Nous sortîmes hébétés et atterrés de l'argumentation qu'il fallut fournir pour lui faire saisir le bon sens de cette loi domestique.

jeudi 26 novembre 2009

Amoureux

Il est unique. Je l'ai tout de suite repéré au milieu de la multitude, lui. D'un coup d'œil, j'ai su qu'il était fait pour moi. Il a été mien seulement l'espace de quelques heures, hélas. Je ne me lassais pas d'être lui, de voir avec ses yeux, sa perspective. Il a su me mettre à l'aise et me combler. Le bonheur n'attend pas alors j'ai fondu sur lui et j'ai aimé tout ce qu'il m'a donné à vivre, comme un fou. J'ai savouré chaque instant en sa présence. Je me suis installé sur lui et j'ai joui. Intensément. Comme presque jamais auparavant. Peut-être une fois, il y a quelques années, mais nous étions plus distants alors avec cet autre. Lui, je ne pourrai pas l'oublier. Et pourtant, je ne le reverrai jamais. Je ne le toucherai plus, il ne m'accueillera plus sur lui. Je ne pourrai plus le chevaucher ni aimer ce qu'il m'offre. Mais le souvenir demeurera intact, toujours. Je suis amoureux, je l'aime. Fauteuil numéro onze, reviens-moi, je t'en supplie !

L'alpha et l'oméga

L'alpha et l'oméga de ma vie et de mon humeur actuelles représentés en musique:

La magnificence de la tragédie lyrique, recherchée et subtile, pour exprimer tendrement les insatisfactions passagères...


Coulez mes pleurs, hâtez-vous de couler
N'offensez pas longtemps ma gloire
D'une éternelle nuit la mort va me couvrir
A toutes les horreurs, j'ai préparé mon âme
Le jour qu'on m'a ravie à l'objet de ma flamme
N'avais-je pas commencé de mourir ?
Ô jours tant espérés, sortez de ma mémoire
Sans troubles, sans regrets il faut vous immoler

L'envolée faussement rock and roll, d'une chanteuse qu'on dit parfois passée de mode, à fond les ballons qui me donne irrémédiablement la pêche !


mercredi 25 novembre 2009

Feuilleton: "Les joies de la colocation" (Chapitre 2)

Andrea et moi avons été d'abord frappés de stupeur à la vue de ce qui nous était présenté comme notre nouveau colocataire. Presque une bête, indescriptible, mais essayons tout de même: un mélange des attributs d'un saltimbanque, d'un croque-mitaine et d'un scélérat. Une force de la nature habillée, du moins vêtue, d'un pantalon couleur caca d'oie en velours élimé, d'un pull lui aussi verdâtre miteux et mité et d'une paire de chaussures hors d'âge. Le seul élément de modernité de son accoutrement se nichait dans ses lunettes: éminemment actuelles et "design".

Puis, très vite, un autre de nos sens a été sollicité: l'odorat. Fallait-il que notre énergumène n'ait pas pris de douche depuis quelques temps pour nous gratifier d'un si plaisant fumet... Pour être exact, c'était un mélange de crasse et de nicotine.

Pour faire bonne figure, nous imaginions jusque là que nous allions vivre avec un tchèque (je plaisante... si peu...). Mais nos sourires crispés se sont glacés quand il a fallu surmonter une terrible épreuve: serrer la main de notre homme. Qu'il ait préféré regarder le sol plutôt que nos mines déconfites et répondre à notre bonjour faussement enthousiaste en maugréant, soit. Mais qu'il ait englué notre main jusqu'au tréfonds de ses pores par la simple pression de la sienne, c'était déjà beaucoup plus problématique.

Soyons clairs: nous avions affaire à ce qu'on appelle communément, en France, un porc. Nous tentions encore de faire fi de tous ses traits disgracieux quand l'horreur intellectuelle s'est ajoutée à l'horreur physique.

mardi 24 novembre 2009

Pour A.


"Besoin de rêver"

lundi 23 novembre 2009

Feuilleton: "Les joies de la colocation" (Chapitre 1)

Au commencement, j'avais deux colocataires: une brésilienne, Andrea et une allemande, Annélie. Les dès se sont révélés pipés dès le début: la bonhommie était toute incarnée par Annélie alors que l'aigreur passagère se retrouvait davantage chez Andrea. Mais notre trio fonctionnait relativement bien. Hélas, Annélie nous quitta un mois après mon arrivée, ayant achevé son stage pragois.

Dès lors, le face-à-face commença. Lieu du combat: la cuisine. Motifs de disputes: placards et plan de travail. Issue: fatale. Attaquant: Andrea. Défenseur: moi-même. Première salve: par surprise mais devant témoins. Je m'employais à préparer quelque petit gueuleton quand Andrea, ayant surgi de nulle part, décréta, avec la plus grande fermeté et le plus grand sérieux qui soient, qu'il y avait beaucoup trop de nourriture sur le plan de travail. Enfin, trop de nourriture à moi. Jetant mon orgueil aux orties, j'obtempérais sans demander mon reste et je l'enlevais.

Ma rancœur commençait tout juste à s'apaiser quand elle me porta un second coup. Là encore, j'ai été pris de court. Éreinté, je rentrais chargé comme un baudet du supermarché. Je m'activais à ranger mes victuailles quand elle dégaina. Ce fut violent. Sur un ton dénotant un agacement profond, elle me blâma d'utiliser beaucoup trop de placards. Ce qui représentait pour elle quelque chose d'absolument insupportable et scandaleux. Cueilli à froid, j'ai pour le moins mal réagi, sans pourtant pousser le vice à compter le nombre de placards que Madame utilisait (en fait si, j'ai compté: 5 pour elle, 3 pour moi...). Là encore, je me suis résolu à obéir et j'ai transvasé l'ensemble de mon garde-manger dans un seul placard.

La guerre froide débutait depuis quelques heures seulement quand nous fûmes contraints de nous réconcilier et de nous serrer les coudes. Nous scellâmes une amitié éternelle quand vint le jour où le propriétaire nous présenta le prétendant à la location de la chambre laissée vacante par Annélie. Ça s'annonçait épique, ce fut homérique.

samedi 21 novembre 2009

Tirez donc cette porte...

Et oui. Tirez. Les fréquents emportements d'une de mes professeurs contre la porte de notre salle a attiré mon attention sur une particularité architecturale et ergonomique du pays. Ici, on ne pousse pas une porte, on la tire. Dès qu'on s'y arrête un peu, en France, il est rare de tirer une porte et ce système apparaitrait totalement inhospitalier, appliqué à la porte d'entrée d'une maison ou d'une chambre. Mais en République Tchèque, les bâtiments anciens et les immeubles communistes s'offriront à vous en vous repoussant d'abord. On ne s'y engouffre pas si aisément ! Les édifices récents mélangent les systèmes tchèque et américain (selon la typologie établie par ladite professeur): si on pénètre dans les salles de cours en poussant la porte, on se rend aux toilettes en la tirant...


Passée cette précision technique, quelles portes faut-il craindre de tirer à Prague ?

Mon esprit si pur et si prude (la distance qui nous sépare m'empêche heureusement de vous entendre vous gaudir à ce sujet) vous déconseille ainsi de vous aventurer dans les très nombreux endroits de débauche ayant pignon sur rue dans la capitale. Les maisons closes sont légales et, dès la nuit tombée, de nombreux rabatteurs vous abordent dans la rue en vous enjoignant de venir voir ce que le lieu possède d'atouts et de charmes...

Mon esprit raisonnable et pondéré (là encore, vous pouvez vous gausser, c'est à peine si j'entends une voix sépulcrale) vous détournera des lieux de perdition que sont les casinos. Le vice attirant le vice, ils voisinent souvent avec les maisons de joie. On a une comique alternance entre le sexe et l'argent... Point de rabatteurs mais des banderoles clignotantes et clinquantes toutes plus hideuses les unes que les autres. Les casinos, et de manière générale les jeux d'argent, ne sont pas aussi réglementés qu'en France et c'est pour cela qu'un bar un peu grand aligne fréquemment quelques machines à sous. Cette omniprésence du jeu spéculatif n'empêche pourtant pas un certain désintérêt des tchèques pour ses apprêts.

vendredi 20 novembre 2009

La dictée du vendredi

Si je ne vous parle jamais de mes lectures que je prends pourtant soin de consigner au bas de cette page, c'est pour éviter de biaiser l'objectif de ce blog qui n'a pour seul but que celui de vous narrer ma petite vie pragoise et vous faire découvrir la ville, ses habitants et leur culture.

Mais je ne résiste pas à l'envie de vous faire partager ce petit texte, qui ferait une excellente dictée pour tous les grands enfants qui en ont tant besoin:

"Par la fenêtre ouverte, on entendait la vendeuse de primeurs qui, pour liquider ses salades, offrait deux laitues pour trois francs. Sa voix montait, par une succession de paliers mélodieux, jusqu’à une explosion criarde qui s’apaisait en murmure volubile si une cliente s’approchait. Puis la mélopée s’élevait derechef et, par bonds de plus en plus véhéments, gagnait un nouveau paroxysme. Une autre passante, obtempérant à la sommation, sortait trois pièces de son porte-monnaie. Tant que le stock n’était pas écoulé, les chuchotements insidieux alternaient avec les admonestations dramatiques, et les semonces comminatoires avec les cajoleries susurrées." (La Gloire du Paria, Dominique Fernandez)

Avec une telle gradation dans l'intensité de la voix, on tient là une cantatrice et non pas une maraichère ! Sublime prose de Dominique Fernandez.

jeudi 19 novembre 2009

Une douce journée

Encore une belle journée. Ensoleillée, une fois n'est pas coutume. J'espère qu'elles vont continuer à s'égrener encore, pour quelques temps. C'est si reposant... Et deux mois que je suis là aujourd'hui. Aucune envie de dresser un quelconque bilan. La vie ici est comme cette sonate de Chopin: simple, triste parfois, sublime souvent.


mardi 17 novembre 2009

Et ma vie ne fut plus la même...

Terrible vie que celle du voyageur pressé. Tragiquement prisonnier d'une routine aliénante. Passer autant de temps dans les transports en commun qu'en cours. C'est dire ! Ressembler trop souvent à un bovin dans les incubateurs (le doux nom des tramways en hiver). A une vache folle, oui. Qui s'agrippe (en attendant de l'attraper la fameuse A) comme elle peut pour ne pas choir les quatre sabots en l'air. Et subir en silence ?! Non ! Même pas ! Elle peut meugler car personne ne comprend sa langue, les gens beuglent ici. Alors, notre vache rassemble sa petite personne sur une marche d'escalator et semble attendre l'abattoir, en haut du tunnel. Que c'est long. Interminable attente dans un tunnel venté et puant avant, peut-être, d'apercevoir le fameux tunnel blanc de lumière.

Et puis. Un ami, de la race ovine plus que bovine, délivre, un jour de grand soleil, une information capitale. Celle qui fait définitivement basculer une vie. Celle qui vous fait passer pour un super privilégié. Celle qui vous fait culpabiliser de votre indolence parce que vous ne saviez pas. Vous ne mesuriez pas l'honneur qui vous était fait. Vous n'aviez pas saisi le caractère unique et mémorable de votre trajet quotidien.

Pensez donc ! Vous empruntiez tous les jours, dans une parfaite ignorance, le plus grand escalator de l'Union Européenne (pas de l'Europe ni du Monde, il ne faut pas exagérer) ! Oui, cette station de métro honnie entre toutes vous gratifie d'une expérience unique ! Se laisser porter par un chef d'œuvre de technique moderne.

Vous aviez bien remarqué pourtant que cette ascension était quelque peu étrange. Vous aviez même mesuré le temps nécessaire à sa réalisation: plus de deux minutes.

Désormais, oui mon cher Charles (vous voyez de qui je veux parler, j'espère), vous appréciez, vous souriez, vous jouissez à la simple idée de prendre cet escalator. De perdre 2 minutes et trente secondes de votre vie à prendre froid lors d'une montée sublime. Le doute n'est pas permis: votre vie n'est plus la même.

Peut-être le regrettez-vous, d'ailleurs.

lundi 16 novembre 2009

L'humeur du soir

Depuis que je suis loin de toi
Je suis comme loin de moi
Et je pense à toi tout bas
Tu es à neuf heures de moi
Je suis à des années de toi
C'est ça être là-bas

La différence,
C'est ce silence
Parfois au fond de moi

Tu n'es pas toujours la plus belle
Et je te reste infidèle
Mais qui peut dire l'avenir
De nos souvenirs ?
Oui, j'ai le mal de toi parfois
Même si je ne le dis pas
L'amour c'est fait de ça

Si le « toi » de Polnareff désignait la France, son public, sa gloire passée, mon « toi » c’est ma vie de l’année dernière avec les amis qu’elle comporte en elle. Loin d’elle, loin de vous, loin de moi.

Un post niaiseux, une chanson non moins fleur bleue mais qui a trouvé un écho en moi plus profond que d’habitude, preuve qu’elle abrite une part de vérité, probablement.

Oh ! Et puis ce clip est gorgé de poésie, isn't it ?


dimanche 15 novembre 2009

Je reste ingénu quand...

... je veux acheter un de mes chocolats préférés, le Lindt à l'orange, et qu'il est vendu uniquement sous boîte antivol. Tel un produit de luxe susceptible, plus que les autres, d'être volé.

... je constate que les livres de poche n'existent pas en République Tchèque. Devoir se trimballer un gros volume pour se divertir dans les transports en commun.

... je vois sur la porte du centre commercial, à côté des autocollants "interdiction aux chiens"-"interdiction de manger et de boire", un sticker "interdiction des armes à feu" joliment illustré par un pistolet barré d'un trait rouge. Comme le chien et le soda.

samedi 14 novembre 2009

Les musées pragois (2)

J'ai un peu de retard dans mes compte-rendus de visites... Depuis mon premier récapitulatif, j'ai varié les plaisirs:

1) Musée Dvorak
Un charmant musée situé dans une non moins charmante bâtisse en plein cœur de Prague. Une ambiance irrésistible: tous les vieux meubles, bibelots et documents du compositeur respirent l'authenticité poussiéreuse... Ce temple musical est gardé avec amour par deux vieilles gardiennes discrètes et sympathiques. Elles tentent comme elles le peuvent de parler votre langue, vous donnent un vieux fascicule retraçant l'histoire de tout ce qui est présenté et caressent un magnifique chat roux à leurs heures perdues. On se sent presque chez soi dans ce lieu hors du temps. Il y fait chaud, le thé de ces dames embaume, le parquet craque. Le choix du lieu est idéal: si Dvorak n'a jamais habité là, on parvient tout de même à croire qu'on est chez lui et qu'on déambule dans son intimité. Il faut avouer que ça n'a, en réalité, guère d'intérêt culturel mais pour une si modique somme, on a le droit de se croire chez sa grand-mère l'espace d'une heure.

2) Couvent Saint-Georges: peinture tchèque du 19ème siècle
La rénovation du Palais Schwarzenberg lui a permis d'accueillir la collection de peinture tchèque baroque qui se trouvait initialement dans le Couvent. Celui-ci accueille désormais une collection agrandie de peinture tchèque du 19ème. Ça n'est pas très fameux. On trouve certes quelques œuvres dignes d'intérêt mais dans l'ensemble c'est très académique et ça ne soulève guère l'enthousiasme. La brochure du musée regroupe les tableaux les plus intéressants et les couleurs y sont plus éclatantes que dans la réalité... On ne manquera pas toutefois le tableau "Femme avec un lévrier" de Vaclav Brozik ni "Un parasol rouge" de Josef Manes dans un style proche de Monet:


3) Palais Sternberg: peinture baroque européenne
Une des galeries de peinture les plus intéressantes de Prague (contrairement à celle du Château). On y trouve des oeuvres, assez secondaires, de Bruegel, Rubens, Holbein, Dürer, Rembrandt... Le musée est très bien conçu et le cadre est magnifique. La collection d'art vénitien religieux est impressionnante et comporte de très belles pièces. L'art flamand et italien est également très bien servi. En règle générale, les toiles présentées, bien que de peintres secondaires, ont toutes un intérêt. Les pièces maîtresses du musée valent le détour même si elles ne font pas partie des incontournables. On s'attardera ainsi devant "Le savant dans son cabinet" de Rembrandt ou devant "Le christ priant" du Greco, avec sa fameuse auréole carrée:


4) Musée des Arts Décoratifs
Un majestueux bâtiment coincé entre la faculté d'art et de philosophie et le cimetière juif. Il faut pousser une lourde porte, écarter un grand rideau rouge et pénétrer dans un hall encombré d'objets souvenirs. Ne pas s'offusquer de l'aigreur de la caissière et entamer sa visite. On admirera une collection impressionnante de couverts en argent et d'objets en cristal. Les amateurs d'horlogerie seront comblés: à l'aide d'un treuil électrique, on peut faire défiler des dizaines d'horloge toutes plus monstrueuses que les unes que les autres. On trouve également de beaux meubles en marqueterie. Enfin, une collection de vêtements permet de retrouver le style désuet d'autrefois. A noter, une très jolie paire de chaussures papales !

vendredi 13 novembre 2009

Tumulte grisâtre

Comme promis, voici quelques photos en noir&blanc (cache-misère d'un temps gris)... Le résultat de mes bravasses expérimentations n'est pas toujours mirobolant mais je les publie ici sans honte. Et donc en "guest-star", mes amis les bancs:


Banc, parc de l'église Sainte-Catherine


Le "minaret de Prague", église Sainte-Catherine


La vieille-ville vue du Parc de Petrin


Cloître, Couvent Emmaüs


Bancs, Parc de Vojan


Globe, Pavillon de Chasse du Parc Stomovka


Basilique Saint-Georges

Et sinon, vous, ça va ?

jeudi 12 novembre 2009

The American Way of Life

Pour changer un peu de mes humeurs malignes à propos des tchèques, je vous propose une nouvelle cible: les américains. Ne vous méprenez pas, je ne vais pas sortir un petit laïus anti-américain. Quoique. Autant annoncer la couleur tout de suite: à leur sujet, il me semble que les clichés sont vérifiés.

J'ai d'abord eu l'occasion de côtoyer des étudiantes américaines. Elles sont excessives, démonstratives à l'envie, vulgaires dans leur façon d'être souvent. Je pensais que c'était des clichés mais non, elles se gargarisent de "I'm sooooooooooooooooooo exited about the party !" et de "anyway"...

Mon contact avec les étudiants américains est moins prosaïque. Et je ne suis pas le seul français à être complètement abasourdi par leur comportement. Ils se sentent partout chez eux, y compris en cours. A chaque question posée par un professeur, ils se croient autorisés à intervenir, à commencer un monologue -ou, au mieux, un dialogue privé avec l'enseignant-. Souvent, l'étudiant américain répond, dans un total mépris du reste de la classe et avec cette manière toute américaine d'un total ridicule pour un français, et se réjouit lui-même de sa réponse. Il rit, expression d'un contentement personnel, systématiquement à la fin de sa réponse. On sombre quand plusieurs étudiants américains commencent à se répondre mutuellement avec des "private jokes".

Ils sont d'une totale impudeur et d'une rare impolitesse pour des yeux français. La question est politique et ils se mettent à parler de leurs parents. La question est sociale et ils citent les statuts Facebook de leurs amis américains. Par un rapport qui échappe à la rationalité française, ils en viennent à raconter une anecdote liée à leur enfance ou au mariage de leurs parents pour illustrer un propos en rapport avec les sondages durant les campagnes électorales.

La distance française entre élève et professeur est peut-être parfois désuète mais la familiarité américaine est déstabilisante et pas vraiment productive. Tous ces babillages sont trop souvent d'une inanité navrante. Quel français trouverait de l'intérêt et n'aurait pas la sensation d'être absolument impudique à parler du mariage de ses parents en cours ?

Mais surtout, garçons et filles américains partagent un point commun: ils parlent anglais, américain plus exactement. Et ne conçoivent pas de parler autre chose. Ils couperont immédiatement toute personne parlant un autre dialecte devant eux avec une jolie sentence du genre "sorry, I don't speak french-spanish-czech-german but you, you speak english". Puisque tout le monde est censé parler anglais, pourquoi faire des efforts ? Pourquoi tenteraient-ils d'entretenir une conversation en français ou en allemand, langues qu'ils connaissent parfois ?

Toutes les personnes non anglophones de naissance suivent des cours dans une langue qui leur est étrangère. Des cours sont proposés en allemand et en français. On n'y trouve aucun anglophone. Ils se contentent de suivre des cours dans leur langue et ayant trait aux USA. Matières dans lesquelles ils ne se gênent pas pour étaler leur science acquise par la seule peine d'être né. C'est un peu idiot, non ?

mercredi 11 novembre 2009

Tourmente sépia

Je me suis pris de passion pour les photos en sépia. Ce n'est pas toujours de bon goût ou reposant pour les yeux mais ça me parle plus que la couleur ou le très austère noir&blanc. Quelques tentatives plus ou moins fructueuses:


La Tour Panoramique, Parc de Petrin


Cloître du Couvent Emmaüs


Buste, Parc Kampa



Palais Industriel


Eglise Saint-Jean-Népomucène-sur-le-Rocher


Le Théâtre National vu du Parc Kampa


Chapelle dans le Parc de Petrin


Lustre de l'Opéra d'Etat


Coupole de l'église Saint-Nicolas

Les parcs m'inspirent et les églises aussi. Pour la prochaine série de photos, en noir&blanc cette fois-ci, vous découvrirez un de mes sujets photographiques préférés: les bancs...

mardi 10 novembre 2009

Scène de vie: le coiffeur

Il a bien fallu se jeter à l'eau, je ne pouvais pas indéfiniment laisser mes cheveux pousser sans rien dire. Et donc se mettre en quête d'un coiffeur pouvant s'occuper de ma crinière. C'est là que les ennuis commencent: nombre de salons ne coiffent pas les hommes.

En effet, les salons de coiffure sont très souvent des instituts de beauté réservés aux femmes. Alors si on ne vient pas pour faire de la manucure en plus de la coiffure, on n'intéresse pas la gérante. J'ai fini par en débusquer un.

L'ancienne prostituée qui faisait office de coiffeuse a bien voulu me prendre tout de suite après avoir compris, avec mes gestes prosaïques, que je venais pour une petite coupe. Et j'ai été traité avec égards, moi, l'english de passage.

Un long shampoing avec un très agréable massage du cuir chevelu, ce qui devient rare en France. Une coupe soignée, appliquée, enroulé que j'étais dans un grand drap blanc. Elle a bien vérifié quinze fois que rien ne dépassait, que tout était bien symétrique. Une certaine maîtrise des ciseaux mais ça faisait parfois un peu mal !

Le plus touchant et intrigant s'est produit à la fin: une fois le travail achevé, elle a pris soin pendant une heure de bien m'épousseter. Avec l'espèce de blaireau, comme partout en France, mais pas à la va-vite. De façon très appliquée et très... poussée ! Elle n'a pas hésité à tirer sur mon pull et ma chemise en arrière pour nettoyer dans mon cou et jusqu'en haut de mon dos, sur mes épaules ! Et ensuite, de tout bien remettre en place: bien repasser avec ses mains mon pull pour enlever les plis causés et redonner une belle forme à mon col de chemise.

C'était curieux, pas gênant, seulement imprévu.

vendredi 6 novembre 2009

Au n°35

Ah ! Štěpánská 35 ! Toute une histoire ! Un petit coin de France à Prague. C'est l'adresse du très fameux Institut Français, dont je vous ai déjà plusieurs fois entretenu. C'est un grand bâtiment qui abrite de quoi se ressourcer dès qu'on a le mal du pays. Un cinéma, une librairie, une médiathèque, une galerie d'art et un café. Maintenant que j'ai trainé mes savates dans tous ces endroits, je peux vous en parler plus longuement.


La médiathèque est un bel espace où on peut lire tous les périodiques qui soient, des plus habituels aux plus improbables. La sélection CD est un peu loufoque: destinée aux tchèques, elle fait la part belle à la bonne vieille chanson française... En matière de musique classique, le choix est éclectique et on trouve quelques raretés et vieilleries. Le rayon DVD est bien fourni, là aussi que des films français. On y trouve facilement les dernières nouveautés. Le rayon livre est conséquent en ce qui concerne les livres d'art, d'histoire, classiques de la littérature et littérature française contemporaine. On aura par contre du mal à trouver des livres sociologiques un peu pointus, des polars, des œuvres étrangères. Le choix est généralement assez consensuel, on ne trouvera rien de très subversif que ce soit en roman ou en essai. Grand rayon BD à signaler.

La libraire francophone s'adresse essentiellement aux valeureux tchèques qui essayent d'apprendre notre belle langue et propose donc divers ouvrages didactiques. Elle propose également de nombreux livres de poche. Mon temps libre m'offrant le loisir de combler mes lacunes en matière de classiques, le choix me convient. Mais dès qu'on sort des sentiers battus, il faut commander. Et attendre 6 semaines pour recevoir sa commande... Evidemment, il faut compter deux euros de plus qu'en France pour le même Folio.

Le cinéma offre un large choix de films français récents (pour vous situer un peu, on en est à "Coco avant Chanel" ou encore au "Prophète" de Jacques Audiard). La salle fait un peu "salle des fêtes du village du coin" mais l'écran est très grand. Les sièges ne sont pas du premier confort et l'écran est à moitié flou mais pour 40czk (1,7€) la séance, on ne peut pas se plaindre !

La galerie d'art programme des expositions temporaires diverses et variées. D'art contemporain ou de photos (Patrick Chauvel dernièrement). C'est toujours audacieux, dans tous les cas.

Le café propose des bonnes petits viennoiseries françaises et breuvages dans une ambiance très parisienne (et aux prix parisiens !).

Mais l'IFP reste un endroit privilégié dans la mesure où il propose de nombreuses activités et événements de grande qualité à des prix très raisonnables. Ainsi, de nombreux universitaires français prestigieux viennent donner des conférences sur des sujets très variés. Des écrivains viennent présenter leurs derniers ouvrages et faire des lectures publiques pendant que des artistes viennent donner des concerts (Emilie Simon ou dans un autre genre, William Christie). Enfin, l'IFP organise régulièrement des festivals (du film français, par exemple).

mercredi 4 novembre 2009

Eteignez les lumières !

J'ai bien cru que le cours soporifique du mercredi, j'ai nommé "Popular Use of Television", allait encore faire parler de lui... La première heure du cours s'est déroulée sans anicroche: ennuyeuse à mourir. La professeur, habillée telle une femme de ménage, comme à son habitude, est un disque rayée qui bégaye en anglais. Puis, elle nous a montré un "prime-time" d'une série tchèque des années 80. Un extrait en particulier: celui où pour la première fois une télé faisait voter "en direct" ses téléspectateurs pour influencer le cours de l'histoire de la série.

La question était la suivante: "le cuisinier Donovan doit-il modifier sa sauce comme le lui demande son chef ou n'en faire qu'à sa tête et suivre son idée innovante ?" (oui, vous remarquez le sujet hautement philosophique de la série, qui parle de cuisine). Et il fallait voter. Tous les ingrédients étaient réunis pour nous sortir de notre torpeur: studio des années 80, habits soviétiques des années 80, petit bonhomme moustachu des eighties... Mais à cette époque où il n'existait ni Internet ni les SMS, comment ont-ils bien pu voter nos chers tchèques férus de cuisine ?

En faisant marcher la super machine tchèque industrielle: la production d'électricité. Pour voter, il faut éteindre sa lumière. Ainsi, le studio de télé est relié, "en direct", à la centrale électrique régulatrice de l'époque où est installé un grand compteur avec la demande, seconde par seconde, d'électricité. Le présentateur dit à ceux qui veulent que le cuisinier change sa sauce, conformément aux ordres de son chef, d'éteindre leur lumières pendant 10 secondes. On voit sur le compteur le chiffre relatant la demande diminuer. Ensuite, les votants rallument leurs lumières. Puis, c'est au tour de ceux qui veulent que le cuisinier conserve sa nouvelle recette de voter. Le chiffre diminue aussi. Puis le responsable de la centrale électrique est tout fier d'annoncer que lors du second vote le chiffre est descendu plus bas que lors du premier. Le second groupe de votants l'emporte donc: le cuisinier n'obéit pas au chef, il garde sa recette innovante !

Outre le fait qu'on sentait très bien que le studio n'était pas du tout relié en direct avec la centrale, l'ambiance très sérieuse et officielle de ce vote était à mourir de rire. Le pompon du ridicule revient toutefois à l'illustration, toujours "en direct", des lumières qui s'éteignent en filmant une banlieue de Prague ! Très, très drôle de visionner ça en 2009. Pourtant cette série était regardée à l'époque par 87% des personnes qui possédaient une télé...

lundi 2 novembre 2009

Musique militaire

Décevant peut-être un membre de ma famille, je ne me suis pas mis à écouter de la musique militaire... Mais je suis allé voir mon premier concert hier soir au Rudolfinum. J'étais prévenu: les tchèques, habillés pouilleusement (il est pas beau mon néologisme ?) dans la vie de tous les jours, aiment sortir le grand jeu dès qu'il s'agit d'écouter de la grande musique. Et j'ai vu: tous les hommes tirés à quatre épingles en costume-cravate et leurs compagnes en robe de soirée (au pire, un tailleur sobre de chez Chanel). Ceci étant, malgré tout, ils restent tchèques... Alors, moi-même sur mon 31 aixois, j'ai pu me gargariser des fautes de goût vestimentaire, des petits détails qui tuent.

Mais passons. La salle est sublime, monstrueuse de beauté. La photo dans l'article précédent ne lui rend vraiment pas justice. Je ne peux produire ici une de mes créations car les photos sont rigoureusement interdites et les ouvreuses staliniennes veillent au grain.

M'y étant pris au dernier moment et parce que je ne suis pas richissime, j'étais installé derrière la scène (ce qui n'est pas idéal pour écouter un récital vocal) de sorte que toute la salle semblait me regarder (là, c'est la petite touche égocentrique). Si de cette place, l'acoustique très réverbérée de la salle noyait la voix de Magdalena Kozena, on appréciait pleinement le magnifique travail du Venice Baroque Orchestra et de ses solistes diaboliques.

Vivaldi aurait été comblé. Mais je ne sais pas si Magdalena l'a été. C'était amusant d'être derrière les artistes. On repère leurs petits trucs. Les partitions trafiquées, les ornementations écrites... Mais on apprécie la bonne humeur qui règne au sein de l'orchestre (Andrea Marcon est apparemment copain comme cochon avec son luthiste). En revanche, on ne peut pas dire qu'on perçoit la bonne humeur de Kozena. Sourire immense pour son public à chaque fin de morceau. Et une fois le dos tourné (et donc face à moi), un visage d'une dureté glaçante (tchèque, quoi). Et des mimiques traduisant au mieux une certain insatisfaction, au pire une lassitude.

Le côté militaire dans tout ça ? Et bien ce fut lors des applaudissements. Enthousiasme fou. Premier rappel. Très beau et tonnerres d'applaudissements. Et là. Trois personnes au milieu de la salle se lèvent pour manifester leur contentement à son paroxysme. Et d'un coup d'un seul, la totalité de la salle se lève en parfaite synchronisation. Comme si un second chef d'orchestre avait fait signe. J'ai été très surpris et j'avais l'air penaud tout seul cloué sur mon siège. Ça m'a surtout fait penser à ces fameuses archives télé qu'on voit à l'école: aux pires heures du communisme ou de n'importe quel régime dictatorial, dès que le dictateur en question rentre dans la salle, toutes les personnes présentes se lèvent dans un grand mouvement parfaitement organisé. Oui, un instant, j'ai cru que Brejnev était parmi nous.




Un extrait du concert entendu hier soir... Un morceau un peu guerrier pour rester dans l'esprit du billet...